Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Madame, dit alors le pretre avec une douceur un peu genee, voyez dans ma demarche l'ardent desir de reconcilier deux familles....
Il parla du pardon de Dieu, appuya sur la joie qu'il eprouverait a rassurer les coeurs honnetes, en faisant cesser une situation intolerable. Il appelait Berthe malheureuse enfant, ce qui la mit de nouveau en larmes; et tout cela avec une telle paternite, en termes si choisis, qu'Hortense n'eut pas besoin de sortir. Cependant, il dut en arriver aux cinquante mille francs: les epoux semblaient ne plus avoir qu'a s'embrasser, lorsqu'il posa la condition formelle de la dot.
-Monsieur l'abbe, permettez-moi de vous interrompre, dit madame Josserand. Nous sommes tres touches de vos efforts. Mais jamais, entendez-vous! jamais, nous ne trafiquerons avec l'honneur de notre fille.... Des gens qui se sont deja reconcilies sur le dos de cette enfant! Oh! je sais tout, ils etaient a couteaux tires, et maintenant ils ne se quittent plus, ils nous mangent du matin au soir.... Non, monsieur l'abbe, un marche serait une honte....
-Il me semble pourtant, madame..., hasarda le pretre.
Elle lui couvrit la voix, elle continua superbement:
-Tenez! mon frere est la. Vous pouvez l'interroger.... il me repetait encore tout a l'heure: "Eleonore, je t'apporte les cinquante mille francs, arrange ce facheux malentendu." Eh bien! monsieur l'abbe, demandez-lui quelle a ete ma reponse.... Leve-toi, Narcisse. Dis la verite.
L'oncle s'etait deja rendormi sur un fauteuil, au fond de la chambre. Il se remua, il lacha des mots sans suite. Puis, comme sa soeur insistait, il mit la main sur son coeur, en begayant:
-Quand le devoir parle, on doit marcher.... La famille avant tout.
-Vous l'entendez! cria madame Josserand, d'un air de triomphe. Pas d'argent, c'est ignoble!... Repetez bien a ces gens que nous ne mourons pas, nous autres, pour eviter de payer. La dot est ici, nous l'aurions donnee; mais, du moment qu'on l'exige comme le rachat de notre fille, c'est trop sale.... Qu'Auguste reprenne Berthe d'abord, nous verrons plus tard.
Elle avait eleve la voix, et le docteur qui examinait le malade, dut la faire taire.
-Plus bas, madame! dit-il. Votre mari souffre.
Alors, l'abbe Mauduit, dont la gene augmentait, s'approcha du lit, trouva de bonnes paroles. Et il se retira, sans revenir sur l'affaire, cachant la confusion d'avoir echoue, sous son aimable sourire, avec un pli de degout et de douleur aux levres. Comme le docteur s'en allait a son tour, il apprit rudement a madame Josserand que le malade etait perdu: les plus grandes precautions devenaient necessaires, car la moindre emotion pouvait l'emporter. Elle resta saisie, elle passa dans la salle a manger, ou ses deux filles et l'oncle rentraient, pour laisser reposer M. Josserand, qui semblait vouloir dormir.
-Berthe, murmura-t-elle, tu viens d'achever ton pere. C'est le docteur qui l'a dit.
Et toutes trois s'affligerent autour de la table, pendant que Bachelard, gagne lui aussi par les larmes, se confectionnait un grog.
Lorsqu'on eut fait connaitre a Auguste la reponse des Josserand, il fut repris de fureur contre sa femme, jurant qu'il la repousserait a coups de botte, le jour ou elle viendrait demander grace. Au fond, elle lui manquait, il souffrait d'un vide, il etait comme depayse, dans les nouveaux ennuis de son abandon, aussi graves que les ennuis du menage. Rachel, qu'il avait gardee pour blesser Berthe, le volait et le querellait maintenant, avec la tranquille impudence d'une epouse; et il finissait par regretter les petits benefices de la vie a deux, les soirees passees a s'ennuyer ensemble, puis les reconciliations couteuses dans la chaleur des draps. Mais il avait surtout assez de Theophile et de Valerie, installes en bas, occupant le magasin de leur importance. Meme il les soupconnait de s'approprier parfois la monnaie, sans aucune delicatesse. Valerie n'etait pas comme Berthe, elle aimait troner sur la banquette de la caisse; seulement, il crut s'apercevoir qu'elle attirait des hommes, a la face de son imbecile de mari, dont le rhume persistant voilait les yeux de continuelles larmes. Autant Berthe alors. Au moins, elle n'avait jamais fait passer la rue a travers les comptoirs. Enfin, une derniere inquietude le travaillait: le Bonheur des Dames prosperait, devenait une menace pour sa maison, dont le chiffre d'affaires diminuait de jour en jour. Certes, il ne regrettait pas ce miserable Octave, et cependant il etait juste, il lui reconnaissait des facultes hors ligne. Comme tout aurait marche, si l'on s'etait mieux entendu! Des regrets attendris le prenaient, il y avait des heures ou, malade de solitude, sentant la vie crouler sous lui, il serait monte chez les Josserand leur redemander Berthe, pour rien.
D'ailleurs, Duveyrier ne se decourageait pas, le poussait toujours a une reconciliation, de plus en plus navre de la defaveur morale qu'une telle histoire jetait sur son immeuble. Il affectait meme de croire aux paroles de madame Josserand, rapportees par le pretre: si Auguste reprenait sa femme sans condition, on lui compterait certainement la dot, le lendemain. Puis, comme celui-ci redevenait enrage, devant une affirmation pareille, le conseiller faisait surtout appel a son coeur. Il l'emmenait le long des quais, lorsqu'il se rendait au Palais de Justice; il lui enseignait le pardon des injures d'une voix trempee de larmes, le nourrissait d'une philosophie desolee et lache, ou la seule felicite possible etait d'endurer la femme, puisqu'on ne pouvait pas s'en passer.
Duveyrier baissait, inquietait la rue de Choiseul par la tristesse de sa demarche et la paleur de son visage, ou les taches rouges s'elargissaient, irritees. Un malheur inavouable semblait s'abattre sur lui. C'etait Clarisse qui engraissait toujours, qui debordait et le torturait. A mesure qu'elle eclatait d'un embonpoint bourgeois, il la trouvait plus insupportable de belle education, de rigorisme distingue. Maintenant, elle lui defendait de la tutoyer en presence de sa famille; et, devant lui, elle se pendait au cou de son maitre de piano, se lachait dans des familiarites, dont il sanglotait. Deux fois, il l'avait surprise avec Theodore, s'etait emporte, puis avait demande son pardon a genoux, acceptant tous les partages. D'ailleurs, continuellement, pour le tenir humble et soumis, elle parlait avec repugnance de ses boutons; meme l'idee lui etait venue de le passer a une de ses cuisinieres, grosse fille accoutumee aux basses besognes; mais la cuisiniere n'avait pas voulu de monsieur. Chaque jour, la vie devenait ainsi plus cruelle pour Duveyrier, chez cette maitresse ou il retrouvait son menage, tombe dans un enfer. La tribu des camelots, la mere, le grand voyou de frere, les deux petites soeurs, jusqu'a la tante infirme, le volaient avec impudence, vivaient de lui ouvertement, au point de vider ses poches la nuit, quand il couchait. Sa situation s'aggravait d'autre part: il etait a bout d'argent, il tremblait d'etre compromis sur son siege de magistrat; certes, on ne pouvait le destituer; seulement, les jeunes avocats le regardaient d'un air polisson, ce qui le genait pour rendre la justice. Et, lorsque, chasse par la salete et le vacarme, pris du degout de lui-meme, il s'echappait de la rue d'Assas et se refugiait rue de Choiseul, la froideur haineuse de sa femme achevait de l'accabler. Alors, il perdait la tete, il regardait la Seine en se rendant a l'audience, avec l'idee de s'y jeter, le soir ou une derniere souffrance lui en donnerait le courage.
Clotilde avait bien remarque les attendrissements de son mari, inquiete, courroucee contre cette maitresse qui n'arrivait meme pas a faire le bonheur d'un homme, dans son inconduite. Mais elle etait, de son cote, tres ennuyee d'une aventure deplorable, dont les consequences revolutionnaient la maison. Clemence, en remontant un matin chercher un mouchoir, venait de surprendre Hippolyte avec cet avorton de Louise, sur son propre lit; et, depuis lors, elle le giflait dans la cuisine au moindre mot, ce qui detraquait le service. Le pis etait que madame ne pouvait fermer les yeux davantage sur la situation illegale de sa femme de chambre et de son maitre d'hoteclass="underline" les autres bonnes riaient, le scandale se repandait chez les fournisseurs, il fallait absolument les marier ensemble, si elle desirait les garder; et, comme elle continuait a etre tres contente de Clemence, elle ne songeait plus qu'a ce mariage. La negociation lui semblait si delicate, avec des amoureux qui se rouaient de coups, qu'elle resolut d'en charger encore l'abbe Mauduit, dont le role moralisateur paraissait tout indique dans la circonstance. Du reste, ses domestiques lui donnaient beaucoup de mal, depuis quelque temps. A la campagne, elle s'etait apercu de la liaison de son grand galopin de Gustave avec Julie; un instant, elle avait voulu renvoyer cette derniere, a regret, car elle aimait sa cuisine; puis, apres de sages reflexions, elle l'avait gardee, preferant que le galopin eut une maitresse chez elle, une fille propre qui ne serait jamais un embarras. Au dehors, on ne sait pas ce qu'un jeune homme peut empoigner, quand il commence trop jeune. Elle les surveillait donc, sans rien dire; et il fallait, maintenant, que les deux autres vinssent l'occuper de leur histoire!