Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
Depape l’avait rejoint d’un pas tranquille et aidé à se relever. Ce faisant, il sentit l’haleine du vieux dégager une senteur âcre — rien à voir avec la bière — et aperçut les décolorations révélatrices, d’un vert grisâtre, aux coins de ses lèvres. L’herbe, pas de doute. Le vieux dégueulasse devait y toucher depuis peu (et pour la raison habituelle : l’herbe du diable poussait gratuitement dans les collines, contrairement à la bière et au whiskey qu’on vendait en ville). Mais une fois qu’on y avait goûté, la fin ne se faisait pas attendre.
— Z’ont plus de respect, dit le vieux d’une voix pâteuse. Et pas deux doigts de jugeote, non plus.
— Si fait, convint Depape, qui ne s’était pas encore débarrassé des idiomatismes du bord de mer et de l’Aplomb.
Le vieux saligaud vacillait sur ses jambes, le regard levé vers lui, essuyant sans grande efficacité le sang de son cuir chevelu qui ruisselait sur ses joues ravinées.
— T’as de quoi me payer un coup, fiston ? Souviens-toi du visage de ton père et paye un coup à un vieil homme !
— La charité n’est pas mon fort, l’ancien, répondit Depape, mais ça s’pourrait que tu gagnes le coup que tu veux que je te paye. Viens un peu par ici dans mon bureau et voyons voir ça.
Il ramena le vieux saligaud sur les planches du promenoir, le tirant à gauche des portes battantes du saloon et des rayons de lumière dorée qui filtraient par en dessus et par en dessous. Depape laissa passer un trio de mineurs, chantant à pleins poumons (La femme que j’aime… est grande et mince… elle bouge son corps… comme un boulet de canon…), puis tenant toujours le vieux par le coude, le dirigea dans l’impasse qui séparait Chez Hattigan de l’établissement de pompes funèbres voisin. Pour certains, rêvassa Depape, le séjour à Ritzy pouvait foutrement se solder par un aller simple : un petit coup dans le gosier, une balle entre les deux yeux bien plantée et couché dans une boîte, la porte d’à côté.
— Vot’ bureau, caqueta le vieux saligaud tandis que De-pape le poussait vers le fond de l’impasse, barré par une clôture en planches et un tas d’immondices.
Le vent soufflait, et des odeurs de soufre et de phénol en provenance des mines picotaient le nez de Depape. Sur leur droite, des bruits de bacchanale avinée résonnaient derrière le mur de Chez Hattigan.
— Vot’ bureau, elle est bien bonne celle-là.
— Si fait, mon bureau.
Le vieux l’observa à la clarté de la lune, qui voguait dans la portion de ciel au-dessus de l’impasse.
— Vous êtes de Mejis ? Ou de Tepachi ?
— L’un ou l’autre peut-être, ou aucun des deux peut-être.
— J’vous connais ?
Le vieux dégueulasse le regarda d’encore plus près, se haussant sur la pointe des pieds, comme quêtant un baiser. Pouah.
Depape le repoussa.
— Recule-toi un peu, papa.
Cependant, il se sentit encouragé par la bande. Lui, Jonas et Reynolds étaient déjà passés par ici et si le vieux se rappelait son visage, probablement qu’il ne parlait pas à tort et à travers d’individus qu’il avait vus bien plus récemment.
— Parle-moi des trois jeunes seigneurs, vieux père.
Depape frappa contre le mur de Chez Hattigan.
— Eux, là-dedans, sont peut-être pas intéressés, mais moi, si.
Le vieux saligaud le dévisagea d’un œil trouble, mais calculateur.
— J’pourrais pas m’récolter un p’tit peu d’métal dans c’t’affaire ?
— Ouair, fit Depape. Si tu me dis ce que je veux entendre, j’te donnerai du métal.
— De l’or ?
— Dis toujours, on verra.
— Non, Messire. La couleur d’abord, le blabla ensuite.
Depape, prenant le vieux par le bras, le fit pirouetter et ramena son poignet, frêle comme un fétu de paille, à hauteur de ses omoplates décharnées.
— Déconne avec moi, papa, et je commence par te casser le bras.
— Lâchez-moi ! cria le vieux, le souffle coupé. Lâchez-moi, je vais me fier à votre générosité, mon jeune messire, car elle se lit sur votre visage ! Oui ! Oui ! C’est vrai !
Depape le laissa aller. Le vieux le zieuta prudemment, se frottant l’épaule. Au clair de lune, le sang séchant sur ses joues avait paru noir.
— Trois, qu’ils étaient, dit-il. Des gars bien nés.
— Des gars ou des seigneurs ? Lesquels, papa ?[8]
Le vieux dégueulasse avait réfléchi à la question. Le coup reçu sur la tête, l’air nocturne et s’être fait tordre le bras semblaient l’avoir dégrisé, temporairement du moins.
— Les deux, je crois bien, dit-il enfin. L’un était un seigneur, pour sûr, qu’ils le croient ou pas là-dedans. Car j’ai vu son père et son père portait les mêmes revolvers. Pas les pauvres engins que vous portez — j’vous demande bien pardon, je sais qu’on peut pas avoir mieux, ces temps —, mais de vraies armes, comme on en voyait quand mon père était petit garçon. Des grosses avec la crosse en santal.
Depape avait fixé le vieil homme, sentant une excitation s’emparer de lui… en même temps qu’une sorte de terreur respectueuse, malgré qu’il en ait. Ils se sont comportés comme des pistoleros, avait dit Jonas. Quand Reynolds avait protesté en disant qu’ils étaient trop jeunes, Jonas avait répondu qu’ils pourraient être des apprentis, et présentement, il semblait que le patron ait eu probablement raison.
— Des crosses en santal ? avait-il demandé d’un ton insistant. Des crosses en santal, vieux père ?
— Ouaip.
Le vieux avait perçu son excitation, perçu qu’il le croyait. Il se dilatait à vue d’œil.
— Un pistolero, tu veux dire. Le père d’un de ces jeunes types portait les gros revolvers.
— Ouaip, un pistolero. L’un des derniers seigneurs. Leur race s’éteint, à présent, mais mon père le connaissait assez bien. Steven Deschain, de Gilead. Steven, fils d’Henry.
— Et celui que t’as vu, y a pas longtemps…
— C’est son fils, le petit-fils de Henry le Grand. Les autres avaient l’air bien nés, comme s’ils étaient eux aussi de la race des seigneurs, mais celui que j’ai vu était un descendant d’Arthur l’Aîné, en ligne directe ou autre. Aussi sûr qu’on met un pied devant l’autre pour marcher. Alors je l’ai gagné mon métal ?
Depape faillit lui dire oui, puis se ravisa, se rendant compte qu’il ne savait pas duquel des trois goujats le vieux parlait.
— Trois jeunes hommes, rêva-t-il tout haut. Tous trois de haut lignage. Et ils avaient des armes ?
— Pas au vu et au su de tous les fouisseurs de cette ville, dit le vieux dégueulasse avec un rire mauvais. Mais pour en avoir, ça, ils en avaient. Probablement cachées dans leur paquetage, je t’en fiche ma montre et mon billet.
— Si fait, dit Depape. J’en doute pas. Trois jeunes hommes, dont le fils d’un seigneur. D’un pistolero, d’après toi. Steven de Gilead.
Et ce nom était familier à son oreille, si fait.
— Steven Deschain de Gilead, c’est ça.
— Et sous quel nom s’est-il présenté, ce jeune seigneur ?
Le visage du vieux s’était effroyablement déformé sous l’effort de mémoire qu’il fournit.
— Deerfield ? Deerstine ? Je m’en souviens pas très bien.
— Ça va, je le connais. Et tu as bien gagné ton métal.
— Vrai ? fit le vieux qui s’était rapproché à nouveau, l’herbe rendant son haleine douceâtre à soulever le cœur. De l’or ou de l’argent ? Lequel, mon ami ?
8
Lads or lords, dans l’original, la confusion étant possible suivant la prononciation, effet perdu en français. (N.d.T.)