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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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— J’implore votre pardon, répéta-t-il.

Il possédait une sorte d’entêtement brut qui exaspérait, amusait et épouvantait Susan, tout à la fois.

— Je ne vous demande pas de répondre à mon amour, ce n’est pas pour cette raison que je vous ai fait cet aveu. Vous m’avez dit que vos affaires étaient compliquées…

À présent, il détourna les yeux des siens et regarda au loin vers l’Aplomb. Il eut même un petit rire.

— Je l’ai traité d’imbécile, n’est-ce pas ? Je vous l’ai dit en face. Qui est le plus imbécile, d’après vous ?

Elle ne put s’empêcher de sourire.

— Vous avez dit aussi qu’on racontait qu’il avait un penchant pour la boisson et les filles en bouton.

Roland se frappa le front de la main. Si son ami, Arthur Heath, avait fait ce geste, elle l’aurait pris pour un effet comique délibéré. Mais rien de cela chez Will. Elle avait dans l’idée qu’il n’était pas très porté sur la plaisanterie.

À nouveau le silence s’installa entre eux, mais de façon bien moins inconfortable, cette fois. Leurs deux chevaux, Flash et Pylône, paissaient tout leur content, côte à côte. Si nous étions des chevaux, tout serait bien plus facile, songea-t-elle. Elle faillit pouffer.

— Messire Dearborn, vous comprenez que j’ai consenti à certain arrangement ?

— Si fait.

Il sourit de la voir hausser le sourcil de surprise.

— Je ne me moque pas de votre dialecte. Il m’est simplement venu… sur la langue.

— Qui vous a entretenu de mes affaires ?

— La sœur du Maire.

— Coraline.

Elle fronça le nez, décidant in petto que cela n’avait rien d’étonnant. Et elle supposa que d’autres l’auraient mis au courant de sa situation d’une manière encore plus crue. À commencer par Eldred Jonas. Ou Rhéa du Cöos, pour continuer. Mieux valait laisser ça de côté.

— Donc, si vous comprenez, et si vous ne me demandez point de répondre à votre… à ce que vous croyez éprouver pour moi, quel que soit le nom que vous lui donnez… à quoi bon cet entretien ? Pourquoi avoir cherché à l’obtenir de moi ? À mon avis, il vous met dans une position des plus embarrassantes…

— Oui, convint-il, puis comme s’il énonçait un simple fait : il me met dans une position embarrassante, soit. Il m’est difficile de ne pas perdre la tête quand je vous regarde.

— Alors peut-être vaudrait-il mieux pour vous ne point regarder, ne point parler, ne point penser !

Sa voix était à la fois caustique et un peu tremblante. Où trouvait-il le courage de dire des choses pareilles, de les formuler tout à trac en la dévorant des yeux ?

— Pourquoi m’avez-vous envoyé le bouquet et ce petit billet ? N’êtes-vous point conscient des ennuis que vous auriez pu me causer ? Si vous connaissiez ma tante… ! Elle m’a déjà chapitrée à votre sujet et si elle était au courant du billet… ou si elle nous voyait ensemble ici…

Elle jeta un regard autour d’elle, vérifiant que personne ne les observait. Apparemment, toujours pas, autant qu’elle pouvait le dire. Il tendit la main et lui toucha l’épaule. Elle le dévisagea et il retira ses doigts comme s’il s’était brûlé.

— Je vous ai parlé comme je l’ai fait pour que vous aussi, vous compreniez, dit-il. C’est tout. Si je ressens ce que je ressens, vous n’êtes en rien responsable.

Mais si, je le suis, songea-t-elle. Je t’ai embrassé. Je crois que je suis tout à fait responsable de ce que nous ressentons tous les deux, Will.

— Ce que je vous ai dit pendant que nous dansions, je le regrette du fond du cœur. Ne m’accorderez-vous pas votre pardon ?

— Si fait, dit-elle.

Et s’il l’avait prise dans ses bras à ce moment-là, elle l’aurait laissé faire et au diable les conséquences ! Mais il se contenta doter son chapeau et de la gratifier d’un charmant petit salut. Et la tempête s’apaisa dans son cœur.

— Grand merci, sai.

— Ne m’appelez point comme ça. Je déteste. Mon nom, c’est Susan.

— M’appellerez-vous Will ?

Elle fit oui de la tête.

— Très bien. Susan, je veux vous demander quelque chose — mais ce n’est plus l’individu qui vous a insultée et blessée parce qu’il était jaloux qui vous parle. Il s’agit de tout autre chose. Le puis-je ?

— Si fait, je suppose, dit-elle prudemment.

— Êtes-vous pour l’Affiliation ?

Elle le regarda, complètement sidérée. C’était la dernière question à laquelle elle s’était attendue… mais il l’observait avec sérieux.

— Je m’attendais à ce que vous et vos amis comptiez les vaches, les armes à feu, les lances, les bateaux, que sais-je encore, répondit-elle. Mais je ne pensais pas que tu voudrais compter aussi les partisans de l’Affiliation.

Elle vit la surprise se peindre sur son visage et le petit sourire aux coins de ses lèvres. Cette fois, le sourire le fit paraître bien plus âgé qu’il n’était possible. Susan se remémora ce qu’elle venait juste de lui dire et, comprenant ce qui avait dû le frapper, partit d’un petit rire embarrassé.

— Ma tante a une façon comme ça de passer au tutoiement. Mon père l’avait aussi. Ça vient d’une secte du Vieux Peuple qui se faisait appeler les Amis.

— Je connais. Il y a encore des Gens de l’Amitié dans la partie du monde d’où je viens.

— Vraiment ?

— Oui… ou si fait, si vous préférez. Je vais finir par prendre l’habitude. J’aime la façon dont s’expriment les Amis. Ça sonne joliment.

— Pas quand ma tante parle comme ça, observa Susan, repensant à la dispute à propos de la chemise. Pour répondre à votre question, si fait — je suis pour l’Affiliation. Parce que mon pa était pour. Si vous me demandez si je suis une chaude partisane de l’Affiliation, je suppose que non. Nous n’en voyons pas grand-chose ni n’en entendons beaucoup parler, ces jours. À part des rumeurs et les histoires que colportent les vagabonds et les voyageurs de commerce au long cours. Maintenant qu’il n’y a plus de chemin de fer…

Elle haussa les épaules.

— La plupart des gens ordinaires auxquels j’ai parlé semblent avoir le même sentiment. Et pourtant, votre Maire Thorin…

— Thorin n’est point mon Maire, rectifia-t-elle d’un ton plus tranchant qu’elle ne l’avait prévu.

— Et pourtant le Maire Thorin de la Baronnie nous a fourni toute l’aide que nous avons demandée, et même celle que nous n’avons pas sollicitée. Je n’ai qu’à claquer des doigts et Kimba Rimer apparaît devant moi.

— Alors ne les claquez point, fit-elle, ne pouvant s’empêcher de regarder autour d’elle.

Elle s’efforça de sourire pour bien lui faire sentir qu’elle plaisantait, sans grand succès.

— Les habitants de la ville, les pêcheurs, les fermiers, les cow-boys… ils disent tous du bien de l’Affiliation, mais de façon distante. Cependant, le Maire, son Chancelier et les membres de l’Association du Cavalier, Lengyll, Garber et toute cette bande…

— Je les connais, dit-elle sèchement.

— Ils se montrent absolument enthousiastes dans leur soutien. Il suffit de mentionner l’Affiliation devant le Shérif Avery et il se met à danser sur place. Dans chaque ranch, on nous offre à boire dans une coupe commémorant Arthur l’Aîné, semble-t-il.

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