Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles
- Автор: Loubier Jean-Marc
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Éditions Robert laffont
- ISBN: 978-2221115763
- Жанр: Биографии и мемуары
Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:
Flic efficace, connu pour ses méthodes musclées, Roger Le Taillanter n’en est pas à sa première affaire de tentative d’extorsion de fonds auprès d’une célébrité. Ce Breton de 43 ans a gravi tous les échelons de la police nationale avant de devenir commissaire divisionnaire. Avec son physique à la Jules Maigret, il en impose quand il arrive au petit matin chez les de Funès qui ont finalement décidé de faire appel aux autorités compétentes. Le Taillanter, en dégustant une bière bien fraîche, écoute l’énoncé des faits avant de poser moult questions. Heure précise de l’appel téléphonique, mots employés par le maître chanteur, intonations de sa voix. Était-il calme ou énervé ? Le commissaire passe tout au peigne fin. Il ne laisse rien au hasard et ne se prive pas de raconter certains de ses exploits, assurant qu’il a résolu des affaires plus complexes. Dans un premier temps, il décide de placer toute la famille sous protection ainsi que de faire en sorte que la gendarmerie surveille le château de Clermont. Il va de soi que les lignes téléphoniques des de Funès seront placées sur écoute. Au soir du même jour, nouveau coup de fil de Pierre Langlois, tout aussi menaçant. L’homme semble de plus en plus résolu à obtenir ses 150 000 francs !
Seconde visite de Roger Le Taillanter, accompagné cette fois de deux inspecteurs, qui veut en savoir plus sur les fréquentations de Patrick de Funès, étudiant à la faculté de médecine de Paris. Qui sont ses amis ? Sort-il le soir ? N’aurait-il pas ourdi cette sombre machination ? Une piste qui en vaut une autre mais bien vite abandonnée face à la colère de Jeanne et de Louis qui n’apprécient guère les allégations du commissaire. Désormais, chaque matin, deux inspecteurs accompagnent Olivier au cours Simon avant de rejoindre la rue Monceau où ils sont chargés d’intercepter et d’enregistrer chaque appel téléphonique. Le 18 août, Langlois se manifeste. « Vous vous rendrez le 19 août à la consigne de la brasserie Dupont-Montparnasse. Déposez l’argent en vieilles coupures à 12 heures. Un M. Langlois se présentera et en prendra possession. Mais attention, pas de police, sinon… », dit-il sans que les policiers puissent conserver la bande magnétique de l’enregistrement. « Catastrophe : un blocage du magnéto ruine l’enregistrement, raconte Olivier de Funès[427]. Paniqués, les inspecteurs appellent le divisionnaire. » Plus question de tergiverser, il faut agir en douceur et sans faire prendre le moindre risque à qui que ce soit. Le Taillanter propose que ce lundi 19 août, Jeanne de Funès se rende au rendez-vous avec un paquet enfermant des coupures de journaux. S’il s’agissait de Louis, il lui serait bien difficile de passer inaperçu. Véritable « mère courage », Jeanne accepte sans hésiter.
Au jour dit, Jeanne s’engouffre dans un taxi discrètement suivi par des policiers en voiture banalisée pendant que d’autres sont en planque près de la consigne du Dupont-Montparnasse. À 10 h 30, Jeanne a rempli sa mission et elle ne perd pas une seconde pour disparaître. Quelques minutes plus tard, Le Taillanter téléphone rue Monceau, victorieux, pour annoncer que ses hommes ont ceinturé l’individu venu récupérer le colis. Il s’agit d’un chauffeur de taxi rapidement interrogé. Le pauvre bougre explique qu’un message radio de l’hôtel Select-Raspail lui a demandé de venir prendre un paquet au nom d’un certain M. Langlois. Vérification faite, le taxi n’a pas menti. Sur l’ordre des policiers, il rejoint le Select-Raspail afin de remettre le paquet à la réceptionniste. Dissimulés dans l’établissement, des inspecteurs guettent l’arrivée du mystérieux Langlois, qui ne montrera jamais le bout de son nez. Se serait-il douté qu’une souricière a été organisée ? Il a pourtant appelé la réception du Select-Raspail pour dire : « Je serai chez vous vers 12 h 30. Je précise que j’ai demandé à un chauffeur de taxi de venir déposer un colis pour moi. Soyez assez aimable de le payer… »
Langlois a certes disparu, mais par précaution on continue de protéger la famille de Funès jusqu’au 4 septembre où Roger Le Taillanter est fier de les rassurer. Le fameux Langlois est entre leurs mains au Quai des Orfèvres. Il n’a pas eu de mal à l’interpeller, l’homme s’est rendu. Il s’appelle Jacques Robert et il avoue avoir déjà essayé d’enlever Johnny Hallyday. Il confirme qu’il a agi pour le compte du mouvement Delta 4. Un mouvement secret créé après les événements de mai et juin 1968 « pour secouer l’opinion publique, précise-t-il[428] en ajoutant : J’ai eu l’idée de rançonner le comédien de Funès parce que c’est une vedette populaire. Je ne lui en voulais pas personnellement, mais ce scandale nous donnait l’occasion de faire notre profession de foi. Je savais bien que cet argent, je ne le toucherais jamais et que vous m’appréhenderiez vite. » Soulagés, les de Funès peuvent reprendre une vie normale en espérant ne plus jamais entendre parler de ce Jacques Robert, âgé de 34 ans et condamné à dix-huit mois de prison. Ce curieux personnage, dont on apprendra plus tard qu’il avait déjà tenté d’extorquer des fonds à Fernand Raynaud, qu’il était soupçonné d’avoir assassiné son père, réapparaîtra dans la vie des de Funès à l’été 1970. Il parviendra à s’introduire dans la cour du château de Clermont et osera réclamer de l’argent à Jeanne, qui le reconduira manu militari vers la porte de sortie[429].
C’est en père de famille tranquille que Louis peut se rendre à la première du Tatoué au cinéma Ambassade où le fauteuil réservé à Jean Gabin reste orphelin. Toute la presse tente en vain d’obtenir quelques mots sur cette lamentable affaire, qu’il se refuse à commenter. Accueil plutôt mitigé de la part des journalistes pour le couple vedette que chacun attend. Le très fidèle Robert Chazal souligne dans France-Soir[430] un « rythme léger, enlevé, élégant, sans la moindre vulgarité. Le tandem Gabin-Louis de Funès fait des étincelles et met le feu à la poudre » ; le rédacteur du Film français parle d’« un film distrayant étayé par un scénario adroitement équilibré[431] ». Un jugement bien peu objectif quand on sait que les producteurs Jacquin et Dorfmann ont retenu une pleine page de publicité en cas de succès populaire ! En revanche, Georges Charensol, dans Les Nouvelles littéraires[432], n’est guère aimable, retenant que « le malheureux metteur en scène louvoie entre cent Charybde et mille Scylla. Résultat, un film lourd, lourd, lourd, et où les deux vedettes ne sont pas tellement à l’aise. Gabin s’en tire en décidant d’être, d’un bout à l’autre, furibond. Mais de Funès a du mal à nuancer le personnage de salaud que les circonstances contraignent à se montrer bon prince, qu’il a imposé dans ses films précédents ». Même coup de griffes dans la presse belge[433] qui note que « tous les gags sont téléphonés ; le récit avance à cloche-pied au rythme d’une caméra paresseuse époussetant les paysages ; les acteurs, sans texte ni direction, s’efforcent en vain d’être drôles ». Il n’empêche que dès la sortie du film, le 18 septembre, le public trouve cette histoire à son goût. Le Tatoué fait mieux que Les Grandes Vacances et Le Petit Baigneur en séduisant en première semaine plus de 80 000 spectateurs ! Pourtant, force est de constater que le film de Denys de La Patellière dessert un Jean Gabin qui, à 64 ans, se cherche. Il n’a plus, loin de là, le physique de La Bandera ou de Quai des brumes. Il a été ridicule dans Archimède et le Clochard, déplacé dans Les Vieux de la vieille. Gabin est en dessous de tout, comme s’il se sentait traqué et poussé au rancart. Il apparaît, sous de mauvais éclairages, aviné, rougeaud, et terriblement cabotin. Il ressemble à ces acteurs des années trente en fin de carrière, qui se démènent comme de beaux diables pour faire croire qu’ils existent encore. Dans Le Tatoué, Gabin est indigne de son talent. Louis de Funès s’en sort un peu mieux parce qu’il n’en fait pas trop. Il joue sobrement et emporte la décision tout en avouant quelques mois plus tard dans Le Soir de Bruxelles[434] : « C’est un mauvais film, un point c’est tout. Je n’aurais pas dû tourner cela, finalement tout ce qui est arrivé est de ma faute, je l’avoue : l’idée de tourner au côté de Gabin, c’est moi qui l’ai eue et personne d’autre. » Louis endosse l’entière responsabilité de ce fiasco artistique sans doute pour ne pas accabler Maurice Jacquin et Denys de La Patellière. Qu’importe, en cette mi-octobre 1968, Louis s’escrime surtout à peaufiner du mieux qu’il peut son Hibernatus.
427
Olivier de Funès, op. cit., p. 194.
428
Propos rapportés in Le Parisien libéré en date du 6 septembre 1968.
429
Ce même Jacques Robert fera irruption arme à la main dans les studios de RTL le 8 février 1978 à 23 h 15 lors de l’émission de Max Meynier, Les routiers sont sympas. Il menace de tout faire sauter si on ne lui laisse pas passer un message à l’antenne. Avec diplomatie, l’animateur parvient en dialoguant à le convaincre de ne pas aller plus loin dans son délire. Outre le message qu’il veut passer, il cherche à obtenir trente minutes d’antenne à l’ORTF. Au bout de quatre heures de négociations, il est arrêté à sa sortie de la station de radio. Cela lui vaudra trente mois de prison. Plus grave, le 30 septembre 1977, il détourne la Caravelle d’Air Inter reliant Paris à Lyon. Après des heures de négociations, les forces de l’ordre donnent l’assaut sur l’aéroport d’Orly. Bilan : un mort — une hôtesse de l’air — et quatre blessés. Condamné à vingt-cinq ans de réclusion criminelle, il sortira de prison en 1989.
430
Article paru le 20 octobre 1968.
431
Article paru le 28 octobre 1968.
432
Article paru le 27 octobre 1968.
433
Article paru in La Libre Belgique en date du 18 octobre 1968.
434
Article paru le 7 novembre 1968.