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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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Assez est aussi bien qu’un festin

Nous avions construit notre maison sur le tablier du cratère de Jones, par 19 degrés de latitude sud et 20 degrés de longitude. Le tablier était assez peuplé, près de deux cents fermes comme la nôtre étaient dispersées tout autour, mais de chez nous on ne voyait pas d’autres bâtiments. Nous avions pourtant construit en haut d’une large arête assez basse, qui descendait sur le flanc sud-ouest du cratère. Au nord, on voyait les vignes du village des Namibiens et le haut des cyprès qui bordaient leur étang. Et vers le bas du tablier, sur la roche nue, un damier vert clair : de jeunes vergers comme le nôtre.

Il se trouve que lorsque les gens partaient dans l’arrière-pays, ils venaient s’installer sur les cratères, surtout dans les hauts plateaux du Sud. D’abord, il y en avait au moins un million, alors il était facile d’en trouver de vides. Au début, pendant les premières années, les gens s’abritaient dedans. La plupart du temps, ils bâchaient le cratère et réalisaient un petit lac au centre. Le temps que l’atmosphère devienne respirable, les gens avaient compris que s’installer dans un cratère, c’était se terrer dans un trou : des journées courtes, pas de perspective, des problèmes d’inondation et tout ce qui s’ensuit. Alors les nouvelles colonies en plein air remontaient sur les bords, sur le tablier, afin d’avoir une meilleure vue. Selon le climat, la disponibilité en eau, l’environnement en général, l’intérieur était soit complètement rempli d’eau, soit aménagé en rizières autour d’un lac. Pendant ce temps-là, chaque fois que les conditions permettaient de créer un sol convenable, le tablier était cultivé et on y trouvait des champs, des vergers et des pâturages. Dans les fissures qui striaient le tablier comme les plis d’une jupe couraient des torrents tumultueux, l’eau étant amenée en haut à l’aide de pompes, ou aspirée à partir des réservoirs d’eau du bord, eux-mêmes alimentés à la pompe. Les systèmes d’irrigation étaient toujours complexes. Entre-temps, la lèvre elle-même devenait généralement un genre de centre-ville. D’abord c’est de là qu’on avait la meilleure vue, ensuite on était à mi-chemin des vieilles villes de l’intérieur du cratère et des nouvelles colonies qui s’installaient vers le bas du tablier. Les routes du bord appelées Grand-Rue ou Broadway se multipliaient alors que l’urbanisation se développait sur le pourtour. Il y avait des milliers de petits cratères d’un kilomètre de diamètre environ. La population du tour, un millier de personnes, peut-être, était généralement dense et formait une sorte de grand village bien aménagé, très convivial, où tout le monde se connaissait de vue. Puis le tablier se peuplait, oh, pas beaucoup : cinq cents personnes, tout au plus. Quand les cratères étaient plus grands, la population du bord était plus importante, bien sûr. Sur la lèvre d’un cratère de dix kilomètres de diamètre, il n’était pas rare de trouver des villes de cinquante mille habitants. Un peu comme les États-cités perchés sur les collines de la Renaissance italienne, ou les villes universitaires du Middle West américain. Chacune avait son caractère, et il y en avait des centaines. Certaines prospéraient et devenaient de petites cités débordantes d’activité, qui redescendaient vers l’intérieur du cratère, transformé en une sorte de parc, avec ses lacs ronds ou ses zones marécageuses paysagées. Apparemment, le tablier était toujours consacré aux cultures. Il fournissait souvent l’essentiel des ressources alimentaires de la ville d’en haut. Tous ces aspects de la culture des cratères apparaissaient spontanément, définissant une sorte de grammaire du paysage qui se combinait à la culture coop émergeante, et, plus simplement, au fait que les besoins des gens de la région étaient ainsi satisfaits d’une façon rationnelle. Évidemment, cela exigeait une certaine planification. Les gens arrivaient dans un cratère inoccupé (la cour environnementale en avait listé près de vingt mille rien que dans les hauts plateaux du Sud), munis de permis et de programmes, et se mettaient au travail. Pendant les dix premières années, la principale activité économique des villes était la construction, souvent assurée par des gens qui savaient ce qu’ils voulaient. Dont certains brandissaient des exemplaires en lambeaux de A Pattern Language, ou d’un autre ouvrage fondamental, ou surfaient sur le Net à la recherche de l’inspiration. Mais assez vite, dans tous les cratères, venaient s’installer des gens désireux d’échapper au contrôle de leur groupe d’origine. Ils n’avaient plus, alors, qu’à s’organiser, ce qui se passe remarquablement bien en général, quand le groupe est socialement sain.

Le cratère de Jones était grand – cinquante kilomètres de diamètre –, et la ville du bord était une chose magnifique, toute neuve, avec ses bâtiments transparents en forme de champignon, ses réservoirs d’eau et ses gratte-ciel à façade de pierre dressés aux quatre points cardinaux. Notre groupe de fermiers était composé de gens qui avaient pour la plupart travaillé en ville, et d’une vingtaine de familles qui avaient participé à divers projets agricoles et décidé de s’installer ensemble sur les pentes, d’y fonder des fermes et d’entrer dans l’un de ces cercles agricoles nomades. C’est ainsi que nous demandâmes à la cour environnementale régionale un droit d’intendance sur les terres non revendiquées et sur les arêtes qui rayonnaient à partir du bord sur une quarantaine de kilomètres vers le bas de la paroi sud-sud-ouest. Quand nous eûmes obtenu les permis nécessaires, nous descendîmes nous installer et nous passâmes notre premier hiver sous des tentes. Nous n’avions que cela, à vrai dire : ces grandes maisons de toile d’une époque révolue, généralement transparentes, mais très agréables à vivre. Au moins, on pouvait y voir le monde et le temps qu’il y faisait. Alors, même si nous manquions de presque tout, cet hiver-là nous laissa un tel souvenir que nous décidâmes de bâtir, en guise de structures permanentes, des maisons-disque, afin de pouvoir continuer à « vivre dehors, même quand on était dedans ».

Ces maisons-disque étaient basées sur un principe simple d’un architecte du Minnesota appelé Paul Sattelmeier. Elles offraient un espace ouvert, fonctionnel, tout en étant faciles à construire. Nous nous inscrivîmes pour un moule mobile. Quand il arriva, nous composâmes les commandes et nous le regardâmes cracher d’énormes pièces de poterie, les disques des toits, d’autres, légèrement plus vastes, pour les sols, puis les segments rectilignes des murs, à l’intérieur. Le toit reposait sur une sorte de double M formé par les cloisons intérieures qui divisaient une moitié du cercle ; l’autre moitié était la salle de séjour, une sorte de grande véranda semi-circulaire. La partie cloisonnée était divisée à partir du centre en trois chambres, deux salles de bains et une cuisine. La salle de séjour était tournée vers le bas de la pente, ce qui nous permettait d’avoir une vue imprenable au sud-ouest. Le « mur » extérieur de ce côté était une tenture transparente, qui pouvait rester ouverte, laissant entrer le vent. Nous ne la fermions que rarement, s’il pleuvait ou s’il faisait froid. Il en allait de même avec les chambres donnant sur l’arrière, si ce n’est que la toile était opaque, blanche, colorée ou polarisée. Cela étant, nous la laissions souvent ouverte aussi.

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