Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Alvin le faiseur #4
- Год: 2003
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-042703-X
- Переводчик: Patrick Couton
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
— Une salamandre, rectifia obligeamment le juge.
— Je vous déteste ! cracha Vialatte à la salamandre. Allez-vous-en ! Je ne veux plus vous voir ! »
La bête semblait sur le point de bouger, mais pas pour s’en aller. Elle donnait davantage l’impression de vouloir bondir de la table et franchir la distance qui la séparait de Vialatte pour l’assaillir ainsi que l’horrible voix l’en avait menacée.
Alvin fouillait avec précaution l’organisme de la salamandre, essayait de trouver où et comment le Défaiseur la dirigeait. Mais quelle que fût la méthode employée, elle ne laissait aucune trace physique visible pour Alvin.
Il comprit cependant que ça n’avait pas d’importance. Il existait des moyens de libérer une personne d’une domination extérieure : un sortilège « fiche-moi-l’camp », par exemple. Bien exécuté, serait-il sans effet pour la salamandre ? Alvin délimita dans sa tête les points exacts de la table où il faudrait tracer le sortilège, définit leur ordre, le nombre de boucles qui les relieraient entre eux.
Puis il envoya sa bestiole dans le cerveau de la salamandre, là où résidait le peu d’intelligence qu’elle possédait Liberté, y chuchota-t-il à sa façon que les animaux comprenaient. Pas avec des mots, mais avec des sensations. Des images : la salamandre en quête de nourriture, qui s’accouplait, qui trottinait sur la vase, dans les feuilles et les herbes, s’insinuait dans les fissures moussues et fraîches des pierres. Libre de ses mouvements au lieu de vivre dans un sac à main tout sec. La salamandre ne demandait que ça.
Vas-y, dit silencieusement Alvin à l’esprit de l’animal. Et il lui montra les méandres à suivre pour arriver au premier point.
La salamandre se préparait à sauter de la table. Mais elle décida plutôt de courir le long du motif sinueux et toucha d’un orteil le point exact ; Alvin s’arrangea pour que l’orteil pénètre dans le bois juste assez pour laisser une marque, même si aucun œil humain n’aurait pu la distinguer, tant elle était discrète. Trottinement, boucle, marque et on recommence. Six tout petits pointages à la surface de la table, puis un bond au beau milieu du sortilège.
Et le Défaiseur disparut.
La salamandre fila selon un parcours aberrant, trop vite pour qu’on le distingue clairement ; elle courut puis s’arrêta net au centre de la table.
Brusquement, l’intelligence parut abandonner les mouvements de la créature. Elle ne regardait plus Vialatte. Ne regardait plus personne en particulier. Elle furetait sur la table. Comme on n’était pas encore sûr que le sortilège qui la liait était vraiment rompu, personne n’osait s’approcher. Elle descendit à toute allure le pied de table puis décampa tout droit vers Alvin. Elle flaira le sac sous son siège qui contenait le soc. Elle se précipita à l’intérieur.
La consternation s’abattit sur le tribunal. « Qu’est-ce qui se passe ? s’écria Marty Laws. Pourquoi elle est entrée dans ce sac ?
— Parce qu’elle est née dans ce sac ! s’exclama Webster. Vous voyez bien qu’Alvin Smith est à l’origine de ce mauvais tour ! J’ai contemplé le diable en face, et il se tient assis avec un toupet incroyable dans ce fauteuil là-bas ! »
Le juge abattit son marteau.
« Ce n’est pas lui, le diable, fit Vialatte. Le diable a la figure beaucoup plus jolie que ça ! » Elle éclata alors en sanglots.
« Votre Honneur, dit Webster, le défendeur et son avocat ont fait un cirque de cette cour !
— Mais après que vos mensonges éhontés et vos insinuations dégoûtantes en ont fait une fosse d’aisance ! » lui rugit en retour En-Vérité.
Les spectateurs saluèrent d’une salve d’applaudissements.
Le juge abattit une fois de plus son marteau. « Silence ! Reprenez-vous sinon je demande à l’huissier de faire évacuer la salle ! Vous m’entendez ? »
Au bout d’un moment, le silence régna de nouveau.
Alvin se pencha et fouilla dans le sac. Il en sortit le corps flasque de la salamandre.
« Elle est morte ? demanda le juge.
— Non, m’sieur, répondit Alvin. Elle est jusse endormie. Elle est très, très fatiguée. On y en a fait voir, comme qui dirait. On y en a fait voir et on y a rien donné à manger. Asteure, c’est pas vraiment une preuve de quèque chose, Votre Honneur. J’peux la donner à mon ami Arthur Stuart pour qu’il s’occupe d’elle jusqu’à tant qu’elle retrouve ses forces ?
— L’accusation y voit-elle une objection ?
— Non, Votre Honneur », fit Marty Laws.
Au même instant, Daniel Webster se leva d’un bond. « Cette salamandre n’a effectivement jamais rien prouvé. Il est évident qu’elle a été amenée par le défendeur et son avocat et qu’elle a toujours obéi à leurs ordres. Voilà qu’ils ont pris possession d’une femme honnête et qu’ils l’ont brisée ! Regardez-la ! »
Il désigna la belle Vialatte Franker, dont les joues lisses et ravissantes ruisselaient de larmes.
« Une femme honnête ? fit-elle d’une voix douce. Vous le savez aussi bien que moi, vous m’avez fait comprendre que vous aviez besoin d’une confirmation pour cette Amy Sump, que si vous aviez moyen de prouver qu’Alvin était bel et bien sorti de la prison, on la croirait, elle, et personne ne croirait plus Alvin. Oh, vous en avez poussé, des soupirs, et vous faisiez croire que vous ne me suggériez rien, mais je n’étais pas dupe, pas plus que vous, alors j’ai appris les sortilèges auprès de mon amie, on a fait ce qu’il fallait, et maintenant vous êtes là à mentir encore.
— Votre Honneur, fit Webster, le témoin est visiblement perturbé. Je vous assure qu’elle a mal interprété la brève conversation que nous avons eue au cours d’un dîner à l’auberge.
— Je n’en doute pas, maître Webster, dit le juge. Je suis sûr que vous avez tous les deux raison.
— Votre Honneur, avec tout le respect que je vous dois, je ne vois pas…
— Non, vous ne voyez pas ! s’écria Vialatte en se levant de sa place à la barre des témoins. Vous prétendez voir ici une femme honnête ? Je vais vous en montrer une, moi, de femme honnête ! »
Elle se débarrassa les épaules de son châle. Aussitôt, l’illusion de beauté disparut de son visage. Puis elle baissa les mains, sortit les amulettes de son corsage et s’en passa les chaînettes par-dessus la tête. Son corps se modifia devant les yeux de l’assistance : désormais elle n’était plus grande et mince mais de taille moyenne, plutôt corpulente, entre deux âges. Ses épaules se voûtaient et elle avait les cheveux davantage blancs que dorés. « Ça, c’est une femme honnête », dit-elle. Puis elle s’affaissa dans son fauteuil et pleura dans ses mains.
« Votre Honneur, dit En-Vérité, je crois que je n’ai plus de questions à poser à ce témoin.
— L’accusation non plus, fit Marty Laws.
— Je ne suis pas d’accord ! s’exclama Webster.
— Maître Webster, lui dit calmement Marty Laws, vous êtes dégagé de votre poste de procureur adjoint. Le témoignage de ces témoins que vous m’avez amenés ne paraît pas recevable dans cette cour, et je crois que vous seriez bien avisé de quitter cette salle sans délai. »
Quelques personnes applaudirent, mais un regard noir du juge les réduisit au silence.
Webster se mit à fourrer des papiers dans sa serviette. « Si vous alléguez que j’ai pu agir contrairement à l’éthique…
— Personne n’allègue quoi que ce soit, maître Webster, dit le juge, sauf que vous n’avez plus aucun lien avec le procureur du comté de Hatrack et qu’il serait donc judicieux que vous passiez de l’autre côté de la barre de délimitation et, à mon humble avis, de l’autre côté de la porte de ce tribunal. »