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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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473. Et nous autres, nous craignons bêtement une espèce de mort, alors que nous en avons déjà subi et en subissons tant d'autres ! Car non seulement, comme le disait Héraclite, la mort du feu est la naissance de l'air, et la mort de l'air la génération de l'eau, mais plus manifestement encore, nous pouvons voir cela en nous-mêmes : la fleur de l'âge passe quand la vieillesse survient, et la jeunesse se termine dans la fleur de l'âge de l'homme fait ; l'enfance s'achève avec la jeunesse, le premier âge avec l'enfance, le jour d'hier meurt en celui d'aujourd'hui et celui-ci mourra en celui du lendemain. Il n'est rien qui demeure, ou qui soit toujours un. Car s'il en était ainsi, si nous demeurions toujours un et le même, comment pourrions-nous jouir maintenant d'une chose et ensuite d'une autre ?

474. Comment pouvons-nous aimer des choses opposées, les haïr, les louer ou les blâmer ? Comment se fait-il que nous ayons des affections différentes, avec des sentiments différents pour la même pensée ? Il n'est pas vraisemblable que nous puissions éprouver des sentiments différents sans qu'il y ait eu changement ; ce qui change ne demeure pas le même ; et ce qui n'est plus le même, n'existe plus. Et quand l'Être change dans son ensemble, il change aussi dans son existence490, devenant sans cesse l'autre d'un autre. Et par conséquent, les sens naturels se trompent et nous trompent en prenant ce qui nous apparaît pour ce qui est, faute de vraiment savoir ce qui est.

475.Mais qu'est-ce qui existe véritablement ? Ce qui est éternel, c'est-à-dire qui n'a jamais eu de naissance et n'aura jamais de fin, ce à quoi le temps n'apporte jamais de changement. Car c'est une chose mouvante que le Temps : il apparaît comme l'ombre de la matière qui coule et s'écoule toujours, sans jamais demeurer stable ni permanente, et c'est à lui que se réfèrent ces mots : avant et après, a été ou sera, qui montrent immédiatement et à l'évidence que ce n'est pas là une chose qui est. Car ce serait une grande sottise et une erreur bien visible de dire qu'une chose est quand elle n'est pas encore en état d'exister, ou quand elle a déjà cessé d'exister. Et quant aux mots : présent, instant, maintenant, il semble que ce soit grâce à eux que nous fondons et soutenons notre intelligence du temps, car quand la raison découvre le temps, elle le détruit aussitôt : elle le fait éclater et le partage en futur et passé, comme si elle ne voulait le voir que divisé en deux. Il en est de même pour la nature, qui est mesurée, que pour le temps qui la mesure : il n'y a rien non plus en elle qui demeure, ou qui subsiste, mais toutes les choses y sont nées, ou naissantes, ou mourantes. Ce serait donc un péché de dire de Dieu, qui est le seul qui est, qu'il fut, ou qu'il sera, car ces termes sont ceux du changement, du passage, des vicissitudes de ce qui ne peut durer ni demeurer en son Être. Il faut donc en conclure que Dieu seul est, non pas en fonction de la mesure du temps, mais dans une éternité immuable et immobile, non mesurée par le temps, ni sujette à quelque déclin ; devant lui rien n'est, ni ne sera après, rien de plus nouveau ou de plus récent ; il est seulement un Étant, qui remplit le toujourspar un seul maintenant et il n'y a rien qui soit, véritablement, que lui seul, sans que l'on puisse dire : Il a été, ou Il sera, car il est sans commencement et sans fin. À cette conclusion si religieuse venant d'un païen491, j'ajouterai seulement ce mot, d'un témoin du même genre492, pour en finir avec ce long et ennuyeux discours, qui me fournirait une matière sans fin. « Ô la vile créature, dit-il, et méprisable, que l'homme, s'il ne s'élève au-dessus de sa condition ! » Voilà une bonne formule, et un désir utile, mais également absurde. Car faire la poignée plus grande que le poing, la brassée plus grande que le bras, et espérer faire des enjambées plus grandes que la portée de nos jambes, voilà qui est impossible et contre nature, de même qu'il est impossible pour l'homme de s'élever au-dessus de son humanité, car il ne peut voir que par ses yeux, et ne peut saisir que par ses doigts493. Il s'élèvera si Dieu lui prête exceptionnellement la main. Il s'élèvera en abandonnant ses propres moyens et en y renonçant, et en se laissant emporter et soulever par les moyens purement célestes. C'est à notre foi chrétienne, et non à la vertu stoïcienne de Sénèque, de prétendre à cette divine et miraculeuse métamorphose.

Chapitre 13

Sur la façon de juger de la mort des autres

1. Quand nous jugeons de la fermeté des autres en face de la mort, ce qui est sans doute l'action la plus remarquable de la vie humaine, il faut prendre garde au fait que les gens croient difficilement qu'ils en sont arrivés là. Il en est peu qui meurent convaincus qu'ils ont atteint leur dernière heure, c'est là que l'illusion de l'espérance nous trompe le plus. Elle ne cesse de nous dire à l'oreille : « D'autres ont été bien plus malades sans mourir, l'affaire n'est pas aussi désespérée qu'on le pense, et au pis aller, Dieu a fait bien d'autres miracles. » C'est que nous faisons trop grand cas de nous494. Il nous semble que l'univers entier souffre de notre anéantissement, et qu'il ait de la compassion pour l'état où nous nous trouvons. D'autant plus que notre vue altérée nous montre les choses altérées aussi, et nous pensons qu'elles lui font défaut dans la mesure où c'est elle-même qui leur fait défaut, comme il en est pour ceux qui voyagent en mer et à qui les montagnes, les campagnes, les villes, le ciel et la Terre elle-même sont ensemble en mouvement, en même temps qu'eux.

Nous sortons du port et les villes s'éloignent.

[Virgile Énéide III, v. 72]

A-t-on jamais vu la vieillesse ne pas louer le temps passé et ne pas blâmer le présent, faisant porter au monde et aux mœurs des hommes le poids de sa propre misère et de son chagrin ?

Hochant la tête, le vieux laboureur soupire :

Il compare le présent au passé et vante sans cesse

Le bonheur de son père ; il n'a à la bouche

Que la piété des temps anciens.

[Lucrèce De la Nature II, vv. 1164-1168]

 

2. Nous entraînons tout avec nous. De là vient que nous considérons notre mort comme quelque chose d'important, qui ne se passe pas si facilement, ni sans une solennelle consultation des astres : « Tant de dieux s'agitent autour d'un seul homme ! » [Sénèque le Rhéteur controverses et déclarations, Teubner, 1967] Et nous le pensons d'autant plus que nous nous estimons plus aussi. Comment ? Tant de science se perdrait, causant un tel dommage, et le destin s'en moquerait ? Une âme aussi rare et aussi exemplaire n'est-elle donc pas plus difficile à tuer qu'une âme populaire et inutile ? Cette vie qui en protège tant d'autres, de qui tant d'autres vies dépendent, dont dépend l'activité de tant d'autres, et qui occupe tant de place, peut-elle être déplacée comme celle qui tient par un simple nœud ? Nul d'entre nous n'y pense suffisamment : il n'est qu'un individu parmi d'autres.

3. De là ces mots de César à son pilote, plus enflés que la mer qui le menaçait :

Si, craignant le ciel, tu refuses de gagner l'Italie,

Si tu as peur, c'est que tu ne sais pas qui tu conduis

Et c'est un bon motif. Alors adresse-toi à moi,

Aie confiance et fonce dans la tempête.

[Lucain La guerre civile ou La Pharsale V, 579]

 

Et ceux-ci encore:

 

César pense alors que ces périls sont dignes de sa destinée :

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