Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem
- Автор: Феваль Поль Анри
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:
Et cependant, l’accent de sa réponse à l’huissier campagnard portait en soi un tel caractère de menace que le chevalier de La Prunelaye dit à sa chevalière:
– Tu sais que, le cas échéant, nous serions jugés par une cour prévôtale, bobonne.
Pour les gens de Paris, au contraire, et surtout pour le beau Nicolas lui-même, le nom de Paul Labre avait une tout autre importance.
Paul Labre était l’ennemi.
La police des Habits Noirs, très bien faite, d’autant mieux faite qu’elle tenait par des liens mystérieux à cette bizarre et adultère administration que le gouvernement de Louis-Philippe eut le tort de laisser fonctionner quasi officiellement, la police des Habits Noirs, disons-nous, avait signalé dès longtemps et contre-miné les efforts de Paul Labre.
Nous savons qu’on avait déjà entamé contre lui cette terrible guerre de l’assassinat juridique. Le piège ordinaire de l’association avait été tendu. Un être humain était mort aujourd’hui même, tout exprès pour constituer Paul Labre débiteur de la loi.
Les témoins étaient prêts pour constater la sanglante créance. Le meurtrier de Thérèse Soûlas avait fait coup double.
Il ne restait plus qu’à procéder régulièrement et à suivre les errements habituels de la confrérie.
C’était simple, facile et sûr.
Mais voilà que Paul Labre prenait les devants.
Pourquoi venait-il?
C’était un garçon intrépide. Son affaire avec le général de Champmas avait fait grand bruit autrefois dans le monde des agents et des malfaiteurs. Le nom de Paul Labre était resté célèbre.
En outre, il avait cet avantage – ou ce malheur – d’appartenir à une redoutable école.
Ce n’était pas un «bourgeois» comme celui-ci ou celui-là.
Il avait vécu dans un milieu qui enseigne: il sortait de la rue de Jérusalem.
C’était un profès, et il en donnait la preuve, puisque, au lieu de laisser tout le soin de sa vengeance à la police ordinaire, il s’était fait une brigade à lui, nombreuse ou non, peu importait.
Les Habits Noirs n’en étaient pas à regretter le meurtre de Jean Labre, meurtre inutile à l’association et qui lui avait suscité ce dangereux ennemi: le frère de la victime. C’était ce meurtre surtout que M. Lecoq reprochait au fils de saint Louis, comme un crime de lèse-confrérie.
Pourquoi Paul Labre venait-il? Était-ce déjà le coup de feu de la Belle-Vue -du-Foux qui l’amenait? Avait-il trouvé la trace des assassins de son frère? Était-il seul? Arrivait-il avec l’appui de la force publique?
C’étaient là, il faut le reconnaître, pour une partie des personnes présentes, des questions de vie et de mort.
Pour le faux prince, en particulier, c’était une épée nue, plantée entre ses deux yeux.
Car la grande loge des frères de la Merci, désignée sous le nom de «les Habits Noirs», outre son fameux axiome: payer la loi, avait un autre principe tout aussi usuel, tout aussi rigoureux: Couper la branche malade.
On soutenait vaillamment, héroïquement quelquefois, les membres de l’association; mais quand l’intérêt commun l’exigeait, on coupait la branche sans pitié, pour sauver l’arbre.
Le faux prince savait cela; il avait sans doute lui-même coupé ou fait couper plus d’une branche attaquée.
Il savait en outre de quelles inimitiés il était entouré dans le sein même du conseil.
C’était son visage que les regards de tous ses associés interrogeaient.
On le vit pâlir, et Lecoq eut un sourire cruel.
Mais on le vit aussi se redresser.
– Père, dit-il au colonel, suis-je le Maître, ici?
– Certes, certes, mon bon enfant, répondit le vieillard. Marche droit, je te le conseille. Tu es le Maître, ici, tant qu’il fera jour.
«Il fait jour! ajouta-t-il en mettant sa main sèche sur le bras de Lecoq. J’ai idée qu’il a du talent, moi, ce grand chérubin-là. Hé! l’Amitié? Nous allons voir.
Lecoq répondit froidement:
– Nous allons bien voir, en effet. Ça chauffe. Tout à l’heure, il fera peut-être nuit.
– Qu’on introduise M. le baron d’Arcis! prononça le fils de saint Louis à voix basse.
Paul tournait en ce moment le coude de l’allée.
– Comment! comment! s’écrièrent les hobereaux, jouant à la rigueur leur rôle de prud’hommes factieux. Y pensez-vous, monseigneur? C’est contre toutes les règles.
– Messieurs, répliqua le prince, on demande ici M. Nicolas et non point le fils du malheureux dauphin de France. Soyez prudents. L’illustre sang qui coule dans mes veines a des ennemis implacables. Vous êtes ici des voisins chez un voisin; nous sommes une réunion de campagne, mettez de côté toute marque de respect, je le veux.
Ceci était encore un rôle. Les hobereaux, tout heureux de le jouer, prirent aussitôt des postures sans gêne.
C’étaient de forts comédiens.
Paul Labre, cependant, avançait lentement.
Comme tout le monde, il avait eu vent de la conspiration à laquelle les conjurés de bonne foi donnaient une suffisante publicité par leurs vanteries; néanmoins, une nuance d’étonnement se refléta sur son visage grave quand il vit cette nombreuse assemblée.
Il regarda les gens de Paris et salua les dames avec courtoisie.
Il n’était point dans son caractère de railler.
Quelqu’un qui ouvrait des yeux larges comme des portes cochères, c’était Pistolet, oppresseur du fils Goret.
Il bâillonnait ce dernier avec un redoublement d’énergie, et pensait:
– M. Paul a changé; mais, c’est égal, n’y a pas plus beau mâle dans Paris! Quel jeune premier ça ferait à la Porte-Saint -Martin! Bobino ne serait pas digne de lui.
– Monsieur le baron, dit en ce moment M. Nicolas, parlant avec simplicité, comme un homme d’excellent ton, je suis heureux de vous voir chez moi.
Paul s’était arrêté à cinq ou six pas de lui.
Il n’hésita pas, mais ses sourcils se froncèrent légèrement comme si, pour la première fois, il eût compris le côté pénible de l’acte qu’il allait accomplir.
Ce fut le moment de fièvre pour les gens de Paris. Ils avaient peine à cacher leur profonde anxiété.
Seul, le maître de la maison gardait son sourire.
– Mais oui qu’il a du talent, ce canard-là! se dit Pistolet. C’est un beau traître! Et de la tenue!
– Monsieur, répliqua enfin Paul Labre, j’ai à vous communiquer des choses qui seraient peut-être mal placées devant des dames.
– Souhaitez-vous un entretien particulier? demanda M. Nicolas avec une parfaite aisance.
– Non, répondit Paul, ce n’est pas cela.
Puis, avec un mouvement d’impatience, il ajouta:
– J’ai besoin de ces messieurs, mais je crains de mécontenter ces dames.
Le prince baissa la voix pour répondre et son accent prit une véritable dignité.
– Monsieur le baron, dit-il, je n’ai pas l’honneur de vous connaître; et je serais sincèrement fâché s’il y avait un sentiment d’hostilité caché sous vos paroles.