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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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Aussi, après y avoir réfléchi, sa décision prise, Calvin passa à l’acte cette même nuit. Et le lendemain matin, lorsqu’il se présenta devant lui, il comprit tout de suite que l’Empereur savait ce qu’il avait fait.

« Je me suis coupé ce matin en taillant une plume, dit Napoléon. Je ne m’en suis rendu compte qu’en voyant le sang. Je n’ai ressenti aucune douleur.

— Excellent, dit Calvin. J’ai enfin trouvé le moyen d’arrêter la douleur que vous inflige votre goutte une fois pour toutes. J’ai été forcé de supprimer aussi toutes les autres douleurs pour le restant de vos jours, mais j’imagine mal que ça vous embête. »

Napoléon tourna la tête. « Midas s’imaginait mal refuser que tout ce qu’il toucherait se change en or. J’aurais pu mourir saigné à blanc faute de sentir la douleur.

— Vous me faites des reproches ? lança Calvin. Je vous offre ce que des millions de gens demandent dans leurs prières – vivre une existence sans douleur – et vous, vous me faites des reproches ? Vous êtes l’Empereur, désignez un serviteur qui veillera jour et nuit sur vous et vous empêchera de mourir par mégarde vidé de votre sang.

— C’est un état permanent ? demanda Napoléon.

— Je ne peux pas guérir la goutte, la maladie est trop subtile pour moi. Je n’ai jamais prétendu être parfait. Mais la douleur, je pouvais la guérir, alors je l’ai guérie. Pour toujours. Si je me suis trompé, je ferai de mon mieux pour vous la rendre. Ce ne sera pas une opération agréable, mais je crois possible de vous ramener à peu près à la situation d’avant. C’était intermittent, hein ? Un mois de goutte, puis une semaine sans, puis encore un mois avec ?

— Vous devenez, impertinent.

— Non, sire, je parle seulement mieux le français et mon impertinence naturelle ressort plus nettement.

— Qu’est-ce qui m’empêche de vous jeter dehors, alors ? Ou de vous faire tuer, maintenant que je n’ai plus besoin de vous ?

— Rien ne vous a jamais empêché de faire ces choses-là, dit Calvin. Mais vous ne tuez pas les gens inutilement, et pour ce qui est de me jeter dehors, eh bien, pourquoi vous en charger ? Je suis prêt à partir. L’Amérique me manque. Ma famille est là-bas. »

Napoléon hocha la tête. « Je vois. Vous avez pris la décision de partir, alors vous m’avez enfin guéri de la douleur.

— Mon empereur bien-aimé, vous êtes injuste. J’ai découvert que je pouvais vous guérir, et alors j’ai pris la décision de partir.

— J’ai encore beaucoup à vous apprendre.

— Et moi, j’ai beaucoup à apprendre aussi. Mais je crains de ne pas être assez doué pour apprendre avec vous, ces dernières semaines, vous m’avez donné des tas de leçons, et pourtant j’ai toujours l’impression de n’avoir rien appris de nouveau. Je ne suis pas un élève assez doué pour maîtriser votre enseignement, c’est tout. Pourquoi je resterais ? »

Napoléon sourit. « Bien joué. Très bien joué. Si je n’étais pas Napoléon, vous m’auriez complètement convaincu. En fait, je vous aurais même sans doute payé votre retour en Amérique.

— J’espérais que vous le feriez quand même, en gratitude d’une vie sans la douleur.

— Les empereurs ne peuvent pas se permettre des émotions futiles comme la gratitude. Si je paye votre retour, ce n’est pas par reconnaissance envers vous, mais parce que je crois avoir tout à gagner à vous savoir parti et en vie plutôt que, disons, ici et en vie, ou, pourquoi pas ? ici et mort, voire, éventualité plus délicate, parti et mort. » Napoléon sourit.

Calvin lui rendit son sourire. Ils se comprenaient, l’Empereur et le jeune Faiseur. Ils s’étaient servis l’un de l’autre, et maintenant qu’ils en avaient terminé, ils se rejetaient… mais avec style.

— Je vais prendre le train jusqu’à la côte aujourd’hui même, si j’ai votre consentement, sire.

— Mon consentement ! Vous avez plus que mon consentement ! Mes gens ont déjà fait vos bagages et ils sont sûrement à la gare à l’instant où je vous parle. » Napoléon se fendit d’un autre grand sourire, se toucha la mèche du front en guise de salut imaginaire, puis regarda Calvin se précipiter hors du salon.

Calvin, le Faiseur américain, et Honoré de Balzac, le jeune écrivain ambitieux et horripilant, quittaient tous deux le pays le même jour. Sans oublier la douleur de la goutte, partie elle aussi.

Il faudra que je fasse attention pour prendre mon bain. Je risquerais de mourir ébouillanté sans m’en rendre compte. Je vais devoir trouver quelqu’un pour entrer dans l’eau avant moi. Je crois connaître la jeune servante adéquate. Faudra d’abord voir à la nettoyer pour qu’elle ne me pollue pas l’eau. Ce sera intéressant de vérifier à quel point le plaisir du bain venait de la légère douleur de l’eau chaude. Au fait, la douleur participe-t-elle du plaisir sexuel ? Ce serait rageant que l’Américain ait touché à ça. Si jamais il m’a gâché cette distraction, je vais être forcé de le faire rechercher et mettre à mort.

* * *

Il ne fallut pas longtemps pour dépouiller les voix à Hatrack River : à neuf heures du soir, le vendredi, le scrutateur annonça une victoire décisive, à l’échelon du comté, de Tippy-Canoe, le vieux Mains-Rouges Harrison. Certains avaient bu tout au long de la journée ; désormais l’alcool se mit à couler à flots. En tant que siège du comté, Hatrack attirait des tas de fermiers de l’arrière-pays et des localités plus modestes pour lesquels le bourg était la métropole la plus proche avec sa population de près d’un millier d’habitants ; à dix heures ce nombre avait doublé. À mesure que des comtés voisins et de certains autres par-delà la rivière arrivaient les nouvelles que Tippy-Canoe gagnait là-bas aussi, les coups de feu se multiplièrent et les coups de gueule aussi, lesquels entraînèrent des coups de poings et des allées et venues incessantes dans la prison.

Po Doggly s’amena vers dix heures et demie pour demander à Alvin si ça ne le dérangerait pas trop qu’on le mette en liberté conditionnelle et qu’il passe la nuit à l’auberge ; Horace Guester se portait garant de lui, mais il fallait qu’il donne solennellement sa parole, etc., etc., parce qu’on avait besoin de la prison pour enfermer des ivrognes fauteurs de troubles à dix par cellule. Alvin donna sa parole, après quoi Horace et En-Vérité l’escortèrent à travers champs jusqu’à l’arrière de l’auberge. Ça buvait et ça dansait ferme au rez-de-chaussée, dans la salle principale, mais sans le chahut qui régnait dans des lieux plus mal famés et dans les rues, où des chariots remplis d’alcool faisaient des affaires fructueuses. La soirée chez Horace, comme d’habitude, était réservée aux villageois d’un genre plus civilisé. Il n’était pourtant pas recommandé pour Alvin d’y montrer son nez et de donner lieu à des rumeurs, surtout que la foule qui infestait Hatrack River devait sûrement compter des individus qui ne le portaient pas dans leur cœur, et sûrement aussi quelques grands amis de Conciliant. Sans parler des éternels grands amis de tout or en circulation qu’on pouvait rafler par la ruse ou par la violence. Alvin emprunta l’escalier de derrière, mais il baissa quand même la tête, la figure cachée, sans décrocher le moindre mot de toute la montée.

Une fois dans la chambre personnelle d’Horace, où Arthur Stuart et Mesure avaient déjà leurs couchettes, Alvin n’eut de cesse de se déplacer pour toucher les murs, le lit moelleux, la fenêtre, comme s’il n’avait encore jamais rien vu de tel. « Même enclé icitte, fit-il, c’est mieux qu’une cellule. J’espère jamais y r’tourner.

— J’connais pas comment t’as pu supporter ça si longtemps, dit Horace. Moi, au bout d’une semaine, j’aurais un macaque dans la calebasse.

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