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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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Le gamin de Paris cherche volontiers des termes de comparaison au théâtre. Le théâtre est sa passion et aussi son éducation. Si vous le trouvez lamentablement éduqué, prenez-vous en au théâtre!

Pistolet, au temps où il était simple chasseur de chats, dans le quartier de la préfecture, voyait Paul Labre au travers de ses meilleurs souvenirs dramatiques.

Paul était pour lui le Gauthier d’Aulnay de La Tour de Nesle, le Ravenswood de La Fiancée de Lammermoor, le Millier d’Angèle, le Gennaro de Lucrèce Borgia. Pistolet ne l’apercevait jamais sans se dire: Je donnerais dix sous pour lui mettre un costume à M. Mélingue.

Ce sont de singulières créatures.

Pistolet aimait M. Badoît, mais il adorait Paul comme «l’inconnu» d’un mélodrame à grand spectacle.

Les dernières paroles du fils de saint Louis lui donnèrent froid jusqu’au cœur.

Il n’ignorait pas qu’il avait là devant lui des bandits déterminés.

Il crut à un meurtre.

Certes, il ne songeait plus guère à ce pauvre Vincent Goret, l’héritier de tant de millions qui n’avait pas déjeuné et qui l’attendait à la lisière du parc. Sa pensée allait droit à Paul Labre, et il se demandait si cette métaphore lugubre: «Sa note vient d’être acquittée», n’annonçait pas qu’il n’était déjà plus temps de prévenir un assassinat.

À cet égard, ses doutes ne furent pas de longue durée: le beau Nicolas était ici pour s’expliquer, et il s’expliqua. Pistolet put voir tout de suite que la concorde ne régnait pas dans cette respectable assemblée.

Le fils de saint Louis avait à défendre ses faits et gestes contre une très vive opposition, à la tête de laquelle était M. Lecoq.

Nous ne répéterons pas ce que le lecteur sait déjà, nous dirons seulement qu’on parlait ici la bouche ouverte, et que Pistolet, curieux comme un singe, n’aurait pas donné pour la plus intéressante de toutes les parties de galoche l’heure qu’il passa aux écoutes.

Il était admis inopinément à visiter les ficelles d’un théâtre bien autrement important que Bobino; il avait envahi les coulisses mêmes de cette scène fantastiquement machinée et dont les trucs inconnus avaient tant de fois occupé son imagination.

Il voyait les Habits Noirs à la répétition et derrière la toile.

Selon l’expression de son triomphe mental, les Habits Noirs «se déboutonnaient» devant lui!

Le fils de saint Louis, répondant aux objections de son ennemi Lecoq, déduisait avec une netteté complète son double plan d’attaque et de défense: attaque contre les millions de la Goret, défense contre la vengeance Paul Labre.

Et Pistolet comprenait tout, devinant les sous-entendus, rétablissant les lacunes, et se disant du meilleur de son cœur:

– Je m’amuse, pour le coup! Jamais je ne me suis tant amusé de ma vie.

Ce qu’il était venu chercher lui sautait aux yeux tout d’abord: il avait devant lui l’assassin de Jean Labre. Mais la bonne chère rend difficile et Pistolet n’en était déjà plus à se contenter de cela. On lui en servait, Dieu merci, à tire-larigot et il ne refusait rien. Tout se classait dans son excellente mémoire, il était seulement désolé de n’avoir pas de témoin.

– Il faut voir tout ça pour le croire! pensait-il.

Le réseau de fils grossiers qui servait à tisser la nasse où les Habits Noirs avaient pris ce gros poisson d’or, la Goret, lui inspirait une admiration d’amateur.

Il était homme à comprendre qu’il faut mesurer le piège à l’instinct de la proie.

La Goret eût brisé d’un seul coup de son lourd talon une trame plus délicatement tendue.

Et c’était en vérité comique et à la fois frappant d’entendre ce coquin de Nicolas étaler sur table sa diplomatie de bas lieu pour conclure froidement ainsi:

– Mariage immédiat, mort subite, loi payée généreusement, par un parricide, ce qui ne s’était jamais fait jusqu’ici!

Quant à l’autre mécanique, celle qui devait acquitter la note de Paul Labre, elle était plus simple encore et s’appelait guillotine.

Mais Pistolet n’était pas au bout de ses étonnements et de ses plaisirs. Le spectacle devait varier ses scènes et arriver à des effets encore plus divertissants.

On allait avoir la partie comique.

Au moment où le beau Nicolas terminait son exposé et triomphait sur toute la ligne, une manière de valet lourdaud, descendant l’allée qui conduisait au château, demanda de loin:

– On peut-il approcher pour parler avec vous, monseigneur?

– Laissez entrer tous mes nobles et loyaux amis, Jérôme, répondit le prince en changeant de ton.

Il fit en même temps un signe aux membres du conseil, qui amendèrent leur tenue et prirent des poses solennelles. M. Lecoq dit à son voisin:

– Trop de froissement dans les rouages de cette mécanique. C’est compliqué; ça cassera.

Il se faisait un grand bruit de pas dans l’allée aboutissant au salon de verdure.

– Ramenez Fanchette, ordonna doucement le colonel. La pauvre biche n’a pas beaucoup de distractions dans ce pays-ci… L’Amitié, ajouta-t-il, tu n’es pas impartial. C’est joliment mené; Nicolas a du talent.

M. Lecoq mit ses deux mains dans les entournures de son gilet et élargit sa poitrine en répondant:

– La chose traîne; une attaque d’apoplexie vous ruinerait tout net: moi, j’aurais déjà des millions, et la bonne femme serait en terre. Voilà, papa!

Il se leva, coupa le bout d’un cigare et s’éloigna dans la direction des massifs, en disant:

– Je vais revenir.

Jérôme annonça avec un fort accent normand:

– V’là M. le chevalier Le Camus de La Prunelaye, monseigneur, avec sa dame!

Le pêcheur de truites à la mouche, futur préfet de l’Orne, fit son entrée en tendant le jarret et en traînant à son bras une grosse chevalière essoufflée. Il était grand, maigre, et avait une figure d’oiseau.

– Mon gars, déclara-t-il à Jérôme en passant, tu diras bientôt: «Votre Majesté», au lieu de «monseigneur». Nous avons des nouvelles de premier ordre!

Il dessina un salut de cour, à l’adresse du prince, tandis que sa chevalière exécutait une révérence qui était comme les nouvelles: de premier ordre.

Le beau Nicolas daigna tendre la main que le chevalier baisa en ajoutant:

– Prince, selon mes informations particulières, puisées aux sources les plus sérieuses, Paris ne bat que d’une aile.

– Je n’ai pas vu plus joli que ça dans mes voyages autour du monde! pensa Pistolet. Je voudrais que Mèche y soit pour voir ce drôle de citoyen et sa chacune. Mais où diable est allé M. Lecoq?

– V’là M. Lefébure, sa sœur et son contremaître, monseigneur! cria Jérôme.

L’ancien élève de l’École, homme d’opinions avancées, court, replet, sanguin et planté de barbe jusqu’aux yeux, avait son franc-parler; il représentait la France libérale, et n’acceptait le passé que sous certaines réserves.

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