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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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— Je commençais à peine… à me faire accepter… parmi vous le jour où vous… êtes venu me chercher sans prévenir pour m’embarquer dans votre évasion… Je ne savais pas quoi faire. Sur le moment, j’ai pensé prévenir ma hiérarchie tout de suite… et vous faire arrêter, mais… en y réfléchissant, je me suis dit que si j’attendais la dernière minute, je ferais tomber tout votre maudit Réseau. Tout le monde serait identifié !

— Et qu’est-ce qui t’en a empêché ?

— Vous, bon sang ! Votre foutue organisation ! Tout est allé tellement vite, tout était si bien préparé, que je n’ai pas eu une seule occasion de donner l’alerte… Une fois dans ces putains de cavernes, je ne pouvais plus rien faire. Impossible de partir à pied, impossible d’envoyer une communication. J’étais coincé avec vous, bande de rats ! Bon Dieu, j’enrageais tous les jours !

— Je comprends maintenant ton manège avec le buggy. Tu voulais être repéré, même si cela signifiait notre mort à tous. »

Il se mit à tousser.

« J’ai mal, Albéric, j’ai besoin d’être soigné, geignit-il.

— C’est pour ça aussi que tu voulais tant venir avec nous à la capitale. Là-bas, tu aurais pu facilement nous fausser compagnie et si tu avais réussi, nos cavernes se seraient retrouvées sous un déluge de bombes en moins de deux, n’est-ce pas ?

— Je… J’avais des ordres, Albéric. Tu peux le comprendre non ? Et après tout… vous m’avez presque embarqué de force !

— Mais bon sang, tu es un inerme toi aussi ! Qu’est-ce qu’ils t’ont promis pour que tu trahisses ainsi les tiens ?

— Qu’est-ce que tu crois ? s’écria Ignacio, soudain en fureur. Du pognon ! Vos grands idéaux, j’en ai jamais rien eu à battre ! Tout ce que je voulais, c’était rentrer sur Terre et avoir la belle vie !

— Quitte à ce qu’on y passe tous, hein ! Et tout à l’heure, tu as même été jusqu’à tirer sur nous et sur les Atas juste pour foutre en l’air le plan de Tancrède ! Maintenant, il est blessé par ta faute. Je te préviens que s’il y passe, tu… »

Soudain, Arnut’har rugit de nouveau, s’empara de la lance d’un des gardes et d’un geste puissant, la plongea dans la poitrine d’Ignacio. Elle le transperça de part en part et s’enfonça dans le sable de trente bons centimètres. Le mécanicien essaya de crier, mais ne parvint pas à émettre le moindre son. Son bras valide se crispa sur le manche de la lance et il ouvrit la bouche en tentant d’aspirer de l’air. Déjà blême, son visage devint gris. Puis tout son corps s’affaissa. Il était mort.

« Pourquoi ? s’écria Albéric. Il n’était pas nécessaire de le tuer ! »

Arnut’har le regarda comme si la question était absurde.

« Ak’ ahnterak, jusk ulik ak. Uk ilm ahnterak anoum uk !

— C’est la guerre, traduisit Tan’hem en pensée. Et à la guerre, on tue les traîtres. »

* * *

Le Quartier Général de l’état-major des armées croisées était plongé dans la pénombre.

Alpha Centauri B, haute ce soir-là, illuminait la nuit dans la plaine de la Nouvelle-Jérusalem, mais comme le projecteur holographique ISM-3n était éteint, la salle de gestion tactique de la Tour de contrôle demeurait sombre. En l’absence d’activité sur le front, l’hologramme passait en veille.

Vingt-deux heures avaient sonné. Seuls les officiers de garde chargés de la surveillance des zones occupées travaillaient encore au rez-de-chaussée. Assis devant leurs pupitres du couloir circulaire, ils se contentaient de s’assurer qu’aucune alarme ne se déclenchait, qu’aucun capteur de la zone de combat ne détectait d’activité suspecte, qu’aucune sentinelle ne repérait de mouvement anormal. Une tâche morne et ennuyeuse. En temps normal, ils auraient discuté et échangé des plaisanteries afin d’oublier la routine. Cependant, cette fois-ci, tous étaient parfaitement silencieux, rivés devant leurs écrans sans oser faire le moindre bruit. La raison en était simple : tous les seigneurs de la croisade se trouvaient réunis à peine cinq mètres au-dessus d’eux, sur la mezzanine de commandement.

Là-haut, dix-sept seigneurs tenaient conseil, installés autour de la grande table rectangulaire qui servait aux simulations. À cet instant, elle n’affichait rien d’autre que la carte d’état-major de la région, éclairant par en dessous tous les visages d’une lumière laiteuse striée de marbrures ocre. Faute de place, les assistants et aides de camp restaient debout en retrait ou appuyés contre les autres tables de la mezzanine. Tous les membres du Conseil Croisé étaient là, à l’exception de Pierre l’Ermite – mais Pierre ne faisait évidemment plus partie du Conseil. Les autres seigneurs présents, pourtant nobles de rang inférieur, avaient toutefois fourni des contingents suffisants pour être admis dans le dernier cercle hiérarchique de la croisade.

Robert de Montgomery présidait cette réunion.

Une heure auparavant, alors que les barons s’apprêtaient à quitter les lieux pour regagner leurs quartiers, il avait ordonné ce conseil inopiné. Plutôt qu’une convocation formelle dans les règles, il avait opté pour cette façon de faire afin d’empêcher ces damnés seigneurs de se préparer. Il voulait qu’ils soient déstabilisés. Il voulait que nul n’ignore que c’était lui le nouveau Prætor peregrini.

Et maintenant, assis au bout de la table, il jouissait du spectacle de tous ces aristocrates poseurs alignés en rangs d’oignons sur les côtés. Y compris ses ennemis. Désormais, pas un ne s’aventurait à soutenir son regard comme ils avaient coutume de le faire auparavant par provocation. Le caractère improvisé de cette réunion avait eu l’air de tant les agacer que Robert décida qu’à partir de maintenant, il en irait de même pour les suivantes.

En tant que nouveau Préteur, il lui avait semblé naturel de s’installer à une extrémité de la table et personne n’avait eu l’audace de s’asseoir à l’autre bout. Toutefois, Robert avait pris un malin plaisir à demander à son allié de longue date, Raymond de St. Gilles, de prendre ce siège afin que tous sachent bien à quoi s’en tenir. Désormais, les ultras purs et durs étaient aux commandes et les choses allaient changer !

Comme souvent, les comptes-rendus des chefs de guerre traînaient en longueur et le duc de Montgomery ne cherchait même plus à étouffer ses bâillements. Depuis que la capitale était tombée, trois semaines plus tôt, les combats avaient temporairement cessé et les troupes s’affairaient à consolider leurs positions dans les territoires conquis. Bien qu’indispensable, cette phase ne passionnait personne.

D’ailleurs, le marquis de Villeneuve-Cassaignes, commandant exécutif des armées croisées, fit une intervention à ce sujet. À son habitude, il en fit des tonnes.

« Les troupes s’impatientent ! Les hommes ruent dans les brancards ! Nous avons une armée d’élite et nous l’employons à élever des barricades et à poser des mines. Cette situation n’est pas tenable, messieurs. L’euphorie qui s’était emparée de l’armée croisée lorsque le Sanctuaire de notre Seigneur Rédempteur a été libéré s’est dissipée et nos soldats commencent à tirer sur la bride !

— Où voulez-vous donc en venir, marquis ? lança Bohémond de Tarente.

— J’y viens, Monsieur le comte. Nous pensons qu’il est temps de repartir au combat. Nous pensons que l’heure de l’offensive générale a sonné ! »

Comme il le faisait parfois, sans même s’en rendre compte, Villeneuve-Cassaignes s’était cru autorisé à parler au nom de tous les seigneurs. Il affichait la suffisance d’un porte-parole alors qu’il était méprisé par ses pairs pour son imbécillité proverbiale tout en étant craint pour ses appuis hauts placés. Robert lui-même avait du mal à le supporter parce qu’il avait l’impression d’être dans une situation similaire : méprisé par les siens. À ceci près que lui n’avait rien d’un imbécile.

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