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Les mailles du réseau

Электронная книга - «Les mailles du réseau». Краткое содержание книги:

Bienvenue dans les années 2020 !Multinationales toutes-puissantes, complots terroristes, réseaux informatiques, réveil du tiers-monde, ingénierie génétique, retour en force de l’irrationnel, sida, torture, intox, chantage atomique… Toute ressemblance avec la Terre que vous connaissez n’est pas une pure coïncidence.Citoyenne de ce monde dément, Laura Webster a su s’adapter, trouver l’équilibre entre réalité et virtuel. Mais quand elle se retrouve impliquée malgré elle dans le meurtre du représentant d’un État-pirate, une course contre la mort s’engage pour échapper aux mailles du réseau.
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Les quatre bleus plongèrent le nez sur leur damier. Ils refusèrent de le regarder.

« C’est une situation délicate », observa Baptiste. Il parlait d’elle, pas de lui. « Nous ne savons guère quoi faire de vous. Voyez-vous, la justification de notre existence, c’est de protéger les gens comme vous.

— Pas possible ?

— Nous sommes le bras armé de l’ordre mondial en gestation.

— Pourquoi m’avez-vous amenée ici ? demanda Laura. Vous auriez pu me descendre. Ou me laisser me noyer.

— Oh ! allons donc ! fit Hesseltine.

— C’est l’un de nos meilleurs agents, expliqua Baptiste. Un véritable artiste.

— Merci.

— Évidemment, il sauverait une jolie femme en fin de mission – il serait incapable de résister à cette ultime touche dramatique !

— C’est moi tout craché, reconnut Hesseltine.

— C’est vrai ? dit calmement Laura. Vous m’avez sauvée sur un simple coup de tête ? Après avoir tué tous ces gens ? »

Hesseltine la dévisagea. « Mais c’est que d’ici une minute elle va me traiter de bébert… Vous vous imaginez peut-être qu’ils m’auraient pas tué, moi, s’ils avaient su qui j’étais au juste ? C’était pas une de vos histoires d’espionnage industriel à la Mickey Mouse, au cas où vous seriez pas au courant… J’ai risqué ma vie durant des mois sous une couverture à toute épreuve, au nom des plus hauts enjeux géopolitiques ! Ces mecs de la Yung Soo Chim s’y entendent comme personne pour vérifier votre curriculum, et mes moindres faits et gestes étaient surveillés. »

Il s’appuya contre le dossier. « Mais est-ce que j’en tire gloriole ? Ben merde, non, même pas. » Il plongea le nez dans sa tasse. « Je veux dire, c’est la rançon de l’action clandestine, pas de gloire…

— C’était une opération extrêmement délicate, dit Baptiste. Comparez à la Grenade. Notre attaque contre les criminels de Singapour était d’une précision chirurgicale, presque sans effusion de sang. »

Laura se rendit compte de quelque chose. « Vous attendez ma reconnaissance.

— Ben ouais, dit Hesseltine en levant les yeux. Un minimum de gratitude serait pas déplacé, après tous les efforts qu’on a dû se taper. »

Il sourit à Baptiste. « Regardez-moi c’te tête ! Vous auriez dû l’entendre au Parlement, en faire des tartines et des tartines sur la Grenade. La belle baraque que lui avaient refilée ces rastas est partie en fumée sous le tapis de bombes. Ça lui a flanqué les boules. »

C’était comme s’il l’avait piquée au vif. « Vous avez tué Winston Stubbs sous mon toit ! Alors que j’étais debout à côté de lui. Mon bébé dans les bras.

— Oh ! dit Baptiste en se détendant ostensiblement. Le meurtre de Stubbs. Ce n’était pas nous. C’était un coup de Singapour.

— Je n’en crois rien, dit Laura, en se laissant retomber contre la banquette. On a eu un communiqué du FAIT revendiquant l’attentat !

— Un sigle ne signifie pas grand-chose, observa Baptiste. Le FAIT était un ancien groupe activiste. Rien de comparable à nos opérations modernes… En vérité, c’étaient les commandos Merlions de Singapour. Je ne crois pas que le gouvernement civil singapourien ait été même au courant de leurs actions.

— Un ramassis d’ex-paras, de bérets, de spetsnaz, ce genre de types, poursuivit Hesseltine. Ils ont tendance à se défouler un peu. Je veux dire… faut voir les choses en face : ce sont des types qui ont consacré leur vie à l’art de la guerre. Et puis tout d’un coup, vous êtes au courant, abolition, convention de Vienne. Un jour, ils sont le bouclier de la nation, le lendemain, ce sont des clodos, y reçoivent leur feuille de démobilisation, point final.

— Des hommes qui naguère ont commandé des armées, manipulé les milliards de fonds gouvernementaux, récita Baptiste, funèbre. Et aujourd’hui, des non-entités. Rejetés. Purgés. Voire calomniés.

— Par des avocats ! reprit Hesseltine, qui s’animait. Et des ramollis de pacifistes ! Qui aurait cru ça, je vous demande ? Mais quand c’est arrivé, ça a été si soudain…

— Les armées appartiennent aux États-nations, expliqua Baptiste. Il est difficile d’instaurer une authentique loyauté militaire envers une institution plus moderne, supranationale… Mais à présent que nous avons notre pays à nous – la république du Mali –, le recrutement a remarquablement repris.

— Et ça aide, aussi, de se retrouver, par le fait, avec le rôle des bons dans le jeu mondial, ajouta, désinvolte, Hesseltine. Le premier abruti de mercenaire se battra, contre espèces sonnantes et trébuchantes, pour la Grenade ou Singapour, ou n’importe quel régime de massacreur de jungle africaine. Mais nous, on a des gars vraiment engagés qui savent reconnaître la menace mondiale et sont prêts au combat. Pour la justice. » Il se cala le dos, croisa les bras.

Elle savait qu’elle n’en supporterait pas un mot de plus. Elle arrivait encore plus ou moins à se contenir, mais c’était un cauchemar éveillé. Elle l’aurait encore compris s’ils avaient été des bourreaux nazis prompts à claquer les talons… Mais découvrir ce petit Français obséquieux et ce brave-p’tit-gars psychotique au regard vacant… Ce comportement d’une parfaite banalité, cette totale absence d’âme…

Elle sentait les parois d’acier se refermer sur elle. Dans une minute, elle allait hurler.

« Z’avez l’air un rien pâlotte, remarqua Hesseltine. On va vous donner à bouffer, ça vous requinquera. La bouffe est toujours super à bord d’un sous-marin. C’est une tradition, dans la marine. » Il se leva. « Où sont les chiottes ? »

Baptiste lui indiqua le chemin. Il le regarda s’éloigner, admiratif. « Encore un peu de thé, madame Webster ?

— Volontiers, merci…

— Je n’ai pas l’impression que vous reconnaissiez l’authentique qualité de M. Hesseltine, gronda Baptiste en la servant. Pollard, Reilly, Sorge… il pourrait se mesurer avec les plus grands noms de l’histoire ! Un agent-né ! Une figure romantique, vraiment – mais née de son époque… Un jour, vos petits-enfants parleront de cet homme. »

Le cerveau de Laura passa en pilotage automatique. Elle se laissa dériver vers un échange surréaliste. « C’est un sacré bateau que vous avez là – euh, navire, je veux dire.

— Oui. C’est un Trident américain à propulsion nucléaire ; il coûte plus de cinq cents millions de dollars de votre pays. »

Elle acquiesça stupidement : c’est ça, oui, ah bon. « Alors comme ça, c’est un vieux sous-marin datant de la guerre froide ?

— Vecteur de missiles balistiques, précisément.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

— C’est une plate-forme de lancement.

— Quoi ? Je ne saisis pas. »

Il lui sourit. « Je crois que l’expression “dissuasion nucléaire” correspondrait au concept que vous cherchez, madame Webster.

— Dissuasion ? Dissuader qui ?

— Vienne, bien sûr. J’aurais cru la chose évidente. »

Laura but une gorgée de thé. Cinq cents millions de dollars. Propulsion nucléaire. Missiles balistiques. C’était comme s’il lui avait dit qu’on ressuscitait les cadavres à bord. C’était bien trop horrible, complètement hors de toute raison, de toute crédibilité.

Il n’y avait aucune preuve. Il ne lui avait rien montré. Ils la menaient en bateau au propre et au figuré. Jouaient les illusionnistes. C’étaient des menteurs. Elle n’en croyait pas un mot.

« Vous n’avez pas l’air troublée, remarqua Baptiste, appréciateur. Vous n’avez pas de blocage superstitieux à l’égard des dangers pernicieux de l’énergie nucléaire ? »

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