Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
— Oui, mais on aura franchi le plus dur. Après, il n’y aura plus qu’à attendre.
— Si quelqu’un peut me passer un bout de coton, dit Ganish. Je me suis fichu du sang partout, avec mon nez.
Matt s’en occupa. Dans la faible luminosité, le sang souillait la chemise de Ganish de taches sombres comme de la rouille. Il avait les gestes mécaniques, l’esprit toujours fixé sur le clair de lune.
— Ça y est ! s’écria soudain Abby. Je l’entends… il revient.
Matt retint son souffle pour écouter. Elle avait raison. L’effroyable grondement était de retour. Il courait sur l’océan, sur la côte, se dirigeant droit sur Buchanan. Droit sur l’hôpital. Impossible de ne pas le considérer comme une entité vivante. Énorme, puissant, stupide et méchant. Le Léviathan.
— Il vaut mieux vous asseoir, Matthew, dit Kindle.
Le Serveur – ancré sur la place de ce qui avait été la mairie – fut le seul témoin de la destruction de la ville.
De sa vision puissante, sensible à toutes les ondes électromagnétiques, il scrutait les profondeurs insondables de la tempête. Il vit ce qu’aucun humain mortel n’aurait pu voir.
Il vit la progression du cyclone. Il vit l’océan recouvrir la ville basse ; il vit des tornades se détacher de la marée noire des nuages.
Il vécut le calme, au centre de l’œil, vit ce que Matt n’avait pu qu’imaginer : le clair de lune se reflétant sur des troncs brisés luisant de pluie, sur des carcasses de camions, sur les piliers rompus des ponts, sur les maisons éventrées, sur les torrents déferlant dans les rues. Sur la brume argentée du phytoplancton des Voyageurs.
Et puis le cyclone s’abattit de nouveau sur la ville. Corne noire de vent occultant la lune.
Le Serveur vit l’hôpital général de Buchanan dévoré par le cyclone.
Celui-ci avait déjà arraché le toit du bâtiment et une bonne partie du second étage. Ce nouvel impact fut plus que n’en put supporter la structure affaiblie de l’hôpital.
Des blocs de béton furent projetés dans les airs, traînant derrière eux des barres de métal rouillé, comme de sanglantes artères sauvagement arrachées.
Des êtres humains se battaient pour survivre sous les décombres. Mais même le regard puissant du Serveur ne pouvait voir ce qui se passait sous la terre.
Le bâtiment s’écroula dans un fracas effrayant, si intense que Matt ne put l’assimiler à un bruit. Il ne put que subir, totalement impuissant, ce choc qui l’anéantit momentanément.
Il vit Abby hurler mais ne put l’entendre.
Les autres se tassèrent sur leur matelas, se faisant aussi petits que possible.
Le plafond de la cafétéria s’effondra. Les ruines du mur de l’aile ouest se déversèrent dans la salle. Depuis le couloir, Matt put clairement assister à ce spectacle effarant grâce aux portes de la cafétéria ouvertes par le vent.
S’ils étaient restés là-bas, songea-t-il. S’ils s’étaient réfugiés dans la cafétéria…
Un trou s’ouvrit sous le ciel torturé. Le vent s’engouffra dans le couloir avec une violence inouïe. Tim Belanger en fut la première victime. Il avait installé son matelas près de l’entrée de la cafétéria. Grave erreur. Le vent, humide et lourd d’une épaisse poussière, l’envoya contre le mur où il se cogna la tête.
Les lampes furent arrachées de leur support, projetées au sol, brisées contre les murs. Tom Kindle parvint à en sauver une, mais le reste alla s’écraser contre la porte de l’escalier. Kindle agita sa lampe, cria quelque chose d’inaudible.
Matt lutta contre le vent pour rejoindre Tim Belanger. Il gisait la face contre le mur, inconscient. Matt inspira une bouffée de poussière de ciment et entreprit de le traîner loin de la cafétéria, vers la faible lueur de la lampe qu’agitait toujours Kindle.
Le plus dur était de respirer. Matt étouffait ; s’il pouvait seulement aspirer un peu d’oxygène dans la boue humide qui avait remplacé l’air ambiant. Chaque inspiration remplissait sa bouche de ciment et plantait une épée dans ses poumons. Il toussait, crachait, suffoquait. Le poids mort de Tim Belanger devint un fardeau insupportable, et Matt eut à plus d’une reprise envie de l’abandonner. Peut-être serait-ce plus sage. Sauver sa peau. Si ça se trouve, Belanger était déjà mort. Mais ses mains refusaient de lâcher le bras du blessé. Traîtres mains.
Il bouscula Abby, qui lui fit signe d’aller sur la gauche : une porte. Matt tira Belanger et franchit le seuil avec lui. Kindle, plaqué contre le mur, tenait sa torche dirigée vers le couloir.
— On est au complet, dit-il en avisant Belanger. Matthew, aidez-moi à fermer cette porte.
À eux deux, ils parvinrent à la repousser. Kindle toussa et cracha un jet de salive noirâtre sur le sol.
— Attrapez ce bout de planche, là ; on va la clouer. Après on verra où en sont les autres.
Kindle saisit le marteau enfilé sous sa ceinture, sortit des clous de sa poche et commença à fixer le morceau de contreplaqué que Matt maintenait de tout son poids.
À priori, ils se trouvaient dans une sorte de salle de chauffage – sol de ciment, tuyauterie, énorme chaudière. L’air était chargé de particules en suspension, mais relativement calme. Au bout d’un temps, ces scories finiraient par se déposer. Mais en attendant…
— Ceux qui ont des difficultés à respirer, essayez de vous couvrir le nez avec une serviette, ou quelque chose.
— On n’est pas dans la lingerie, objecta faiblement Jacopetti.
— Prenez un mouchoir, ou votre chemise, si vous avez la sensation d’étouffer.
Une fois la porte barricadée, Matt s’occupa des blessés. Armé de la lampe de Kindle, il appela Beth et s’approcha de Belanger. L’ex-employé de mairie commençait à reprendre conscience. Ses cheveux étaient poisseux de sang, mais la blessure ne semblait pas trop grave. Pour autant du moins que Matt pût s’en rendre compte avec les moyens précaires à sa disposition.
Miriam Flett avait du mal à recouvrer son souffle, mais ni plus ni moins que les autres. Matt l’encouragea à cracher si elle en éprouvait le besoin.
— On oubliera la bienséance, pour ce soir, Miriam.
— Je m’en suis rendu compte, articula-t-elle péniblement.
Elle tenait sous son bras un sac de plastique déchiré – les albums.
Jacopetti souffrait d’une récidive de son angine de poitrine, mais sans gravité.
— C’est normal, toubib, non ? Quand un bâtiment vous tombe sur la gueule…
— Je trouve qu’on s’en sort tous plutôt bien.
— On n’a pas de couvertures, remarqua Abby, désolée.
Elle toussa, s’étouffa, toussa encore.
— On n’a rien du tout.
— Il y a de l’eau dans le chauffe-eau, dit Kindle. J’avais déjà visité cet endroit avant le cyclone. Les gars chargés de l’entretien y venaient pendant leur pause pour fumer et jouer aux cartes. On a encore la table et une machine pleine de Crunch et de Mars.
— Vous avez de la monnaie pour vous servir ? demanda Abby.
— Non, mais j’ai un marteau.
Le vent continuait à hurler. Mais Matt avait la sensation que le cyclone perdait de sa vigueur. Ils avaient franchi le plus dur, et l’ouragan poursuivait désormais son chemin destructeur vers l’intérieur des terres. L’aube serait là d’ici à quelques heures.
Au-dessus d’eux, le vent harcelait toujours les ruines du bâtiment, mais lui aussi se fatiguait.
Tom Kindle rejoignit Matt et s’assit près de lui, les bras enroulés autour des genoux. Son visage, couvert d’un masque pâteux, trahissait la fatigue qu’il avait obstinément ignorée jusqu’alors. Ses cheveux, emmêlés, étaient gris et collés par la poussière.