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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Qui dit qu’il en a pas un ? » fit Mesure.

Alvin éclata de rire, d’accord avec eux. « Fallait que j’soye un grand bredin de pas laisser En-Vérité faire à son idée, ça j’connais, dit-il.

— Non, non, répliqua l’avocat. Vous aviez raison, vous vous en êtes bien sorti avec votre propre défense.

— Mais si j’avais pas trouvé comment faire entendre la voix d’la salamandre ? J’arrête pas d’y penser depuis hier. Si j’y étais pas arrivé ? L’monde avait l’air de m’croire capable de tout, comme voler ou faire des miracles sus la lune rien que d’y penser.

J’aimerais bien, moi. Des fois, j’aimerais bien. C’est pas ’core gagné avec le jury, hein, En-Vérité ? »

L’Anglais en convint. Mais ils le savaient tous, il avait désormais peu de chances d’être condamné, à condition, évidemment, que ta plaque rocheuse soit bien à l’emplacement que Hank Dowser avait choisi pour y creuser un puits. C’était son renom qui allait en pâtir. Et aussi la Cité de Cristal qui serait maintenant plus difficile à bâtir à cause de toutes les histoires qui circuleraient sur Alvin : qu’il séduisait les jeunes filles et les vieilles femmes, qu’il passait à travers les murs pour aller les rejoindre. On avait bien sûr prouvé que ces histoires n’étaient que mensonges et sottises, mais ça ne comptait pas, il se trouvait toujours des gens assez bêtes pour répéter : « Il n’y a pas de fumée sans feu », un dicton qu’on aurait dû corriger ainsi : « Il n’y a pas de mensonges scandaleux sans mauvaises langues pour les croire et les répandre en dépit de l’évidence. »

Les cris de joie et les vivats dans la rue, les allées et venues des jeunes gens ou des adultes soûls qui galopaient à bride abattue jusqu’à ce que le shérif Doggly ou un adjoint arrête le cheval ou l’abatte, tout ça ne favorisait pas le sommeil, pas de sitôt en tout cas. Personne ne dormait donc encore, même Arthur Stuart, lorsque deux hommes entrèrent dans la salle commune de l’auberge, sales et fourbus comme après un long voyage. Ils attendirent au comptoir en sirotant lentement une chope de cidre chacun, jusqu’au moment où Horace Guester descendit jeter un coup d’œil et qu’il les reconnut tout de suite. « Montez donc, l’est icitte, l’est là-haut », chuchota-t-il, et ils se retrouvèrent tous les trois en un rien de temps en haut des marches.

« Armure, fit Alvin en l’accueillant d’une étreinte fraternelle. Mike. » Et Mike Fink eut droit à son étreinte lui aussi. « Vous avez choisi l’bon soir pour rev’nir.

— Pour ça, oui, sacordjé, on a choisi l’bon soir, dit Fink. On avait peur d’arriver trop tard. L’plan, c’était de t’sortir d’la prison et de t’pendre durant les réjouissances d’la soirée électorale. Ben content que l’shérif a vu l’coup venir.

— Il avait jusse besoin d’place pour les soulards qui font du désordre, rectifia Alvin. J’crois pas qu’il avait doutance du complot.

— Y a une vingtaine de gars icitte, reprit Fink. Une bonne vingtaine, tous bien payés et soûls comme des soupes. Assez bien payés, j’espère, pour qu’ils soyent vraiment soûls comme des soupes, qu’ils se fichent la goule par terre, qu’ils dégobillent, se couchent et s’en r’tournent en douce chez eux autres à Carthage d’main matin.

— Ça m’étonnerait, fit Mesure. J’ai déjà été mêlé à des conspirations contre Alvin. Un coup, y a un gars qui m’a joliment mis en morceaux. »

Fink le regarda à nouveau. « T’étais pas si grand, en c’temps-là, dit-il. J’ai eu honte affreux de ce que j’t’avais fait. La pire affaire de ma vie.

— J’suis pas mort, remarqua Mesure.

— C’est pas faute d’avoir essayé de te tuer. »

En-Vérité n’en revenait pas. « Vous voulez dire que cet homme a voulu vous tuer, Mesure ?

— C’est l’gouverneur Harrison qu’avait donné l’ordre, répondit Mesure. Et c’était des années passées. Avant que j’soye marié. Avant qu’Alvin s’en vienne icitte faire son apprentissage. Et si je m’souviens bien, Mike Fink était un brin plus joli, dans l’temps.

— Pas dans mon cœur, dit Fink. Mais moi, j’te voulais pas d’mal, Mesure. Et après qu’Harrison m’a commandé ça, j’l’ai quitté, j’voulais pus l’voir. Je cherche pas à m’faire pardonner, mais c’est la vérité, j’suis pas un bougre qu’un pas-rien comme lui peut m’ner à la baguette, pus jamais. Si j’croyais que t’es l’genre de gars à s’revenger, je m’ensauverais pas, j’te laisserais faire. Mais t’es pas comme ça.

— J’l’ai dit, fit Mesure, y a pas d’mal. J’ai appris quèques affaires ce jour-là, et toi d’même. Asteure on en parle plus. Asteure t’es l’ami d’Alvin, ça fait que t’es mon ami aussite tant qu’tu restes loyal et fidèle. »

Il y avait des larmes dans les yeux de Fink. « Même Jésus pourrait pas être aussi bon cœur avec moi qui l’mérite pas. »

Mesure tendit la main. Mike la prit et la tint. Une seconde, pas plus. Le pacte était conclu, ils ne s’étendirent pas dessus et revinrent à leurs préoccupations présentes.

« J’ai découvert quèques affaires, dit Armure-de-Dieu. Remarquez, j’suis content d’avoir eu Mike avec moi. Il a pas été forcé d’user d’violence, mais y a eu un couple de fois des gars qu’appréciaient pas les questions que j’leur posais.

— J’en ai j’té un dans un abreuvoir à chevaux, dit Fink, mais j’l’ai pas maintenu sous l’eau ni rien, alors j’crois pas qu’ça compte. »

Alvin éclata de rire. « Non, m’est avis que c’était jusse pour s’amuser.

— Y a des vieux amis à loi derrière tout ça, Alvin, dit Armure-de-Dieu. La Croisade des droits de la propriété, ça regroupe surtout le révérend Philadelphia Thrower avec deux employés qui ouvrent les lettres et qui en envoient. Mais par-derrière lui, y a des richards, et lui, il est par-derrière d’autres qu’ont b’soin d’argent.

— Comme qui ?

— Comme un d’ses premiers et fidèles donateurs d’longue date, un gars du nom d’Chicaneau Planteur, qui dans l’temps avait une ferme en Appalachie et qui s’accroche ’core à une certaine capsule comme si c’était un lingot d’or », dit Armure-de-Dieu en jetant un regard du côté d’Arthur Stuart.

Arthur hocha la tête. « Tu dis qu’c’est lui l’Blanc qu’a gâté ma mouman pour me faire ? »

Alvin fixa le petit métis d’un œil rond. « Comment tu connais ces affaires-là ?

— J’entends tout, répondit Arthur. J’oublie rien. L’monde racontait des affaires sus cette histoire-là quand j’étais trop p’tit pour comprendre, mais je m’suis souvenu des mots, je me les suis r’dits quand j’étais plusse grand et j’les ai compris.

— Cré coup d’tonnerre, fit Horace. Comment la Peg et moi, on aurait pu connaître qu’il arriverait à comprendre ?

— Vous n’avez rien fait de mal, dit En-Vérité. Vous n’y pouvez rien si vos enfants ont des talents. Mes parents ne pouvaient pas prévoir non plus ce que je ferais, et pourtant Dieu sait qu’ils ont essayé. Si le talent d’Arthur Stuart lui a permis d’apprendre des choses pénibles à connaître, je dois dire aussi qu’il avait un caractère assez fort pour les assumer et grandir sans en souffrir.

— J’en ai pas souffri, c’est vrai, fit Arthur Stuart. Mais j’l’appellerai jamais mon poupa. Il a fait du mal à ma mouman et il a voulu que j’soye un esclave, c’est pas un poupa, ça. » Il regarda Horace Guester. « Ma mouman noire, elle est morte en m’amenant icitte, chez un vrai poupa et chez une mouman qui prendrait sa place quand elle s’rait morte. »

Horace avança la main et tapota celle du gamin. Alvin savait qu’Horace n’avait jamais aimé qu’Arthur l’appelle son père, mais il était clair que l’aubergiste s’y était résigné. Peut-être à cause de ce que venait de dire Arthur, ou peut-être parce qu’Alvin l’avait pris avec lui pendant un an et qu’Horace s’apercevait à présent combien son existence était vide sans ce petit sang-mêlé de fils.

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