Magie et Cristal
- Автор: Кинг Стивен Эдвин
- Серия: La Tour Sombre #4
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Éditions J'ai Lu
- ISBN: 978-2290345924
- Переводчик: Marie de Prémonville
- Жанр: Ужасы
Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:
— Susan…
— Non, fit-elle. Je vous en prie.
Il recula. Tant bien que mal.
— Ce sera notre secret, dit-elle. Oui ?
— Si fait.
Elle sourit en entendant cela… mais d’un sourire plein de tristesse.
— Dorénavant, tenez-vous à l’écart de moi, Will. Je vous en prie. Moi, de mon côté, je ferai de même.
Il réfléchit à sa proposition.
— Si toutefois cela se peut.
— Il le faut, Will, il le faut.
Et elle partit au galop. Roland, près du flanc de Flash, la regarda s’éloigner. Et même quand elle eut disparu à l’horizon, il ne cessa de fixer la direction qu’elle avait prise.
Le Shérif Avery et ses Adjoints Dave et George Riggins étaient installés sur le porche, devant le Bureau du Shérif et la prison, quand Messires Stockworth et Heath (ce dernier avec ce stupide crâne de piaf monté sur le pommeau de sa selle) passèrent devant eux au pas de promenade. La cloche de midi avait sonné un quart d’heure plus tôt et le Shérif Avery estima qu’ils se rendaient pour déjeuner soit au Bief du Moulin, soit peut-être au Repos, qui offrait de quoi se sustenter à un prix raisonnable. Popkins et autres amuse-gueules. Avery pour sa part aimait quelque chose de plus consistant : un demi-poulet ou un cuisseau de bœuf le comblaient tout à fait.
Messire Heath les salua avec un grand sourire.
— Bonne journée, Messires ! Longue vie à vous ! Douces brises et heureuses siestes !
Les trois hommes lui rendirent salut et sourire. Une fois hors de vue, Dave dit :
— Y z’ont passé toute la matinée à compter les filets sur la jetée. Les filets ! C’est à ne point croire !
— Mais si, Messire, fit le Shérif, soulevant un tantinet l’une de ses imposantes fesses de son rocking-chair pour lâcher un bruyant pet préprandial. Si fait, j’y crois.
— Z’y avaient point tenu tête aux gars d’Jonas, comme y l’ont fait, ajouta George, j’les aurais pris pour une bande d’imbéciles.
— Probable qu’y z’y trouveraient rien à redire, fit Avery.
Il regarda Dave, qui faisait tournoyer son monocle au bout du cordon, en fixant la direction qu’avait prise les deux garçons. Certaines personnes en ville avaient commencé à appeler les gamins de l’Affiliation les Petits Chasseurs du Cercueil. Avery ne savait trop quoi faire. Il avait calmé le jeu entre eux et les gros bras de Thorin, et reçu pour sa peine des éloges et une pièce d’or de Rimer, mais cependant… que faire à leur sujet ?
— Le jour de leur arrivée, dit-il à Dave, tu les as jugés mous. Qu’est-ce qu’tu dirais à présent ?
— À présent ?
Dave fit effectuer une dernière volte à son monocle, avant de le remettre en place en un tournemain et de fixer le Shérif au travers.
— Maint’nant, j’pense qu’il s’pourrait bien qu’ils soillent un peu plus durs qu’j’l’avais cru, après tout.
Oui, tu l’as dit, songea Avery. Mais dur ne veut point dire mûr pour autant, dieux merci. Si fait, grand merci aux dieux.
— J’ai une faim de taureau, si fait, dit-il en se levant.
Il se baissa, mit ses mains sur ses genoux et lâcha un autre pet bien sonore. Dave et George échangèrent un regard. George s’éventa de la main. Herkimer Avery, Shérif de la Baronnie, se redressa, l’air soulagé et impatient.
— Plus d’place dehors qu’dedans, déclara-t-il. Allez, venez, les gars, allons nous en fourrer plein la lampe, au bas de la rue.
Même le soleil couchant ne pouvait pas faire grand-chose pour améliorer la vue que l’on avait du porche du baraquement du Bar K. La bâtisse — exception faire de la cambuse et de l’écurie — seule à rester debout sur ce qui avait été le périmètre d’habitation — était en forme de L. Le porche longeait le petit côté sur l’intérieur. Ils y avaient trouvé le nombre exact de sièges qui leur était nécessaire : deux rocking-chairs pleins d’échardes et une caisse en bois à laquelle on avait cloué une planche branlante en guise de dossier.
Ce soir-là, Alain s’installa dans l’un des rocking-chairs et Cuthbert sur la caisse, qu’il semblait privilégier. Sur la balustrade, face à la cour en terre battue et aux tas de décombres calcinés de la ferme Garber, la vigie montait la garde.
Alain était crevé jusqu’aux os et, bien que lui et Cuthbert se soient baignés dans le ruisseau longeant la propriété à l’ouest, il sentait encore sur lui l’odeur de varech et de poisson, lui semblait-il. Ils avaient passé la journée à compter les filets. Alain ne rechignait pas à trimer, même quand la tâche était monotone, mais il n’aimait pas travailler inutilement. Ce qui avait été le cas. Hambry se résumait à deux catégories : les pêcheurs et les éleveurs de chevaux. Il n’y avait rien pour eux chez les pêcheurs et, au bout de trois semaines, leur trio ne le savait que trop. Les réponses qu’ils cherchaient se trouvaient sur l’Aplomb, auquel ils avaient à peine jeté un coup d’œil jusqu’ici. Sur ordre de Roland.
Le vent souffla en bourrasques et un instant, ils entendirent le son bas, grondant et couinant de la tramée.
— Je déteste ce son, dit Alain.
Cuthbert, silencieux et méditatif, ce soir-là, contrairement à son habitude, acquiesça d’un « si fait ». Ils disaient tous comme ça maintenant, sans parler des pour sûr, soit, certes point et autres nenni. Alain soupçonnait qu’ils auraient encore tous les trois Hambry sur le bout de la langue longtemps après avoir essuyé la poussière de ses chemins sur leurs bottes.
Derrière eux, en provenance de l’intérieur du baraquement, montait un son bien moins désagréable — le roucoulement des pigeons. Et aussi, de l’angle de la bâtisse, un troisième qu’Alain et Cuthbert avaient guetté inconsciemment tout en assistant au coucher du soleil : les sabots d’un cheval, ceux de Flash.
Roland apparut, tournant sans se presser le coin du baraquement et, juste à ce moment-là, se produisit quelque chose qui frappa Alain comme étrange et de mauvais augure… une sorte de présage. Il y eut un froufroutement d’ailes, puis une forme noire fendit l’air et vint soudain se percher sur l’épaule de Roland.
Ce dernier ne tressaillit pas ; regardant à peine autour de lui, il avança jusqu’à la barre d’attache. Et sans descendre de cheval, tendit la main : « Aïle », dit-il doucement, et le pigeon sauta dans sa paume. Il avait une bague fixée à l’une de ses pattes. Roland la retira, l’ouvrit et en sortit un minuscule bout de papier, roulé serré. Il tenait le pigeon sur son autre main.
— Aïle, dit Alain, tendant la sienne.
Le pigeon voleta sur elle.
Roland descendit de cheval, Alain emmena le pigeon dans le baraquement, où les cages avaient été placées sous l’une des fenêtres ouvertes. Il releva le loquet de la cage du milieu et étendit la main. Le pigeon qui venait de rentrer sauta à l’intérieur, celui qui s’y trouvait sauta à l’extérieur et de là, sur sa paume. Alain referma la porte de la cage, remit le loquet en place, traversa la pièce et souleva l’oreiller de la couchette de Bert. Il y trouva une enveloppe de drap contenant un certain nombre de bandelettes de papier blanc et un mini stylo-encre. Il prit l’une des bandelettes et le stylo à réservoir incorporé. Il regagna le porche. Roland et Cuthbert examinaient la bandelette de papier déroulée que le pigeon venait de leur apporter de Gilead. Figurait dessus une ligne de minuscules formes géométriques :