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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Le beau Nicolas lui avait promis d’améliorer la Charte-Vérité.

– Monseigneur, dit Lefébure, voici mon contremaître, l’homme du peuple qui tient dans sa main mes cinquante-deux lapins, vous savez? Il a voulu voir ce que c’est que la cour et un grand lever royal.

Le contremaître foulait son chapeau entre ses doigts et regardait le beau Nicolas avec une certaine défiance.

– Voilà ce que c’est qu’un roi, Trinquet, ajouta M. Lefébure, pas davantage, et le grand lever c’est quand le roi a pris son café au lait. Salue.

Le roi accueillit l’homme du peuple avec bonté et lui demanda des nouvelles de son ménage.

Il y avait, pendant cela, des poignées de main échangées entre les gens de Paris et les fidèles Normands.

Par les autres allées, les dames de la cour arrivaient: la comtesse Corona, la comtesse de Clare et les deux filles d’honneur de la reine. Les gens de Paris représentaient tout naturellement la maison de Sa Majesté.

– Tout de même, se disait Pistolet, ça ne manque pas de chic, tout ça, et Mèche brillerait pas mal autour d’un vrai trône. Se manie-t-elle agréablement, cet ange-là! c’est un sucre!

– V’là les jeunes messieurs Portier de La Grille, monseigneur, continuait Jérôme, huissier du palais, v’là le neveu du Molard, v’là M. Poulain, v’là M. le vicaire!

C’était imposant, en vérité! ce beau Nicolas vous avait un sourire historique et quatorze siècles de gloire couronnaient son front archi-légitime.

On s’était assis. Le «grand lever» empruntait une solennité inaccoutumée à la présence des gens de Paris.

Le chevalier Le Camus de La Prunelaye avait reçu une note de son tailleur, ancien électeur de La Ferté, établi rue des Minimes au Marais.

Au bas de la facture, le tailleur avait écrit quelques lignes, déparées par de nombreuses fautes d’orthographe, où il mentionnait que les affaires n’allaient pas et que la capitale était mécontente.

M. Lefébure établit de son côté que Le Charivari et Le Corsaire se moquaient cruellement du parapluie de Louis-Philippe.

– En France, ajouta la chevalière, le ridicule tue.

Une des fils Portier de La Grille dit qu’il avait acheté des rasoirs anglais d’un voyageur de commerce, connaissant Londres comme sa poche. L’Angleterre, éternelle ennemie de la France, ne demanderait pas mieux, selon le marchand de rasoirs, que de favoriser une révolution.

– Tout concorde! s’écria le chevalier. Les prophéties sont positives. Nous entrons dans la cinq cent cinquante et unième lune depuis la mort de M. Cazotte. C’est significatif. Cazotte avait prédit la mort de Robespierre, Sire.

Le beau Nicolas parut pénétré de ce fait dont la gravité ne pouvait échapper à personne. Aucun des gens de Paris n’avait encore parlé; le colonel cessa de tourner ses pouces, et eut une petite toux sèche qui commanda aussitôt un grand silence. Chacun était pressé d’entendre un homme si vénérable.

– Mes enfants, dit-il de sa bonne voix tremblotante, je ne vous réponds pas corps pour corps de la Russie, c’est loin et on s’y est bien mal conduit envers les Polonais; mais que diriez-vous d’une flotte espagnole remontant la Seine? Voilà M. Lecoq de La Perrière qui tient entre ses mains…

– Chut! fit Lecoq qui revenait de causer avec la belle Ysole, à travers la claire-voix, les négociations sont pendantes. C’est délicat comme l’honneur d’une demoiselle.

À propos d’Espagne, la sœur de M. Lefébure spécifia qu’elle faisait venir son chocolat de Bayonne.

– Soit, reprit le colonel, le plus profond silence sur la péninsule! La maison d’Autriche est puissante, mais elle a des épines dans le pied. Je suis autorisé à déclarer que l’empereur actuel fera une diversion en notre faveur, avec le concours moral de notre Saint-Père le pape. La Suède sera neutre, c’est un pays prudent, depuis le décès du roi Charles XII, mais le roi de Sardaigne est à nous, et la Suisse, patrie héroïque de Guillaume Tell, nous louera trois mille montagnards à un sou l’heure. Des hommes d’acier fondu!

– Un sou l’heure! répéta le chevalier. C’est cher.

– C’est le prix. Quant au reste de l’Europe…

– J’ai une idée! interrompit impétueusement le chevalier. Les sables de l’Arabie renferment des populations incalculables et belliqueuses. Assurons-nous d’Abd-el-Kader!

– C’est fait, dit Lecoq, en se rasseyant froidement.

Le fils de saint Louis agita sa main royale.

– Confiance! prononça-t-il d’un air inspiré. Les temps sont mûrs. Le nerf de la guerre nous manquait, je l’achète au moyen d’un mésalliance sublime! Messieurs et chers amis, les hésitations, les scrupules ont pris fin. La reine vous sera présentée ce soir. C’est une simple villageoise, mais qu’était Jeanne d’Arc? Une fille du peuple!

– D’ailleurs, dit le chevalier de La Prunelaye, le coq anoblit la poule. Je regrette seulement que son physique ne soit pas plus avantageux.

– Vos respects lui tiendront lieu de jeunesse, de beauté et d’ancêtres, déclama le beau Nicolas. Tout est prêt. Je vous permets de crier, quand elle apparaîtra, ce soir: Vive la reine!

En ce moment, Pistolet se sentit toucher le bras et, presque au même instant, la voix criarde de Jérôme, l’huissier de la cour, demanda à un nouvel arrivant qu’on ne voyait point encore:

– Comment que vous dites? Répétez votre nom, vous! Pistolet se retourna et vit auprès de lui Vincent Goret, qui le regardait d’un air piteux en disant:

– Vous aviez promis comme ça que vous me donneriez à manger et à boire.

Par bonheur, il y avait une certaine émotion dans le salon de verdure. On n’entendit point Vincent, parce que les conspirateurs s’agitaient, attendant avec inquiétude la réponse du visiteur inconnu.

– Avez-vous seulement le mot? demanda encore Jérôme à ce dernier. Moi, je ne vous connais point et je me méfie de vous.

Il y eut des conjurés qui tirèrent des poignards de leurs poches. Pistolet, furieux d’être dérangé ainsi au bon moment, saisit l’éclopé à la gorge.

– Si tu te tais pas, je t’étrangle! dit-il.

Vincent Goret put balbutier encore:

– C’est à boire et à manger que je voudrais.

Pistolet serra plus ferme parce que la voix du visiteur invisible s’élevait de nouveau dans l’allée. C’était une voix sonore et hardie. Elle parla ainsi:

– Je n’ai pas le mot. Je veux voir M. Nicolas et je le verrai. Écoute bien mon nom pour le répéter comme il faut. Je m’appelle Paul Labre, baron d’Arcis!

Du coup, notre gamin resta littéralement abasourdi.

– Monsieur Paul! murmura-t-il. En voilà de l’ouvrage! J’ai peur que ce soit fini de rire. Que diable vient-il faire ici?

XVII Provocation

L’effet produit par le nom de Paul Labre, ainsi lancé à l’improviste, ne pouvait pas être le même sur tous ceux qui assistaient au grand lever de M. Nicolas.

Pour les simples membres de la conspiration, pour les hobereaux englués et enchantés de l’être, dans cette parodie de complot, M. le baron d’Arcis n’était qu’un voisin, étranger à leurs travaux et à leurs espoirs: un profane.

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