Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]
- Автор: Уилсон Роберт Чарльз
- Год: 2006
- Язык: французский
- Год: Gallimard
- ISBN: 2-07-030639-9
- Переводчик: Geneviève Blattmann
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Le vaisseau des Voyageurs [The Harvest - fr]». Краткое содержание книги:
Jusqu’à cette étrange nuit. La nuit du rêve. On apprend alors pourquoi ils sont venus. Ils proposent aux hommes ce que seuls les dieux possèdent : l’éternité.
L’éternité… mais à quel prix ? Il n’y en a qu’un sur dix mille pour s’interroger. Et refuser. Matt Wheeler, par exemple. Qui voit ses collègues, ses amis, et jusqu’à sa propre fille, se transformer en êtres qui ne sont plus tout à fait humains.
Résister ? Mais comment ? Comment sauver l’humanité ?
— Si l’hôpital est démoli, dit-il, il ne doit plus rester grand-chose de Buchanan.
— Sans doute, acquiesça Matt.
— Connaissant l’opinion des autres, on fera sûrement route vers l’est, une fois que le temps sera redevenu normal.
— Probablement.
— Dommage, tout de même, que cette ville soit rayée de la carte.
Rayée de la carte ? Matt ne voulait pas y penser. Mais ce devait pourtant être le cas. Quelle bâtisse aurait été assez forte pour résister à cet ouragan démoniaque ? La rue commerçante ? Pas de danger. La mairie ? Aucune chance. La marina ? Engloutie sous les eaux.
Le Dos Aguilas ? Anéanti. Le parc de la Vieille Carrière ? Un terrain vague boueux et jonché d’arbres déracinés.
Et sa maison ? La maison où il avait élevé sa fille, où Celeste était morte ? Pulvérisée.
Mais…
— Ce n’est pas la ville, dit-il.
L’idée était née brusquement dans son esprit, jaillie de son épuisement et de sa tristesse.
— Les gens qui sont ici, ce sont eux, la ville. Nous sommes la ville.
— Alors peut-être que la ville a survécu, en fin de compte, dit Kindle.
Peut-être, se dit Matt. Peut-être que la ville survivrait à cette nuit d’enfer pour voir le jour se lever.
QUATRIÈME PARTIE
La moisson
25
Voyageur
Le garçon venait de loin.
Il avait le corps d’un gamin de douze ans, fluet mais aguerri toutefois par son long séjour sur la route, des yeux bleus, des cheveux bruns. Il portait un jean, un T-shirt blanc, tout simple et très large, et une paire de baskets neuves.
Il aimait ces baskets. Bien lacées, elles lui maintenaient fermement les chevilles.
Il roulait sur un superbe V.T.T. Nakamura trouvé dans une vitrine de magasin de sport à Wichita. Le vélo était devenu tout poussiéreux sur la route 15 qui traversait la frontière entre l’Utah et l’Idaho. La nuit précédente, dans une station Exxon, le garçon l’avait nettoyé avec un chiffon humide. Il avait huilé le dérailleur et le câble des freins, resserré la chaîne et réajusté la selle. Ce matin, le petit Nak roulait comme un charme.
L’air était frais ; le ciel d’un bleu dur, cristallin. De la couleur des billes de verre qu’il avait à une époque collectionnées.
Il traversa des plaines d’armoise qui longeaient des rivières sinueuses, et il pédalait en fredonnant, aussi insouciant qu’un oiseau. Il aimait la façon dont le vent malmenait ses cheveux et gonflait son T-shirt.
En quatre-vingts jours, il avait vu une bonne partie du pays. Il avait franchi le Mississippi à Cairo, traversé l’Arkansas jusqu’au Texas, et s’était abrité trois semaines dans la ville déserte de Dallas en attendant que les tempêtes s’apaisent. Il était passé au large de la frontière mexicaine pour remonter vers le nord le long du Rio Grande, puis de nouveau vers l’ouest, au-delà de la grande ligne de partage continentale.
Il avait pédalé dans les immenses déserts du Sud-Ouest, dans des paysages incroyablement vastes et fabuleusement lunaires. Il avait essuyé un orage en Arizona ; un orage qui avait gonflé les arroyos, transpercé les collines arides de sa foudre et qui l’avait trempé, lui, avant qu’il n’ait eu le temps de se trouver un abri. Mais il n’était jamais malade, jamais fatigué.
À présent, il attendait avec impatience d’atteindre les Salmon River, une des montagnes les plus infranchissables des États-Unis, un espace hérissé de mélèzes et de sapins, de cèdres et d’épicéas.
À midi, il s’arrêta dans un village pour déjeuner. Il brisa la vitre d’un distributeur de boissons dans une station-service et sortit deux bouteilles de jus de raisin. Il en but une sur-le-champ et garda l’autre pour plus tard. Les villes étaient toujours alimentées en électricité. Jus de fruits et sodas étaient frais, voire glacés. Dans le supermarché voisin, il trouva des plateaux-repas bien préservés dans un congélateur. Curieux. Les congélateurs, en général, ne fonctionnaient pas tout seuls. Il leur fallait un minimum d’entretien. La date de consommation des plateaux-repas était dépassée, mais pas depuis longtemps. Le garçon en ouvrit un et le glissa dans le four à micro-ondes du magasin. Il but son second jus de raisin ; ses lèvres en devinrent toutes violacées.
Il transportait quelques affaires avec lui sur le porte-bagages du vélo. Après le déjeuner, il ouvrit le sac et en sortit un couvre-chef – une casquette kaki trouvée dans une boutique de pêche. Elle était un peu grande, mais présentait au moins l’avantage de le protéger du soleil.
Enfourchant son V.T.T., il pédala sur la ligne blanche, méridien de la route déserte. Il passa devant des fermes perdues au milieu de plantations de pommes de terre à l’abandon, devant d’autres prairies d’armoise.
Aux abords du crépuscule, alors qu’il songeait à s’arrêter pour la nuit, le garçon aperçut, au détour d’un virage, plusieurs camping-cars et caravanes garés en file indienne. Autour, il distingua des mouvements. Des gens.
Le garçon se rendit compte qu’il savait qui étaient ces gens et connaissait leur destination.
Leur présence le troubla. Elle exigeait qu’il prît une décision.
Les chemins bifurquaient à cet endroit. D’un côté, les Salmon River, un dernier plaisir avant de rejoindre le Vaisseau-Home. De l’autre, un avenir plus incertain.
La présence de ces gens sur sa route n’était sûrement pas le seul fait du hasard.
Immobile, bien campé sur ses jambes, le garçon réfléchissait.
Enfin il soupira et poussa son vélo jusqu’à la première caravane.
C’était une Travelaire poussiéreuse. Une vieille femme était assise sur les marches, un livre sur les genoux. Elle portait une robe de cotonnade défraîchie et une veste matelassée. Ses cheveux étaient gris, rares. Elle lisait à la lumière du soleil couchant, les yeux plissés sur les pages fines d’une bible.
Elle releva la tête ; les roues du V.T.T. crissaient sur le gravier. Le garçon s’arrêta à un mètre.
Ils se regardèrent longuement.
— Bonjour, dit-elle enfin.
Prudemment, il répondit.
— Bonjour.
Elle posa sa bible à côté d’elle.
— Je ne t’ai encore jamais vu.
— Je viens de par là. De l’est.
— Tu voyages seul ?
Il acquiesça.
— Tu n’as pas tes parents ?
— Ils sont morts.
— Oh. C’est triste.
— C’était il y a longtemps.
— Et tu as une direction précise ?
— Non.
— Tu as faim ?
Il y avait des heures qu’il n’avait rien mangé. Il hocha la tête. Oui.
— Si tu veux, tu peux partager mon repas, dit-elle. Des œufs frais et du steak haché. J’ai une petite cuisinière pour cuire le tout. Ça te tente ?
— Je veux bien, dit le garçon.
Il la suivit à l’intérieur de la Travelaire. Elle posa une poêle sur un des feux de la cuisinière à gaz. La caravane se réchauffa sensiblement. La journée avait été ensoleillée, mais le froid régnait encore sur les nuits. Le garçon rêvait de passer une nuit au chaud.
Tandis qu’elle cuisinait, il étudia le décor. Un aménagement très sobre. Quelques livres, dont la bible aux pages cornées. Quelques vêtements. Une pile d’albums apparemment pleins de coupures de journaux, qui avaient dû, un jour, prendre la pluie. Les couvertures étaient bombées, les pages gondolées. Il s’assit à une petite table pliante.
Les œufs grésillaient dans l’huile. La femme fredonnait une mélodie que le garçon reconnut. Une vieille chanson. Unforgettable. Un grand succès de Nat King Cole.