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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Donc le soc était tel que nous l’avons vu, ou plutôt tel que nous l’avons entendu décrit ici.

— Oui, répondit Alvin. De l’or vivant.

— Et d’après vous, à qui appartient cet or ? »

Alvin regarda autour de lui, d’abord Conciliant, puis Marty Laws et enfin le juge. « Il appartient qu’à lui-même. C’est pas un esclave. »

Marty Laws bondit de son siège. « Le témoin ne revendique sûrement pas le droit des socs d’or à la citoyenneté.

— Non, m’sieur, fit Alvin. Pas du tout. Il a sa propre raison d’être, mais j’crois pas qu’faire le juré ou voter pour un président, ç’a grand-chose à voir là-d’dans.

— Mais vous dites qu’il n’appartient pas à Conciliant Smith ni à vous non plus, remarqua En-Vérité.

— À aucun d’nous deux.

— Alors pourquoi rechignez-vous autant à le redonner à votre ancien maître ? demanda l’avocat.

— Par rapport qu’il veut l’fondre. C’est ça qu’il a dit dès le lendemain matin, ’videmment, quand j’y ai répondu que j’pouvais pas faire ça, il m’a traité d’voleur et il a insisté : l’soc était à lui. Il a dit qu’un ouvrage de compagnon, ça r’vient au maître sauf s’il le donne au compagnon, et alors, j’crois qu’il a dit : « Ça, tu peux toujours courir ! » Et après il m’a traité d’voleur.

— Et n’avait-il pas raison ? N’étiez-vous pas un voleur ?

— Non, m’sieur. Je r’connais que l’fer qu’il m’a donné, j’l’avais pus, et j’demanderais pas mieux que d’le lui rendre, cinq fois ou dix fois plusse, si c’est c’que la justice m’ordonne. Non pas que j’y ai volé, r’marquez, mais par rapport qu’il existait pus. En ce temps-là, ’videmment, j’avais d’la colère après lui par rapport que j’étais prêt à passer compagnon depuis des années, mais lui, il me gardait tout d’même jusqu’au bout du contrat, en faisant semblant d’pas connaître que c’était moi, l’meilleur forgeron…»

Dans le public, Conciliant se dressa soudain et cria : « Un contrat, c’est un contrat ! »

Le juge fit retentir son marteau.

« Mais j’ai respecté l’contrat, dit Alvin. J’ai travaillé jusqu’au bout, quand bien même il me traitait comme un valet, qu’il pouvait pus rien m’apprendre depuis la deuxième année. Du coup je m’suis dit que j’avais plusse que gagné l’prix du fer perdu. Mais asteure, m’est avis que c’étaient les paroles d’un drôle en colère. J’comprends que Conciliant était dans son droit, et je s’rai content d’lui donner l’prix du fer, ou même d’lui faire un aut’ soc en fer à la place de çui-là qu’a disparu.

— Mais vous ne lui donnerez pas le soc actuel que vous avez fait.

— S’il m’avait donné de l’or pour faire un soc, j’y en rendrais autant. Mais il m’a donné du fer. Et même s’il avait un droit sus ce montant d’or, il en a aucun sus cet or-là, par rapport que si l’soc tombait dans ses mains, il le détruirait, et une affaire de même, ça doit pas être détruit, surtout par ceux-là qu’ont pas l’pouvoir d’la refaire. En plusse, cette accusation d’l’avoir volé, c’était avant qu’il voie l’soc bouger.

— Il l’a vu bouger ? demanda En-Vérité.

— Oui, m’sieur. Et alors il m’a dit : « File d’icitte. Prends c’te chose et va-t’en. J’veux plus jamais r’voir ta goule dans les parages. » Si je m’souviens bien, c’étaient ses paroles exactes, et s’il dit que c’est pas vrai, alors Djeu témoignera contre lui au jour du Jugement dernier, et ça, il le connaît. »

En-Vérité hocha la tête. « Nous avons donc votre version de l’affaire, dit-il. Maintenant, en ce qui concerne Hank Dowser, qu’en est-il de cette histoire de puits creusé ailleurs qu’à l’emplacement qu’il avait indiqué ?

— J’connaissais que c’était pas un bon endroit, fit Alvin. Mais j’ai creusé là ousqu’il avait dit, jusqu’à tant que j’tombe sus d’la roche solide comme tout.

— Sans trouver d’eau ?

— C’est ça. Alors j’m’en suis allé où j’aurais dû creuser en premier, et j’y ai installé l’puits, et on en tire ’core de l’eau pure aujourd’hui, j’ai entendu dire.

— Alors monsieur Dowser s’est tout bonnement trompé.

— Il s’est pas trompé, y avait d’l’eau à son emplacement. Il connaissait pas qu’y avait une épaisseur de roche et que l’eau coulait par en d’sous. Au-d’sus, c’était tout sec. Ça explique pourquoi c’était une prairie naturelle : y avait pas d’arbre qui poussait d’sus, et y en a toujours pas, sauf des tout rabougris avec des racines toutes petites.

— Merci beaucoup », dit En-Vérité. Puis, à Marty Laws : « Le témoin est à vous. »

Marty Laws se pencha sur sa table et se posa le menton sur les mains. « Ma foi, je ne sais pas si j’ai beaucoup de questions à poser. Nous avons eu la version de Conciliant sur l’affaire, et nous venons d’entendre la vôtre. Ce que je pourrais vous demander, c’est : Y a-t-il une chance pour que vous n’ayez pas vraiment changé le fer en or ? Pour que vous ayez trouvé l’or dans ce premier trou que vous avez creusé et que vous en ayez fait un soc ?

— Aucune chance, m’sieur, fit Alvin.

— Vous n’avez donc pas caché l’ancien soc en fer afin d’accroître votre réputation de Faiseur ?

— J’ai jamais couru après une réputation d’Faiseur, m’sieur. Et pour c’qui est du fer, ç’en est plus asteure. »

Marty Laws hocha la tête. « Pas d’autre question. »

Le juge se retourna vers En-Vérité. « Vous avez autre chose ?

— Une seule question, fit l’avocat. Alvin, vous avez entendu ce qu’Amy Sump a raconté sur vous deux et le bébé qu’elle porte. Y a-t-il une part de vérité dans sa déclaration ? »

Alvin secoua la tête. « J’suis jamais sorti d’la prison. C’est vrai que j’suis parti de Vigor Church un peu par rapport aux histoires qu’elle racontait sus moi. C’étaient des inventions, mais fallait que j’m’en aille, et j’comptais qu’une fois que je s’rais loin, elle rêverait pus de m’mettre le grappin d’sus et qu’elle tomberait en amour avec un bougre de son âge. J’ai jamais posé la main sus elle. J’suis sous serment et je l’jure devant Dieu. Je r’grette pour le tracas ousqu’elle s’est mise, et j’espère que l’bébé qu’elle porte sera beau et fort, et qu’il fera un bon fils pour elle.

— C’est un garçon ? demanda En-Vérité.

— Oh, oui, répondit Alvin. Un garçon. Mais pas mon fils.

— Maintenant, nous en avons terminé », fit l’avocat.

Le moment était venu des dernières déclarations, mais le juge ne donna pas le signal. Il se renversa dans son fauteuil et ferma longuement les yeux. « Messieurs dames, ce procès n’a pas été ordinaire et il a parfois pris un tour regrettable. Mais à présent, il ne reste que quelques questions en litige. Si Conciliant Smith et Hank Dowser ont raison, que l’or n’a pas été créé mais trouvé, alors je crois juste d’affirmer que le soc est sans conteste la propriété de Conciliant.

— Et comment, sacordjé ! s’écria le forgeron.

— Huissier, mettez Conciliant Smith en état d’arrestation, je vous prie, fit le juge. Il passera la nuit en prison pour outrage à la cour, et au cas où il voudrait à nouveau ouvrir la bouche, je tiens à l’informer que chaque mot qu’il prononcera ajoutera une nuit à sa peine. »

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