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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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Il regarda donc l’huissier sortir enfin la salamandre calmée – disons plus calme, en tout cas – de son col de chemise où elle s’était réfugiée et la poser délicatement sur la table. Peu à peu, Alvin retira sa bestiole de l’amphibien afin que le Défaiseur puisse le réintégrer. Reviendrait-il ? Reparlerait-il à Vialatte comme l’espérait Alvin ?

Il revint. Il lui reparla.

La colonne sonore s’éleva de nouveau.

Tout le monde voyait la gueule de la salamandre s’ouvrir et se refermer, mais bien sûr on n’entendait rien et on croyait aux mouvements désordonnés d’un animal.

« Vous voyez la salamandre ? » demanda En-Vérité.

Vialatte parut perplexe. « Je ne comprends pas la question.

— Sur cette table, là, devant vous. Vous voyez la salamandre ? »

Vialatte eut un vague sourire. « Je crois que vous essayez maintenant de me faire marcher, maître Cooper. »

Des murmures montèrent dans la salle.

« Ce que j’essaye de faire, dit En-Vérité, c’est d’établir si vous êtes une observatrice sérieuse. »

Daniel Webster prit la parole. « Votre Honneur, comment pouvons-nous être sûrs que la défense ne nous joue pas un tour ? Nous savons déjà que le défendeur détient des pouvoirs occultes remarquables.

— Prenez patience, maître Webster, fit le juge. Vous aurez tout le temps de réfuter par la suite. »

Pendant ce temps, Alvin s’intéressait au double faisceau sonore qui partait de la salamandre et se dirigeait droit sur Vialatte. Il chercha un moyen de le dévier, mais sans succès bien sûr, puisque le son se propage forcément en ligne droite – manifestement, pareille opération dépassait son pouvoir et ses connaissances.

Ce qu’il pouvait tenter, cependant, c’était de créer une contre-turbulence à la source même d’un des faisceaux, ce qui laisserait l’autre parfaitement audible, étant donné que celui qu’il aurait bloqué n’amènerait plus d’interférences. Le son serait faible, malgré tout ; Alvin ignorait totalement si on l’entendrait assez pour qu’on le comprenne. Il n’y avait qu’un moyen de savoir.

D’ailleurs, c’était peut-être là le nouvel acte de Faiseur qu’il lui fallait accomplir pour passer la zone obscure dans sa flamme de vie où Peggy ne voyait rien.

Il bloqua un faisceau sonore.

* * *

« Mademoiselle Franker, disait En-Vérité, puisque tout le monde sauf vous dans cette cour est en mesure de voir cette salamandre…»

Soudain, une voix provenant d’une source inattendue devint audible, au beau milieu d’une phrase. En-Vérité se tut pour écouter.

Il s’agissait d’une voix de femme, guillerette et encourageante. « Ne bougez pas, Vialatte, ce bouffon d’Anglais n’est pas de taille. Rien ne vous force à lui dire quoi que ce soit si vous n’en avez pas envie. Cet Alvin Smith a eu sa chance de devenir votre ami et il vous a rejetée, alors maintenant vous allez lui montrer ce dont est capable une femme qu’on méprise. Il ne vous savait pas autant de jugeote, fine mouche que vous êtes.

— Qui c’est, ça ? » demanda le juge.

Vialatte le regarda, l’air vaguement étonnée, sans plus. « C’est à moi que vous le demandez ?

— Tout juste ! répliqua le juge.

— Mais je ne comprends pas. Qui c’est, quoi ? »

La voix de femme reprit : « Quelque chose ne tourne pas rond, mais restez calme, n’admettez rien. Mettez tout sur le dos d’Alvin. »

Vialatte prit une profonde inspiration. « Est-ce qu’Alvin a jeté un genre de sortilège qui touche tout le monde sauf moi ? » lança-t-elle.

Le juge répondit sèchement : « Quelqu’un vient de dire : « Mettez tout sur le dos d’Alvin. » Qui a dit ça ?

— Ah ! ah ! ah ! s’écria la voix féminine qui sortait à l’évidence de la gueule de la salamandre. Ah ! comment pourrait-il m’entendre ? Je ne parle qu’à vous seule ! Je suis votre meilleure amie, Vialatte, et l’amie de personne d’autre ! Ils essayent de vous piéger ! N’admettez rien !

— Je… je ne sais pas de quoi vous voulez parler, bafouilla Vialatte. Je ne sais pas ce que vous entendez.

— La femme qui vient de dire : « N’admettez rien », fit En-Vérité. Qui est-ce ? Qui est cette femme qui se dit votre meilleure amie et l’amie de personne d’autre ?

— Ah ! ah ! ah ! ah ! s’écria la salamandre.

— Ma meilleure amie ? » demanda Vialatte. Son visage ne fut plus brusquement qu’un masque de terreur – hormis sa bouche qui arborait toujours un grand sourire charmant. Des gouttes de sueur lui perlèrent au front.

Pris d’une impulsion soudaine, En-Vérité s’approcha d’elle à grands pas et empoigna son châle. « Excusez-moi, mademoiselle Franker, vous m’avez l’air d’avoir chaud. Je vais vous tenir votre châle. »

Vialatte était tellement troublée qu’elle comprit trop tard son intention. À l’instant même où le châle lui tombait des épaules, son sourire s’effaça de ses lèvres. Mieux, le visage que tout le monde connaissait disparut pour céder la place à celui d’une femme entre deux âges, plutôt ridée et hâlée ; plus surprenant encore : elle avait la bouche grande ouverte, et son dentier supérieur claquait de haut en bas, comme si elle le faisait monter et descendre avec la langue.

Le bourdonnement dans la salle de tribunal se mua en rugissement.

« En-Vérité, sacordjé, protesta Alvin. J’vous avais dit de pas…

— Pardon, fit l’avocat. À ce que je vois, vous avez besoin de ce châle, mademoiselle Franker. » Vite, il le lui remit sur les épaules.

Consciente à présent de ce qu’il lui avait fait, elle serra le châle d’un geste vif contre elle. Les fausses dents cliquetantes furent aussitôt remplacées par le même sourire ravissant qu’elle affichait jusque-là, et ses traits retrouvèrent leur jeunesse et leur finesse.

« Je crois que nous nous sommes fait une idée du sérieux de ce témoin », conclut En-Vérité.

La salamandre s’écria : « Ils vont gagner, maudite gourde ! Ils t’ont piégée ! Ils t’ont eue, sombre imbécile ! »

La figure de Vialatte perdit de son calme. Elle avait l’air effrayée. « Comment pouvez-vous me parler comme ça, à moi ? » murmura-t-elle.

Vialatte n’était pas la seule à prendre peur. Le juge lui-même s’était tassé dans l’angle le plus reculé du dégagement derrière son banc. Marty Laws était assis sur le dossier de son fauteuil, les pieds sur le siège.

« Vous vous adressez à qui ? » voulut savoir le juge.

Vialatte détourna son visage à la fois du juge et de la salamandre. « À mon amie, répondit-elle. Ma meilleure amie, je croyais. » Puis elle refit face au juge. « Durant toutes ces années, personne d’autre n’avait jamais entendu sa voix. Mais maintenant vous l’entendez, vous, hein ?

— Oui, fit le juge.

— Tu leur en dis trop ! » s’écria la salamandre. Est-ce que sa voix changeait ?

« Vous la voyez ? demanda Vialatte d’une petite voix chevrotante. Vous voyez comme elle est belle ? Elle m’a appris comment me rendre belle moi aussi.

— La ferme ! brailla la salamandre. Tais-toi donc, sale garce ! »

Oui, la voix était plus grave à présent, une voix de fond de gorge, voilée, râpeuse.

« Je ne la vois pas, non, répondit le juge.

— Mais ce n’est pas mon amie, non, dit Vialatte. Pas vraiment.

— Je vais t’arracher la langue, espèce de…» La salamandre lâcha un chapelet d’injures à couper le souffle.

Vialatte pointa le doigt sur la créature. « C’est elle qui m’a dit de le faire ! Elle m’a dit de raconter tous ces mensonges sur Alvin ! Mais maintenant je vois qu’elle est vraiment odieuse ! Et pas du tout belle ! Elle n’est pas jolie, elle est affreuse comme… comme un triton !

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