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Электронная книга - «Les Essais - Livre II». Краткое содержание книги:

Les Essais - Livre II
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2. Pour tenir l'amour en haleine, Lycurgue décréta que les gens mariés de Lacédémone ne pourraient faire l'amour qu'à la dérobée, et qu'il serait aussi honteux de les trouver couchés ensemble qu'avec d'autres. La difficulté des rendez-vous, la crainte des surprises, la honte du lendemain,

Et la langueur et le silence,

Et les soupirs venus du fond de la poitrine.

[Horace Épodes XI, v. 9]

c'est ce qui donne son piquant à la sauce. Combien de jeux très lascifs et plaisants naissent de la façon honnête et pudique de parler des choses de l'amour ! La volupté elle-même cherche à s'exciter par la souffrance. Elle est bien plus forte quand elle est cuisante et quand elle écorche. La courtisane Flora disait qu'elle n'avait jamais couché avec Pompée sans lui laisser les marques de ses morsures.

Ils embrassent étroitement l'objet de leur désir,

Le font souffrir et plantent leurs dents dans les lèvres délicates ;

De secrets aiguillons les poussent à blesser ce qui fait en eux

Lever ces germes de fureur.

[Lucrèce De la Nature IV, 1079]

 

Il en va ainsi dans tout : la difficulté donne du prix aux choses.

 

3. Les habitants de la région d'Ancône font plus volontiers leurs vœux à Saint-Jacques de Compostelle et ceux de Galice à Notre-Dame de Lorette ; à Liège on fait grand cas des bains de Lucques, et en Toscane, de ceux de Spa. On ne voit guère de Romains à l'école d'escrime de Rome, qui est pleine de Français. Le grand Caton, tout comme nous autres, éprouva du dégoût pour sa femme tant qu'elle fut la sienne, et la désira quand elle fut à un autre.

4. Je me suis débarrassé, en l'envoyant au haras, d'un vieux cheval dont on ne pouvait venir à bout quand il sentait l'odeur des juments ; la facilité l'a rapidement rassasié de celles qu'il y a trouvées, mais quand il s'agit d'étrangères, et pour la première qui passe le long de son box, il revient à ses insupportables hennissements et à ses chaleurs furieuses — comme auparavant. Notre désir méprise et ignore ce qu'il a sous la main, pour mieux courir après ce qu'il n'a pas.

Il néglige ce qu'il a sous la main,

Et tend la main vers ce qui lui échappe.

[Horace Satires I, 2, 108]

 

Nous interdire quelque chose, c'est nous en donner envie.

 

Si tu ne fais garder ta belle,

Elle cessera bientôt d'être à moi.

[Ovide Amours II, 19, v. 47]

Et nous l'abandonner tout à fait, c'est nous amener à la mépriser. Le manque et l'abondance aboutissent au même inconvénient.

Tu te plains d'avoir trop, et moi de manquer.

[Térence Oeuvres complètes Phormion I, 3, v. 10]

 

5. Le désir et la jouissance nous tourmentent de la même façon. La rigueur des maîtresses est ennuyeuse, mais leur complaisance et leur facilité le sont, à vrai dire, encore plus, parce que le mécontentement et la colère naissent de l'estime que nous éprouvons pour la chose désirée, aiguisent l'amour, et le réchauffent ; mais la satiété engendre le dégoût : c'est un sentiment vague, flou, las et endormi.

Si une femme veut régner longtemps sur son amant,

Qu'elle le dédaigne ; amants, faites les dédaigneux,

Et vous verrez venir à vous celle qui vous repoussait hier.

[Properce Elégies amoureuses - Cynthia II, 19, v. 33]

 

6. Pourquoi Poppée505 imagina-t-elle de masquer les beautés de son visage, sinon pour en accroître la valeur aux yeux de ses amants ? Pourquoi a-t-on voilé jusque sous les talons ces beautés que chacun désire montrer, que chacun désire voir ? Pourquoi recouvrent-elles de tant d'obstacles, les uns par-dessus les autres, ces endroits où réside principalement notre désir et le leur ? Et à quoi servent ces gros bastions506, dont les femmes de chez nous viennent de protéger leurs flancs, sinon à leurrer nos appétits, et nous attirer à elles en nous éloignant ?

Elle fuit vers les saules, mais veut être vue auparavant.

[Virgile Bucoliques III, v. 65]

 

Elle fait parfois de sa robe un rempart contre mes entreprises.

[Properce Elégies amoureuses - Cynthia 15, v. 6]

 

7. À quoi sert l'art de cette pudeur virginale, cette froideur réservée, cette mine sévère, cette ignorance ostensible des choses qu'elles connaissent mieux que nous qui les en instruisons, sinon pour accroître notre désir de vaincre, de dominer, et de faire plier devant nos appétits toute cette cérémonie, et tous ces obstacles ? Car il n'y a pas que du plaisir, il y a aussi de la gloire à affoler et débaucher cette molle douceur et cette pudeur enfantine, et soumettre à la loi de notre ardeur une gravité fière et exemplaire. Il est glorieux, dit-on en effet, de triompher de la réserve, de la chasteté, de la modération ; et si l'on déconseille aux dames ces qualités-là, on les trahit et se trahit soi-même. Il faut croire que leur cœur en frémit d'effroi, que le son de nos mots blesse la pureté de leurs oreilles, qu'elles en ressentent de la haine envers nous, et qu'elles ne cèdent à notre insistance que par la force. La beauté, si puissante soit-elle, ne peut se faire apprécier sans en passer par là. Voyez ce qui se passe en Italie, où il y a encore plus de beauté à vendre, et de la plus élégante : il faut qu'elle cherche pourtant d'autres moyens étrangers et d'autres procédés pour se rendre agréable. Et en vérité, quoi qu'elle fasse quand elle est vénale et publique, elle demeure faible et languissante. C'est que même dans les choses vertueuses, entre deux effets semblables, nous tenons néanmoins pour le plus beau et le plus noble celui pour lequel nous rencontrons le plus d'obstacles et de dangers.

8. C'est un effet de la Providence divine que de permettre à sa sainte Église d'être agitée comme nous la voyons par tant de troubles et d'orages, afin d'éveiller par ce contraste les âmes pieuses, et leur faire quitter l'oisiveté et le sommeil où les avait plongées une si longue tranquillité. Si nous mettons en balance la perte que nous subissons du fait du grand nombre de ceux qui se sont dévoyés, et le gain que nous procure le fait d'avoir repris notre haleine et de voir notre zèle et nos forces ressuscités à l'occasion de ce combat, je me demande si l'utilité ne surpasse pas le dommage. Nous avons cru attacher plus fermement le nœud de nos mariages, en supprimant tout ce qui permettrait de les dissoudre ; mais le nœud de la volonté et de l'affection s'est défait et relâché d'autant que celui de la contrainte s'est resserré. Au contraire, ce qui tint si longtemps les mariages en honneur, et assura leur sécurité, à Rome, ce fut la liberté de les rompre accordée à qui le voulait : les Romains s'attachaient d'autant plus à leurs femmes qu'ils pouvaient les perdre. Et alors qu'on pouvait divorcer en toute liberté, il se passa cinq cents ans et plus avant que quelqu'un ne le fît.

Ce qui est licite n'a pas de charme ; ce qui est interdit nous excite.

[Ovide Amours II, 19, v. 3]

 

9. On pourrait citer à ce propos l'opinion d'un Ancien507 disant que les supplices renforcent les vices plutôt qu'ils ne les affaiblissent ; qu'ils n'engendrent pas l'envie de bien faire, car c'est là l'œuvre de la raison et de l'éducation, mais seulement le souci de ne pas être pris à faire le mal.

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