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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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Conciliant faillit éclater mais il garda le silence tandis que l’huissier le conduisait hors de la salle d’audience.

« L’autre possibilité, c’est qu’Alvin a fabriqué l’or à partir du fer, comme il le prétend, que cet or est ce qu’il appelle de “l’or vivant” et que le soc n’appartient par conséquent qu’à lui-même. Ma foi, je ne sais pas si la loi a prévu le cas d’instruments aratoires qui seraient des individus à part entière, mais je sais une chose : si Conciliant a donné à Alvin un certain poids de fer et qu’Alvin l’a fait disparaître, il doit donc à Conciliant le même poids de fer ou son équivalent en argent au cours légal. Voilà comment je vois l’affaire pour l’instant, mais je sais que les jurés peuvent envisager d’autres raisonnements qui m’échappent. L’ennui, c’est qu’en même temps je ne vois pas comment ils peuvent rendre un verdict équitable. Comment oublier cet étalage de liaisons scandaleuses qu’Alvin aurait ou n’aurait pas eues ? Une petite voix me dit que je devrais renvoyer ce procès pour vice de procédure, mais une autre petite voix m’affirme que ce ne serait pas juste d’obliger ce village à subir une nouvelle fois pareille épreuve. Alors voici ce que je propose. Il y a un point dans tout ça facilement vérifiable. Nous nous rendons à la forge et nous demandons à Hank Dowser de nous montrer l’endroit qu’il a choisi pour forer le puits. Nous pourrons alors creuser et constater si nous tombons sur les restes d’un coffre d’or – et sur de l’eau – ou sur une plaque rocheuse comme l’a déclaré Alvin, sans une goutte d’eau. Comme ça, il me semble que nous saurons au moins quelque chose, alors que pour le moment nous ne savons presque rien, si ce n’est que Vialatte Franker, que Dieu la bénisse, porte de fausses dents. »

Pas plus la défense que l’accusation n’avait d’objections à formuler.

« Disons alors que nous convoquons cette cour à la forge de Conciliant à dix heures du matin. Non, pas demain – on sera vendredi, le jour de l’élection. Je ne vois pas d’autre solution, nous ferons ça lundi matin. Encore une fin de semaine en prison, j’en ai peur, Alvin.

— Votre Honneur, fit observer En-Vérité Cooper, il n’y a qu’une seule prison au village, et si Conciliant Smith doit occuper une cellule dans la même salle que mon client…

— D’accord, convint le juge. Shérif, vous pourrez relaxer Conciliant Smith quand vous remmènerez Alvin là-bas.

— Merci, Votre Honneur, fit En-Vérité.

— Séance ajournée jusqu’à dix heures lundi matin. » Le marteau claqua et le spectacle s’arrêta là-dessus pour la journée.

XVII

Décisions

Parce que Calvin ne fréquentait pas grand-monde à Vigor Church, il s’était toujours considéré comme une espèce de solitaire. Tous les villageois qui n’étaient pas entichés d’Alvin se révélaient en définitive des imbéciles. Quel besoin avait Calvin de faire des farces comme attirer des mouffettes sous les galeries ou renverser les cabinets ? Alvin l’avait écarté de toutes les tâches importantes, et les autres amis qu’il aurait pu se faire ne valaient pas tripette.

À La Nouvelle-Amsterdam et à Londres, il s’était trouvé plus seul encore tant il se concentrait sur son projet d’approcher Napoléon. Même chose dans les rues de Paris, quand il les parcourait pour se donner une réputation de guérisseur. Et après avoir attiré l’attention de l’Empereur, il s’était consacré à l’étude et au travail.

Pendant un certain temps. Parce qu’au bout de quelques semaines il était devenu clair que Napoléon comptait faire traîner son enseignement aussi longtemps et aussi lentement que possible. Comment aurait-il pu agir autrement ? Dès que Calvin estimerait en savoir assez, il s’en irait et laisserait son professeur livré à sa goutte. Calvin caressait l’idée de le pousser un peu en accroissant sa souffrance, et dans ce but il chercha et trouva quelle zone du cerveau de l’Empereur était le siège de la douleur. Il avait plus ou moins l’intention de se servir de sa bestiole pour appuyer directement sur cette zone en proie au martyre et voir ensuite si Napoléon ne se souvenait pas soudain de lui apprendre quelques bricoles auxquelles il n’avait pas encore songé.

C’était bien joli de rêver éveillé, mais Calvin n’avait rien d’un imbécile. Il pourrait tenter ce coup-là une fois et gagner une journée d’enseignement, mais il aurait ensuite intérêt à ne pas s’endormir et à filer loin de Paris, de la France et de chaque région de cette bonne vieille terre où les agents de Napoléon risqueraient de le retrouver. Non, il ne pouvait pas forcer l’empereur à se presser. Il lui fallait rester et s’accommoder du rythme atrocement lent des leçons, du rabâchage insipide. Pendant ce temps-là, il observait attentivement, essayait de repérer ce que Napoléon faisait qu’il ne comprenait pas. Il ne repérait jamais rien de logique.

Que lui restait-il d’autre, alors, sinon mettre en pratique ce que Napoléon lui avait appris sur la manipulation des gens et voir s’il arrivait à mieux comprendre par la simple expérimentation ? Voilà ce qui l’amena finalement à côtoyer les autres : l’envie d’apprendre à les dominer.

Un ennui pourtant : les seules personnes à sa portée, c’étaient les domestiques, et ils étaient tous occupés. Pire encore : ils subissaient la domination directe de Napoléon, et ça ne vaudrait rien de bon de laisser l’Empereur s’apercevoir qu’un autre cherchait à prendre l’ascendant sur ses lèche-bottes. Il risquerait de se faire des idées fausses. Il risquerait de croire que Calvin essayait de saper son pouvoir, ce qui n’était pas vrai – Calvin se fichait comme de sa première chemise de prendre la place de Napoléon. Que valait un vulgaire empereur alors qu’il y avait un Faiseur dans le monde ?

Enfin, deux Faiseurs. Deux.

Sur qui Calvin allait-il essayer ses pouvoirs nouvellement acquis ? Après s’être un peu promené dans le palais et les bâtiments gouvernementaux, il finit par s’apercevoir qu’il existait en fait une autre classe d’individus. Désœuvrée, frustrée, elle fournirait à Calvin les sujets tout désignés pour ses expériences : les fils des commis et des courtisans de Napoléon.

Ils avaient tous en gros la même histoire : à mesure que leur père gravissait les échelons de la hiérarchie, on les envoyait dans des pensionnats de plus en plus réputés d’où ils ressortaient à seize ou dix-sept ans, instruits, ambitieux, mais sans aucun prestige social, ce qui voulait dire que la plupart des portes leur restaient fermées, qu’ils n’avaient plus qu’à marcher sur les traces de leur géniteur et devenir complètement dépendants de l’Empereur. Pour certains, c’était parfait ; Calvin se désintéressa de ces besogneux satisfaits de leur sort.

Il se pencha plutôt sur les étudiants en droit épisodiques, les poètes et dramaturges enthousiastes mais dénués de talent, les séducteurs cancaniers en quête de femmes assez riches pour être désirables et assez bêtes pour se laisser prendre à leurs boniments. Calvin fit de gros progrès en français à force de converser avec eux, et alors même qu’il suivait les leçons de Napoléon et apprenait à déceler quels vices poussaient ces jeunes gens afin de mieux les flatter, les exploiter et les diriger, il s’aperçut qu’il appréciait leur compagnie. Même les imbéciles le divertissaient avec leur lassitude et leur cynisme, et de temps en temps il découvrait des compagnons véritablement intelligents et fascinants.

Ceux-là restaient les plus difficiles à dominer, et Calvin se disait que c’était le défi à relever plutôt que l’agrément de leur société qui le poussait sans arrêt à les fréquenter. Il y en avait un, surtout : Honoré. Un petit maigrichon court sur pattes aux dents prématurément gâtées, plus vieux d’un an qu’Alvin, son frère. Honoré n’avait aucunes manières ; Calvin apprit bientôt que ce n’était pas par ignorance des convenances, mais plutôt par désir de choquer ses semblables, de montrer son mépris pour leur formalisme désuet et surtout d’attirer l’attention sur lui, ce que lui garantissait son aspect toujours vaguement repoussant. Il n’inspirait peut-être que mépris et dégoût dans un premier temps, mais au bout d’un quart d’heure, immanquablement, tous riaient à ses mots d’esprit, opinaient du chef devant sa perspicacité et leur regard brillait à l’écoute de sa conversation éblouissante.

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