Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Du plomb, répondit Depape, qui défourrailla et déchargea à deux reprises dans la poitrine du vieillard. Lui rendant un vrai service.
Pour l’heure, il retournait à Mejis — le voyage serait plus court maintenant qu’il n’avait plus besoin de faire halte dans la moindre saloperie de bourgade pour poser des questions.
Il y eut un bruissement d’ailes au-dessus de sa tête. Un pigeon — gris foncé au cou cerclé de blanc — se posa en voletant sur un rocher juste devant lui, comme pour se reposer. Un oiseau qui valait le coup d’œil. Ce n’était pas un pigeon sauvage, songea Depape. Un oiseau apprivoisé qui s’était échappé de sa cage ? Il n’arrivait pas à imaginer que quelqu’un dans ce coin désolé du monde garde autre chose qu’un mâtin à demi sauvage pour mordre au gras de la fesse tout voleur éventuel (bien que les possessions de ses habitants valant la peine d’être volées soulèvent une autre question sans réponse). Mais tout était possible, supposa-t-il. En tout cas, du pigeon rôti serait un vrai festin quand il ferait étape, la nuit venue.
Depape tira son arme, mais avant d’avoir pu armer le chien, le pigeon était déjà loin, filant à tire d’aile vers l’est. Depape n’en tenta pas moins de l’abattre. Parfois, vous aviez de la chance, mais pas cette fois, apparemment ; le pigeon piqua légèrement, puis reprit de la hauteur avant de disparaître dans la direction que Depape lui-même suivait. Il resta à califourchon sur son cheval un instant, pas vraiment dépité ; il pensait que Jonas allait être enchanté de ce qu’il avait découvert.
Au bout d’un petit instant, il botta les flancs de son cheval et se mit à suivre au petit galop la Route Maritime de la Baronnie, en direction de l’est. Il revenait vers Mejis, où les garçons qui lui avaient causé des embarras attendaient qu’on les mette au pas. Ils pouvaient bien être des seigneurs, des fils de pistoleros, mais ces jours, même des gens de leur étoffe pouvaient périr. Comme le vieux saligaud n’aurait pas manqué de le souligner, le monde avait changé.
En fin d’après-midi, trois jours après que Roy Depape eut quitté Ritzy pour regagner Hambry, Roland, Cuthbert et Alain allèrent explorer à cheval le nord et l’ouest de la ville : à savoir, successivement, la longue pente douce de l’Aplomb, la vaste savane que les habitants d’Hambry appelaient la Mauvaise Herbe et enfin les terres désertiques. Devant eux, clairement visibles dès qu’ils se trouvèrent à ciel ouvert, se dressaient des falaises érodées à moitié éboulées, partagées en leur centre par une fente vaginale, aux abords si déchiquetés qu’on l’aurait dite taillée à la serpe par un dieu mal embouché.
Deux lieues et demie séparaient environ les falaises de l’extrémité de l’Aplomb. Aux trois quarts du parcours, les trois amis dépassèrent le seul relief géographique de ce plat pays : un monticule rocheux en saillie ressemblant à un doigt recourbé. Au-dessous, un petit tapis de gazon affectait la forme d’un boomerang et quand Cuthbert poussa un ululement pour entendre l’écho de sa voix renvoyé par les falaises devant eux, une bande de bafou-bafouilleux s’égailla en blablatant de ce trou de verdure et se mit à courir a contrario vers le sud-est, en direction de l’Aplomb.
— C’est la Roche Suspendue, fit Roland. Il y a une source à sa base — la seule à des lieues à la ronde, à ce qu’on dit.
Ce furent les seules paroles qu’ils échangèrent au cours de cette chevauchée de reconnaissance. Mais une onde d’indéniable soulagement passa entre Alain et Cuthbert dans le dos de Roland. Ces trois dernières semaines, ils avaient plutôt fait du sur-place tandis que l’été, se déroulant autour d’eux, les laissait en plan. C’était très bien que Roland dise qu’ils devaient attendre, accorder la plus grande attention aux choses sans importance et recenser celles qui comptaient du coin de l’œil, mais ni l’un ni l’autre ne se fiaient vraiment à l’air rêveur et détaché de tout qu’affichait Roland, ces jours, comme une version très personnelle de la cape de Clay Reynolds. Ils n’évoquaient pas ça entre eux, c’était inutile. Tous deux savaient que, si Roland se mettait à courtiser la jolie fille dont le Maire Thorin entendait faire sa gueuse (car, à qui d’autre ce long cheveu blond aurait-il pu appartenir ?), ils se préparaient de gros ennuis. Mais Roland n’avait pas mis son plumage de saison des amours, et pas plus Alain que Cuthbert n’avaient aperçu de nouveaux cheveux blonds sur le col de sa chemise et quant à ce soir, il paraissait redevenu lui-même et s’être dépouillé de cette cape purement abstraite. Temporairement, peut-être. De façon permanente, avec un peu de chance. Ils ne pouvaient qu’attendre et voir ce qui se passerait. Au final, le ka trancherait, comme toujours.
À une demi-lieue des falaises, la forte brise de mer qu’ils avaient eue dans le dos depuis le début de leur chevauchée tomba soudain. Et ils entendirent s’échapper de la fente, qui n’était autre que Verrou Canyon, une piaillerie bourdonnante et atonale. Alain retint sa monture, faisant la grimace comme s’il venait de mordre dans un fruit d’une extravagante acidité. Tout ce que ça lui évoquait, c’était une poignée de petits cailloux qu’on malaxait fortement les uns contre les autres. Des vautours tournoyaient au-dessus du canyon comme si le son les attirait.
— La vigie aime pas ça, Will, dit Cuthbert, en frappant le crâne de ses phalanges. J’aime pas beaucoup ça non plus. Qu’est-ce qu’on vient faire par ici ?
— Compter, dit Roland. On nous a envoyés tout compter et tout voir, et c’est quelque chose qu’il nous faut compter et voir.
— Oh, si fait, dit Cuthbert.
Il avait du mal à retenir son cheval que la plainte basse et grinçante de la tramée rendait ombrageux.
— Mille six cent quatorze filets de pêche, sept cent dix petits bateaux, deux cent quatorze grands bateaux, soixante-dix bœufs dont personne ne veut admettre l’existence, et au nord de la ville, une tramée. Quoi que ça puisse être, foutre diantre.
— C’est ce qu’on va découvrir.
Ils avançaient de plus en plus englobés par le son et, bien qu’aucun d’eux n’aimât ça, aucun ne suggéra non plus de faire marche arrière. Ils avaient fait tout ce chemin jusqu’ici et Roland avait raison — c’était leur boulot. En outre, la curiosité les poussait.
L’entrée du canyon était passablement obstruée de broussailles, comme Susan l’avait appris à Roland. L’automne venu, la plupart ne seraient plus que du bois mort, mais pour l’heure les branches empilées là portaient encore des feuilles, bouchant toute visibilité dans le canyon. Un sentier se faufilait au centre de l’entassement de fagots, mais il était trop étroit pour laisser passage aux chevaux (qui auraient renâclé devant l’obstacle de toute façon) ; dans la lumière déclinante, Roland ne distinguait pas grand-chose.
— On y entre ? demanda Cuthbert. Que l’Ange Tabellion note sur son grand rouleau que je suis contre, même si je ne me mutine pas.
Roland n’avait nullement l’intention de les emmener à travers l’épine pour remonter vers la source du son. Surtout en n’ayant qu’une très vague idée de ce qu’était une tramée. Il avait posé quelques questions à ce sujet ces dernières semaines et obtenu peu de réponses valables.
— Moi, j’me tiendrais à l’écart, s’était borné à lui conseiller le Shérif Avery.
Jusqu’ici, les meilleurs renseignements étaient encore ceux qu’il avait obtenus de Susan, le soir de leur rencontre.
— Tu peux dormir sur ta selle, Bert. On n’y entrera pas.
— Bien, fit Alain doucement ; ce qui fit sourire Roland.