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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— Je désire vous dire autre chose. Il ne me plaît pas de revenir à notre point de départ, mais je le dois.

— Non, dit-elle d’une petite voix. L’affaire est close, assurément.

— Je vous ai dit que je vous aimais et que j’étais jaloux, fit-il.

Et pour la première fois, sa voix sortit moins affermie, affectée d’un tremblement, de son gosier. Elle s’alarma de le voir avec des larmes plein les yeux.

— Il y avait autre chose. Quelque chose de plus.

— Will, je ne veux point…

Elle se détourna, cherchant son cheval à l’aveuglette. La prenant par l’épaule, il lui fit faire volte-face. Malgré son absence de rudesse, ce geste était empreint d’une inexorabilité épouvantable. Levant les yeux vers lui, impuissante, elle vit qu’il était jeune, loin de chez lui et comprit soudain qu’elle ne pourrait plus lui résister très longtemps. Elle le désirait si fort qu’elle en avait mal. Elle aurait donné un an de sa vie rien que pour pouvoir poser la paume de ses mains sur ses joues et sentir le contact de sa peau.

— Votre père vous manque, Susan ?

— Si fait, murmura-t-elle. Dans toutes les fibres de mon cœur.

— Ma mère me manque de la même façon.

Il la tenait aux épaules à présent. Une larme déborda et traça un filet d’argent le long de sa joue.

— Elle est morte ?

— Non, mais quelque chose lui est arrivé. Merde ! Comment puis-je en parler alors que je ne sais qu’en penser ? En quelque sorte, c’est comme si elle était morte pour moi.

— Mais c’est terrible, Will.

Il opina.

— La dernière fois que je l’ai vue, elle m’a lancé un regard qui me hantera jusqu’à la tombe. L’espoir, la honte et l’amour s’y mêlaient. La honte de ce que j’avais vu et savais d’elle, l’espoir peut-être que je comprendrais et lui pardonnerais…

Il reprit profondément son souffle.

— Le soir de la réception, vers la fin du repas, Rimer a lancé une plaisanterie. Vous avez tous éclaté de rire…

— J’ai ri parce que cela aurait paru étrange que je sois la seule à ne pas le faire, dit Susan. Je n’aime point Rimer. À mon avis, c’est un intrigant et un comploteur.

— Vous avez tous éclaté de rire et il se trouve que j’ai regardé au bout de la table à ce moment précis. En direction d’Olive Thorin. Et un instant — très bref — j’ai imaginé que c’était ma mère. Elle avait la même expression, vous voyez. La même que ce matin-là quand j’ai ouvert la mauvaise porte au mauvais moment et surpris ma mère avec son…

— Arrêtez ! s’écria-t-elle, s’arrachant à son emprise.

À l’intérieur d’elle-même, s’opérait une révolution : toutes les amarres, boucles, et autres agrafes qu’elle avait utilisées pour conforter sa position paraissaient se dissoudre comme par enchantement.

— Arrêtez ! Arrêtez-vous tout de suite ! Je ne peux pas vous écouter me parler d’elle !

Elle cherchait Pylône à tâtons, car le monde extérieur n’était plus qu’un prisme dégoulinant. Elle éclata en sanglots. Elle sentit Roland lui poser ses mains sur les épaules et la retourner vers lui, une fois encore. Elle ne résista pas.

— J’ai tellement honte, dit-elle. Tellement honte, tellement peur et je regrette tellement. J’ai oublié le visage de mon père et… et…

Et je ne serai plus jamais capable de le retrouver, voulait-elle dire. Mais elle n’eut rien besoin d’ajouter. Car il lui ferma la bouche de ses baisers. Au début, elle se laissa simplement embrasser… puis elle lui rendit bientôt ses baisers, avec une sorte d’emportement. Elle étancha l’humidité de ses yeux à lui par de douces applications de ses pouces à elle, puis caressa ses joues de ses paumes comme elle s’était tant languie de le faire. La sensation était exquise, y compris la légère râpe du soupçon de barbe sur sa peau. Elle lui glissa les bras autour du cou, le baisant à pleine bouche, le serrant et l’embrassant à la limite de ses forces, l’embrassant ici, entre leurs chevaux qui, après avoir échangé un regard, se remirent à paître tranquillement dans l’herbe.

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Ce furent les meilleurs baisers que Roland reçut de sa vie entière et il ne les oublia jamais : la flexibilité complaisante des lèvres de Susan, la dureté de ses dents en dessous, l’urgence qui les animait, leur absence complète de timidité ; le parfum de son souffle, les douces formes de son corps pressé contre le sien. Il lui prit le sein gauche en le serrant doucement et sentit son cœur qui s’affolait. De l’autre main, il lui caressa longuement les cheveux, qui étaient comme de la soie à ses tempes. Il n’oublia jamais leur texture.

Soudain, elle fut loin de lui, son visage enflammé de passion, et porta sa main à ses lèvres gonflées tant il les avait baisées. Un mince filet de sang coulait au coin de sa bouche et elle le dévisageait avec de grands yeux. Sa poitrine se soulevait et s’abaissait comme si elle venait de courir. Et entre eux passait un courant qui ne ressemblait à rien de ce qu’il avait éprouvé jusque-là. Il coulait tel celui d’une rivière et le faisait trembler comme la fièvre.

— Assez, dit-elle d’une voix tremblante. Assez, je vous en prie. Si vous m’aimez vraiment, ne permettez point que je me déshonore. J’ai fait une promesse. Tout sera possible plus tard, une fois que j’aurai tenu ma promesse, je suppose… si vous voulez encore de moi…

— Je vous attendrai à jamais et ferai n’importe quoi pour vous, dit-il d’une voix calme, sauf me retirer et vous voir aller avec un autre homme.

— Alors si vous m’aimez, éloignez-vous de moi. Je vous en prie, Will !

— Encore un baiser.

Elle s’avança aussitôt, levant son visage vers le sien avec confiance. Et il comprit alors qu’il pouvait faire d’elle tout ce qu’il voulait. Elle n’était plus, pour le moment du moins, maîtresse d’elle-même ; par conséquent, elle pouvait devenir la sienne. Il pouvait lui faire ce que Marten avait fait à sa propre mère, si ça lui chantait.

Cette idée mit à mal sa flamme, la transformant en une averse de charbons ardents, s’éteignant l’un après l’autre dans la nuit de sa confusion. L’acceptation de son père

Je sais tout depuis deux ans

était de bien des façons le pire de ce qui lui était arrivé cette année. Comment pouvait-il tomber amoureux de cette fille — de n’importe laquelle, d’ailleurs — dans un monde où de tels maux de cœur paraissaient nécessaires et pouvaient même se répéter ?

Pourtant, il l’aimait.

Au lieu du baiser passionné auquel il aspirait, il embrassa à fleur de bouche la commissure de ses lèvres où ruisselait le sang. Ce faisant, il eut un goût de sel dans la bouche comme s’il buvait ses propres larmes. Il ferma les yeux et frissonna quand elle caressa les cheveux follets de sa nuque.

— Je ne ferais de mal à Olive Thorin pour rien au monde, lui murmura-t-elle à l’oreille. Pas plus qu’à toi, Will. Je n’ai point compris et c’est maintenant trop tard pour redresser la situation. Mais je vous remercie… de ne pas avoir pris ce que tu pouvais prendre. Je ne vous oublierai jamais. Ni vous ni vos baisers. C’est la meilleure chose qui me soit jamais arrivée, je crois. Comme si le ciel et la terre ne faisaient plus qu’un, si fait.

— Moi aussi, je me souviendrai de vous.

Il la regarda monter en selle et se rappela l’éclair blanc de ses jambes nues, dans la nuit noire où il l’avait rencontrée. Et soudain, il ne put accepter son départ. Il tendit la main, la posa sur sa botte.

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