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Dominium Mundi. Livre II

Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:

« Cette guerre pour laquelle il s’était engagé n’était pas une guerre de religion, ni même une simple guerre de conquête ou de colonisation, mais bel et bien une guerre d’extermination. »
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L’un des autres Atamides âgés se mit en devoir de verbaliser systématiquement le dialogue entre Tancrède et Tan’hem.

« J’ai répondu à beaucoup de vos questions, reprit ce dernier, mais vous n’avez toujours pas répondu à la première que je vous ai posée : pourquoi n’êtes-vous pas venu pour nous tuer, contrairement à vos congénères ? S’agit-il d’un piège pervers ? »

Il n’y avait pas d’agressivité dans sa voix, plutôt de la sécheresse ou de la tristesse.

Tancrède réfléchit à ce qu’il allait dire. C’était un moment critique.

« Nous ne sommes pas tous les mêmes, commença-t-il. La plupart d’entre nous font la guerre sans réfléchir aux conséquences, simplement parce qu’on leur en donne l’ordre. D’autres, au contraire, se révoltent à cette idée et cherchent à s’y opposer comme ils peuvent. Malheureusement, ils sont trop peu nombreux et leur voix ne se fait pas entendre.

— Ta voix est-elle de celles-là ?

— Oui, répondit-il avec force. Ma voix, ainsi que celle de mes amis ici présents. Nous avons déserté, fui les nôtres, parce que nous ne supportions plus cette situation. »

Tancrède réalisa qu’il enjolivait un peu les motivations des inermes qui ne s’étaient pas vraiment évadés pour des motifs philosophiques. Il espéra que Tan’hem avait dit vrai en affirmant qu’il ne pouvait pas réellement lire les pensées.

« Que cherchez-vous en venant à notre rencontre ?

— Nous sommes ici, car nous pensons qu’en unissant nos forces, nous pouvons peut-être mettre fin à cette guerre absurde. Votre supériorité numérique alliée à notre connaissance de l’armée humaine ; là est la clé, là est notre chance. Il est encore possible d’inverser le cours des événements, d’éviter à votre peuple de disparaître et pour nous, de racheter la faute terrible des humains ! »

L’ex-lieutenant s’interrompit. Il avait dit l’essentiel.

En réussissant à nouer le contact avec des Atamides, il estimait avoir accompli le plus difficile. Maintenant, la suite des événements ne dépendait plus de lui.

« Ce que tu dis est noble, cependant, toi et celui qui te ressemble (il montra Liétaud), vous avez pris part aux attaques contre notre peuple. Certains de nos soldats vous ont vus sur les champs de bataille. Il semble même que tu sois un guerrier d’exception. Comment concilies-tu tes exploits au combat et ton désir d’y mettre fin ? »

Tancrède se sentit soudain perdu. Il savait que cette question arriverait, c’était inévitable. Et il se croyait prêt à y répondre avec sincérité. Or, maintenant qu’il devait trouver les mots pour convaincre, voilà qu’une terrible confusion s’emparait de lui. Il voulait dire la vérité, la crier même, mais il avait l’impression que Tan’hem discernerait les contradictions qui le traversaient depuis si longtemps qu’elles avaient imprimé des marques profondes dans son esprit. Tancrède se rendit compte qu’avec un interlocuteur capable de percevoir les remous inavouables des pensées, il devenait difficile de donner une image de soi aussi nette qu’on l’aurait voulu.

Les Atamides s’agitèrent. Si cet homme ne pouvait répondre à une question aussi importante, quelle confiance pouvait-on lui accorder ?

C’est alors qu’une autre voix se fit entendre.

« Tancrède est l’homme le plus courageux que j’ai jamais rencontré », dit Albéric.

En entendant cela, Tancrède expira brusquement. Il avait oublié qu’il n’était pas seul.

Les Atamides tournèrent la tête vers ce petit homme, visiblement stupéfaits qu’un autre ose s’exprimer à la place de celui qu’ils avaient pris pour le chef du groupe.

« Je ne parle pas de courage au combat, continua Albéric en fixant Tan’hem bien en face. Ce courage, n’importe quel inconscient peut le trouver. »

Les guerriers grognèrent, ce n’était pas tout à fait leur opinion.

« Je parle du courage de réfléchir par soi-même, d’avoir ses propres idéaux et de se battre pour eux. Je parle du courage de se dresser contre les siens, quitte à devenir un paria dans son propre monde, parce que l’on refuse d’abdiquer ses convictions et de briser tout ce que l’on a mis des années bâtir. Je parle du courage de surmonter les différences ou les préjugés stupides enracinés même chez les plus intelligents d’entre nous, et de franchir des frontières réputées infranchissables. Je parle du courage de… quitter celle que vous aimez le plus au monde et la vie rêvée qui vous attend à ses côtés parce que cette existence serait fondée sur un reniement. »

Il laissa passer un silence. Tan’hem ne l’avait pas quitté des yeux.

« Ce courage, Tancrède l’a eu. Il est venu vous trouver parce qu’il était persuadé que nos deux peuples pouvaient se comprendre. Aucun de nous ne l’a cru. Cela paraissait impossible. Néanmoins, nous lui avons fait confiance et nous l’avons suivi. Et maintenant, nous sommes là, humains et Atamides assis face à face, se parlant pour la première fois au lieu de se combattre. Il avait donc raison, une fois de plus. Alors, je vous dis, moi, Albéric Villejust, que Tancrède de Tarente est sans aucun doute l’humain en lequel vous pouvez avoir le plus confiance. »

Albéric s’arrêta, le souffle court. Tourné vers lui, Tancrède le regardait, les yeux humides. Gêné, Albéric baissa le regard. Tancrède savait qu’il n’aimait pas montrer ses sentiments en public ; révéler des pensées aussi intimes avait dû lui coûter énormément.

Les sages murmuraient entre eux. Ils ne parlaient pas réellement à voix haute, mais un bruit sourd s’échappait de leur gorge tandis qu’ils échangeaient leurs pensées. Visiblement, la tirade d’Albéric les avait surpris et ils confrontaient leurs points de vue assez vivement, mêlant des gestes et de curieuses expressions faciales au bourdonnement qu’ils produisaient.

De leur côté, les deux femmes discutaient avec le guerrier aux nombreuses cicatrices. Seul Arnut’har se taisait, fixant les humains.

Au bout de quelques minutes, le conciliabule des sages prit fin. Tan’hem s’adressa à nouveau à eux.

« Nous vous avons écouté, humains, et nous avons entendu ce que vous proposez. Vous semblez sincères et votre démarche est louable. Mais comment trouver assez de confiance en votre espèce pour remettre notre destin entre vos mains ? Vous avez apporté le malheur et la destruction dans notre monde. Vous avez tué les nôtres par milliers, détruit nos villes et aujourd’hui, vous désirez vous racheter ? Nous ne pouvons accepter votre proposition. La confiance est impossible. »

Tancrède était anéanti. Lui qui était certain d’arriver à convaincre ses anciens adversaires voyait ses espoirs partir en fumée. Il avait fait tout cela pour rien ! Il avait quitté Clorinde, déserté son armée, rallié les inermes à sa cause, combattu le Foudroyeur… En vain !

« Non, ne faites pas cela ! s’écria-t-il.

— Tancrède, calme-toi, souffla Albéric en voyant les guerriers réagir à cet éclat de voix.

— Ne repoussez pas la main que je vous tends ! Nous devons nous allier ! Il le faut ! »

Arnut’har se redressa, alerté par le changement d’attitude de Tancrède.

« Uk skuj’id, uk, uk ! gronda-t-il en le montrant du doigt.

— Nous ferions mieux de partir, lança Liétaud à son ami. Ne les contrarions pas.

— Non ! continua Tancrède, comme en transe. Vous ne comprenez pas ! Il le faut, il me l’a dit ! Il m’a appelé ! »

Tan’hem tressaillit en entendant ces mots.

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