Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Qu’est-ce que ça dit ? demanda Alain.
Le code avait beau être assez simple, il n’arrivait pas à le savoir par cœur, encore moins à le déchiffrer à vue, comme Roland et Bert en avaient été capables quasi instantanément. Les talents d’Alain — sa capacité à pister, sa facilité avec le shining — trouvaient à s’exercer ailleurs.
— Farson se déplace vers l’est, lut Cuthbert, il a divisé ses forces en deux armées, l’une grande, l’autre petite. Avez-vous remarqué quelque chose d’inhabituel ?
Il regarda Roland, presque offensé.
— Inhabituel, ça veut dire quoi ?
Roland secoua la tête. Il n’en savait rien. Il doutait même que ceux qui avaient envoyé le message — son père en faisait partie presque à coup sûr — l’aient su.
Alain tendit à Cuthbert bandelette et stylo. D’un doigt, Bert caressa la tête du pigeon au doux roucoulis. L’oiseau ébouriffa ses plumes, déjà désireux de repartir dans l’ouest, semblait-il.
— Qu’est-ce que je dois écrire ? demanda Cuthbert. Toujours pareil ?
Roland acquiesça.
— Mais on a vu des tas de choses inhabituelles ! s’exclama Alain. Et on sait que les choses tournent pas rond par ici ! Les chevaux… et dans ce petit ranch là-bas au sud… je me rappelle plus son nom…
Mais Cuthbert, si.
— Le Rocking H.
— Si fait, le Rocking H. Il y a des bœufs, là-bas. Des bœufs ! Mes dieux, j’en avais jamais vu sauf en image dans les livres !
Roland eut l’air inquiet.
— Quelqu’un sait que vous les avez vus ?
Alain eut un haussement d’épaules impatient.
— Je ne crois pas. Il y avait bien des bouviers dans le coin — trois, peut-être quatre…
— Quatre, si fait, dit Cuthbert tranquillement.
— Mais ils n’ont pas fait attention à nous. Même quand on voit des choses, ils pensent qu’on ne voit rien.
— Et cela doit continuer ainsi.
Roland les balaya du regard, mais son visage était comme absent, comme si ses pensées étaient au loin. Quand il se tourna vers le soleil couchant, Alain aperçut quelque chose sur le col de sa chemise. Il le cueillit d’une main si experte et si rapidement que même Roland ne sentit rien. Bert n’aurait pas pu faire ça, songea Alain avec une certaine fierté.
— Si fait, mais…
— Le contenu du message reste le même, dit Roland.
Il s’installa sur la dernière marche, le regard perdu vers la rougeur du couchant.
— Patience, Messires Richard Stockworth et Arthur Heath. Nous savons certaines choses et en subodorons d’autres. Mais John Farson viendrait-il si loin rien que pour se réapprovisionner en chevaux ? Je ne crois pas. Je n’en suis pas sûr, les chevaux sont précieux, si fait… mais je n’en suis pas sûr. Aussi attendons.
— Très bien, d’accord, même message.
Cuthbert lissa la bandelette de papier sur la balustrade du porche, avant d’y tracer une courte série de symboles. Alain pouvait déchiffrer ce message-là ; il avait vu la même séquence plusieurs fois depuis leur arrivée à Hambry. « Message reçu. Tout va bien. Rien à signaler pour le moment. »
Le message fut glissé dans la bague et attaché à la patte du pigeon. Alain descendit les marches, s’arrêta près de Flash (qui attendait patiemment d’être dessellé) et leva l’oiseau vers le soleil déclinant.
— Aïle !
Le pigeon s’envola d’un seul coup. Ils ne le virent qu’un instant, forme noire se découpant contre le ciel obscurci.
Roland resta assis à le suivre des yeux. L’expression rêveuse ne quittait pas son visage. Alain se surprit à se demander si Roland avait pris la bonne décision ce soir. Jamais une idée pareille ne l’avait effleuré de toute sa vie. Et jamais il ne s’était attendu à l’avoir.
— Roland ?
— Humm ? fit-il tel un homme tiré à demi d’un profond sommeil.
— Si tu veux, je vais le desseller et le bouchonner à ta place, fit Alain en lui désignant Flash.
La réponse fut longue à venir. Alain allait reformuler sa demande quand Roland dit :
— Non. Je vais le faire. Dans une minute ou deux.
Et il se replongea dans la contemplation du couchant.
Alain regrimpa les marches du porche et se réinstalla dans son rocking-chair. Bert avait repris place sur la caisse. Ils étaient derrière Roland à présent, et Cuthbert lança un coup d’œil à Alain, en haussant le sourcil. Il lui montra Roland, puis regarda Alain à nouveau.
Alain lui passa ce qu’il avait récupéré sur le col de Roland. Bien que ce fût presque trop fin pour qu’on le distingue sous cet éclairage, Cuthbert avait l’œil d’un pistolero et s’en empara facilement, sans tâtonner.
C’était un long cheveu d’or filé. Alain vit à l’expression de Bert qu’il savait de quelle tête il était tombé. Depuis leur arrivée à Hambry, ils n’avaient rencontré qu’une seule fille à longue chevelure blonde. Les deux garçons échangèrent un regard. Alain discerna de la consternation chez Bert, mais aussi une bonne dose d’hilarité.
Cuthbert Allgood se mit l’index sur la tempe et fit mine d’appuyer sur la détente.
Alain opina.
Assis sur les marches, leur tournant le dos, Roland, les yeux rêveurs, regardait mourir le soleil au couchant.
CHAPITRE 8
Sous la Lune du Colporteur
La ville de Ritzy[7], à quelque six cent cinquante kilomètres à l’ouest de Mejis, usurpait complètement son nom. Roy Depape l’atteignit trois nuits avant que la Lune du Colporteur — appelée par certains la Lune de Fin d’Été — ne soit pleine, pour en repartir un jour plus tard.
Ritzy était en fait une misérable bourgade de mineurs située sur le versant oriental des Monts Vi Castis, à environ vingt lieues de la Passe du même nom. La ville n’avait en tout et pour tout qu’une seule rue ; pour l’heure creusée d’ornières par les roues cerclées de fer des chariots, elle deviendrait un lac de boue trois jours après le début des tempêtes d’automne. On y trouvait le Magasin Général à l’enseigne de l’Ours et de la Tortue, où la Compagnie Vi Castis interdisait aux mineurs d’aller faire leurs emplettes, et celui de la Compagnie où personne, hormis les gueules noires, ne voulait faire les siennes ; la prison, combinée avec la Salle Municipale, était flanquée sur le devant d’un moulin à vent faisant également office de potence ; il y avait aussi six saloons des plus braillards, chacun plus sordide, abominable et mal famé que son voisin.
Ritzy ressemblait à une sale tête, rentrée entre deux épaules figées dans un haussement — les contreforts des collines. Au sud et au-dessus de la ville se trouvaient les bicoques déglinguées où la Compagnie logeait ses mineurs ; la première bouffée de brise apportait la puanteur de leurs latrines communes non chaulées. Au nord se trouvaient les mines proprement dites : galeries dangereuses, car mal étayées, des plus sommaires, qui à une profondeur de quinze mètres s’étiraient telles de longs doigts crochus en quête d’or, d’argent, de cuivre et à l’occasion d’un gisement de sourdfeux. Vues de l’extérieur, ce n’étaient que des trous perforant la terre rocheuse et nue, des trous comme des orbites vides, chacun avec sa pile de till et de déblais près de l’accès.
Autrefois, il y avait eu des mines indépendantes, mais il n’en restait plus une seule, la Compagnie Vi Castis les ayant récupérées dans les règles. Depape n’ignorait rien de tout ça, car les Grands Chasseurs du Cercueil avaient pris part à ce petit tour de passe-passe. Oh liesse et rareté ! Ça avait eu lieu juste après qu’il se fut acoquiné avec Jonas et Reynolds. Oui, ils s’étaient fait tatouer ces cercueils sur la main à vingt lieues d’ici, dans la ville de Wind, un trou vaseux encore moins reluisant que Ritzy la mal nommée. Ça remontait à quand ? Il n’aurait su le dire exactement, bien qu’il lui semblât qu’il devrait en être capable. Mais quand il en venait à faire le compte du temps passé, Depape s’y perdait souvent. Il avait même du mal à se rappeler son âge. Parce que le monde avait changé et que le temps était différent à présent. Plus mou.
7
Ritzy signifie élégant, classe, chicos. (N.d.T.)