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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Elle fit non de la tête, préférant s’abstenir de parler.

« Jadis, il y avait des dizaines de sous-marins nucléaires, poursuivit Baptiste. La France en avait. Et les Anglais, les Américains, les Russes. L’entraînement, les techniques, les traditions : tout était parfaitement établi. Vous ne courez aucun risque, ces hommes sont parfaitement formés, à partir des cours et des documents d’origine. Plus quantité d’améliorations récentes !

— Aucun risque.

— Aucun.

— Alors, qu’allez-vous faire de moi ? »

Il hocha la tête, avec regret. Une sonnerie tinta. L’heure de la soupe.

Baptiste retrouva Hesseltine et les conduisit tous les deux au mess des officiers. C’était une méchante pièce fort exiguë, tout près du tintamarre cliquetant et chuintant des cuisines. Ils s’installèrent à une table carrée solidement ancrée au sol, sur des chaises métalliques recouvertes de vinyle jaune et vert. Trois officiers étaient déjà assis, servis par un cuisinier portant tablier et toque de papier.

Baptiste présenta les officiers ; le lieutenant, le second et l’enseigne de vaisseau – qui se trouvait être le cadet de la troupe. Il n’indiqua aucun nom et ça ne parut pas leur manquer. Ils étaient européens, allemands peut-être, et le troisième avait l’air russe. Tous parlaient l’anglo-réseau.

Il était clair, depuis le début, que c’était le jour d’Hesseltine. Laura était une espèce de trophée de guerre remporté par Hesseltine, blonde friandise sur laquelle la caméra pourrait s’attarder à loisir lors des respirations de sa biographie cinématographique. Elle n’avait rien à dire – et d’ailleurs on ne lui demandait rien. Les membres d’équipage lui adressaient ces regards étranges et troubles, faits de regret, de spéculation et d’une espèce de crainte superstitieuse franchement tordue. Ils piochèrent dans leur repas : des plateaux micro-ondes recouverts d’une feuille d’alu et marqués « Aero Cubana : Clasa Primera. » Laura tripota son plateau. Aero Cubana. Elle avait volé sur Aero Cubana, avec David à son côté et le bébé sur ses genoux. David et Loretta. Ô Seigneur…

Les officiers se montrèrent d’abord nerveux, dérangés et excités par la présence d’intrus. Hesseltine, suintant le charme, leur offrit un récit circonstancié, de première main, de leur attaque contre l’Ali-Khamenei. Son vocabulaire était bizarre : émaillé de « frappes », d’« impacts », d’« acquisition de cible », sans jamais la moindre évocation de victimes brûlées et lacérées. Finalement, son enthousiasme rompit la glace et les officiers se mirent à bavarder plus librement, dans un jargon pesant presque entièrement constitué d’acronymes.

Ç’avait été une journée grisante pour ces officiers de l’équipe rouge. Après des semaines, voire des mois, de ce qui n’avait pu être qu’une corvée inhumainement suffocante, ils avaient réussi à traquer et détruire une « cible terroriste dure ». Ils allaient apparemment en être récompensés – il y avait des allusions mystérieuses à des « bains hollywoodiens », quoi que cela puisse signifier. L’équipe jaune, actuellement de quart, allait à présent passer ses six heures de service à fuir – tâche passionnante ! – au fond de l’océan Indien. Quant à l’équipe bleue, elle avait perdu toute chance de contribuer à l’opération, ce dont elle concevait une amertume extrême.

Laura se demanda ce qu’ils cherchaient à fuir. Les missiles – des Exocets, c’était leur terme – avaient volé plusieurs kilomètres avant de frapper. Ils pouvaient avoir été lancés depuis n’importe quel navire de surface présent dans le détroit, voire depuis les côtes de Sumatra. Personne n’avait vu le submersible.

Et comment pourrait-on en soupçonner l’existence ? Un sous-marin était un monstre d’une ère passée. Il était inutile – conçu uniquement pour tuer – il n’existait pas de « sous-marin cargo » ou de « sous-marin garde-côte » ou de « sous-marin de sauvetage ».

Certes, il y avait bien de petits engins de recherche à grande profondeur, des bathyscaphes ou Dieu sait quoi – tout comme existaient encore quelques rares engins spatiaux habités, les uns comme les autres également obscurs, patauds et ridicules d’aspect. Mais ce bâtiment-là était gigantesque. Et la vérité, ou tout du moins une crainte assez puissante pour passer pour son équivalent, était en train de s’immiscer en elle.

Cela lui rappela une histoire entendue quand elle avait une douzaine d’années. L’un de ces récits d’horreur que les gosses aiment à se raconter. L’histoire d’un garçon qui avait par accident avalé une aiguille… Pour la voir seulement réapparaître, des années ou des décennies plus tard, rouillée mais toujours intacte, à la cheville, la rotule ou le coude… entité d’acier silencieuse glissant, inconnue et indécelable, à travers son corps respirant et vivant… tandis qu’il grandissait, se mariait, accomplissait un remarquable travail professionnel… jusqu’au jour où il va voir son médecin et lui dit : Docteur, je me fais vieux, peut-être les rhumatismes, mais j’ai cette drôle de douleur qui me poignarde la jambe… Eh bien, dit aimablement le toubib, mettez-la donc sous le scanner, on va y jeter un œil… Sapristi, monsieur Tout-le-Monde, mais vous me semblez bien avoir une méchante aiguille bien septique planquée sous la rotule… Ah ! ouais, bon sang, doc, j’avais quasiment oublié mais, tout gosse, j’avais cette sale habitude de jouer avec des aiguilles ; en fait, la majorité de mon argent de poche passait dans l’achat d’aiguilles extrêmement pointues et meurtrières que je balançais à profusion dans tous les coins, mais en grandissant, je suis devenu un peu plus sage, et j’étais bien persuadé de les avoir récupérées jusqu’à la dernière

« Vous vous sentez bien ? dit Hesseltine.

— Pardon ? dit Laura.

— Nous parlions de vous, Laura. Savoir s’il valait mieux vous fourrer au ballon ou si l’on pouvait vous laisser traîner encore.

— Je ne saisis pas, dit-elle, ahurie. Vous avez des ballons ? Je croyais que vous étiez dans la marine. »

Éclat de rire faussement enjoué des officiers. Celui qui avait l’air d’origine russe remarqua que les femmes n’étaient apparemment toujours pas plus malignes. Hesseltine lui sourit comme si c’était sa première initiative correcte.

« Bon sang, lui dit-il, on va même vous les montrer. Pas de problème, Baptiste ?

— Pourquoi pas ? »

Hesseltine serra les mains alentour puis effectua une sortie étudiée. Accompagné de Baptiste et de Laura, ils pénétrèrent dans une salle à manger où trente marins de l’équipe rouge, en tenue impeccable, étaient en train de se restaurer, entassés coude à coude autour de tables pliantes. À l’entrée d’Hesseltine, ils reposèrent avec bruit leur fourchette pour l’applaudir poliment.

Hesseltine lui offrit le bras. Terrifiée par tous ces yeux de merlans frits, elle accepta l’invite. Il l’exhiba de la sorte en paradant sur l’étroit passage entre les rangées de tables. Les hommes étaient assez proches pour la toucher, cligner de l’œil, sourire ou siffler, mais pas un ne le fit, ou même ne fit mine d’en avoir l’intention. La salle était imprégnée de leur odeur : savon, shampooing, bœuf Strogonoff-haricots verts… Dans l’angle, une télé grand écran diffusait un match de boxe thaïlandaise illégale, deux Thaïs maigres et nerveux en train de s’affronter jusqu’au sang.

Ils étaient passés. Prise de frissons incoercibles, Laura lui lâcha le bras ; elle avait la chair de poule. « Qu’est-ce qu’ils ont, tous ? siffla-t-elle. Ils sont si calmes, si amorphes…

— C’est plutôt à vous qu’il faudrait poser la question ! riposta-t-il. Un masque pareil… vous rendez tout le monde nerveux. »

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