Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— On vous offre quoi ? demanda-t-elle, légèrement espiègle. De la bière ? De l’aie ? Du graf ?
— Aussi du vin, du whiskey, ou un coup d’arquebuse, dit-il sans lui rendre son sourire. C’est presque comme s’ils voulaient nous pousser à ne pas tenir notre parole. Ça ne vous paraît pas étrange ?
— Si fait, un peu ; mais pas plus que l’hospitalité à Ham-bry. Dans ces contrées, quand quelqu’un — en particulier, un jeune homme — déclare ne plus vouloir toucher une goutte d’alcool, les gens ont tendance à le croire timide, ne le prennent pas très au sérieux.
— Et ce joyeux soutien de la part des huiles. Qu’est-ce que ça vous inspire ?
— Étrange.
Et c’était le cas. Le travail de Pat Delgado l’avait mis en contact quotidiennement avec ces propriétaires terriens et éleveurs de chevaux ; Susan, qui collait aux basques de son pa chaque fois qu’il la laissait venir, en avait connu beaucoup, elle aussi. Elle les trouvait plutôt pisse-froid, en général. Elle n’arrivait pas à imaginer un John Croydon ou un Jack White brandir une chope à l’effigie d’Arthur l’Aîné pour porter un toast sentimental… spécialement pas en milieu de journée, quand il fallait s’occuper du bétail ou en vendre.
Will ne la lâchait pas des yeux, comme s’il déchiffrait ces pensées au fur et à mesure.
— Mais probablement que vous ne fréquentez pas ces grosses légumes autant qu’autrefois, fit-il. Avant le trépas de votre père, je veux dire.
— Peut-être pas… mais les bafouilleux apprennent-ils à parler à l’envers ?
Pas de rictus prudent, cette fois ; son large sourire éclaira son visage. Mes dieux, qu’il était beau !
— Je suppose que non. Pas plus que les chats ne changent leur couleur de poil, comme nous disons, nous. Mais le Maire Thorin ne vous entretient-il pas de nous — mes amis et moi — quand vous êtes seul à seul ? Ou bien est-ce une question qui outrepasse ce que j’ai le droit de vous demander ? Je suppose que oui.
— Je me moque bien de cela, dit-elle, secouant hardiment la tête, ce qui fit se balancer sa longue tresse. Je comprends très peu la bienséance, comme certains ont eu la bonté de me le souligner.
Mais ni son air abattu ni sa rougeur embarrassée ne la laissèrent aussi indifférente qu’elle s’y était attendue. Elle savait des filles qui aimaient à taquiner autant qu’à fleureter — et certaines poussaient loin la taquinerie —, mais elle semblait n’avoir aucun goût pour ça. Elle n’avait nulle envie de se faire les griffes sur lui et elle poursuivit d’un ton radouci :
— Je ne reste jamais seule avec lui, de toute façon.
Oh comme tu lui mens bien, songea-t-elle tristement, se remémorant comment Thorin l’avait embrassée dans le couloir, le soir de la fête, lui pelotant les seins à tâtons tel un enfant essayant de glisser la main dans un bocal de bonbons ; et comment il lui avait dit qu’il brûlait pour elle. Oh, sale menteuse.
— De toute manière, Will, l’opinion de Hart sur vous et vos amis peut difficilement vous concerner, n’est-ce pas ? Vous avez un travail à accomplir, c’est tout. S’il vous aide, pourquoi ne point l’accepter simplement et lui en être reconnaissant ?
— Parce que tout n’est pas clair par ici, répondit-il, et la gravité presque sombre de sa voix effraya un petit peu Susan.
— Qu’est-ce qui n’est pas clair ? Le Maire ? L’Association du Cavalier ? De quoi parlez-vous ?
Il la regarda sans ciller, puis parut s’être décidé.
— Je vais vous faire confiance, Susan.
— Je ne suis pas sûre d’avoir plus envie que tu me donnes ta confiance que ton amour, fit-elle.
Il opina.
— Et pourtant, pour accomplir le boulot qu’on m’a envoyé faire ici, il faut que je me fie à quelqu’un. Pouvez-vous comprendre ça ?
Elle le regarda dans les yeux, puis acquiesça.
Il vint près d’elle, si près qu’elle s’imagina sentir la chaleur de sa peau.
— Regardez là, en bas. Et dites-moi ce que vous voyez.
Elle lui obéit, puis haussa les épaules.
— L’Aplomb. Tel qu’en lui-même…
Elle sourit légèrement.
— Toujours aussi beau. Ça a toujours été mon endroit préféré dans le monde entier.
— Si fait, c’est beau, soit. Que voyez-vous d’autre ?
— Des chevaux. Qui se coursent.
Elle sourit pour bien montrer qu’elle plaisantait (c’était une vieille blague de son pa, en fait), mais il ne lui rendit pas son sourire. Point vilain à regarder, et courageux, si les histoires qui circulaient déjà en ville étaient vraies ; agile de ses mouvements et dans sa tête, aussi. Pas vraiment le sens de l’humour, toutefois. Bah, il y avait pire comme défaut. Peloter les seins d’une fille à l’improviste, par exemple.
— Des chevaux. Oui. Mais leur nombre vous semble-t-il le bon ? Vous avez vu des chevaux sur l’Aplomb toute votre vie et vous êtes sûrement la personne ne faisant pas partie de l’Association du Cavalier la mieux qualifiée pour me le dire.
— Vous ne leur faites point confiance pour ça ?
— Ils nous ont donné tout ce que nous leur avons demandé et ils sont aussi amicaux que des chiens sous la table du festin, pourtant, non — je ne crois pas que je leur fasse confiance.
— Et vous me feriez confiance à moi ?
Il la regarda fermement de ses yeux si beaux et si effrayants — d’un bleu plus sombre qu’ils ne le seraient plus tard, n’étant point encore délavés par les soleils de dix mille jours d’errance.
— Je dois me fier à quelqu’un, répéta-t-il.
Elle baissa les yeux, presque comme s’il l’avait rabrouée. Il tendit la main et, la prenant gentiment au menton, lui releva la tête.
— Cela vous paraît-il le nombre exact ? Réfléchissez bien !
Mais à présent qu’il avait attiré son attention sur ce point, elle eut à peine besoin de se concentrer. Elle avait noté un changement depuis quelque temps, estima-t-elle, mais il avait été graduel, donc facilement imperceptible.
— Non, dit-elle enfin. Leur nombre n’est pas le bon.
— Ça vous paraît trop ou pas assez ?
Elle marqua un temps. Reprit son souffle. Expira dans un long soupir.
— Trop, beaucoup trop.
Will Dearborn, levant ses poings à hauteur d’épaule, les serra en signe de victoire. Ses yeux bleus brillèrent comme les lampes à étincelles dont son grand-pa lui avait parlé.
— Je le savais, dit-il, je le savais.
— Combien de chevaux y a-t-il, là en bas ? demanda-t-il.
— En dessous de nous ? Ou sur toute l’étendue de l’Aplomb ?
— Juste en dessous de nous.
Elle regarda attentivement, sans faire de tentative pour compter réellement. Ça ne marchait pas, ne faisait que vous embrouiller les idées. Elle aperçut quatre bandes assez importantes d’une vingtaine de chevaux chacune, se déplaçant sur le vert de la pente, en dessous, presque à l’instar des oiseaux dans le bleu du ciel, au-dessus. Il y avait peut-être une dizaine de bandes plus restreintes, de l’octuor au quatuor… plusieurs chevaux allant par paires (ils évoquèrent des couples d’amoureux à Susan, mais c’était le cas de tout et n’importe quoi, aujourd’hui, lui semblait-il)… et quelques-uns galopant en solitaire, de jeunes étalons pour la plupart…