Dominium Mundi. Livre II
- Автор: Baranger François
- Серия: Dominium Mundi #2
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Critic
- ISBN: 979-1-090648-18-0
- Жанр: Космическая фантастика
Электронная книга - «Dominium Mundi. Livre II». Краткое содержание книги:
Il n’y avait aucun bruit. Une lourde odeur semblable à l’encens saturait l’air.
Depuis que la fente avait été refermée, Tancrède n’y voyait presque plus rien. Il songea soudain que si les Atas avaient la possibilité de voir dans le noir, cela ne leur viendrait peut-être pas à l’idée que ce n’était pas le cas des humains.
Soudain, des Atamides échangèrent quelques phrases et une certaine agitation se fit entendre. Quelques instants plus tard, une paroi de la tente était relevée par l’extérieur et la lumière inondait l’intérieur, obligeant tout le monde à plisser les paupières. Le pan opposé à celui qui venait d’être ouvert fut à son tour escamoté. Seules deux des parois demeurèrent rabattues. Comme cette tente était située au centre du camp, on pouvait désormais voir toutes les autres, ainsi que les dunes alentour. La petite population qui les avait accueillis dans le silence ne s’était pas trop approchée de la tente centrale, mais les observait toujours. Une vingtaine de guerriers en faction à l’extérieur se tenaient visiblement prêts à intervenir en cas de besoin.
La température avait monté de quelques degrés depuis que les parois avaient été repliées.
Tancrède reporta son attention sur l’intérieur.
La tente était aménagée simplement, mais de manière agréable. Quelques meubles de petite taille, des tentures et des paravents pour diviser l’espace, des tapis couvrant le sol et de nombreux coussins pour s’asseoir et probablement pour dormir. De petites boulettes de feuilles séchées se consumaient dans des récipients en terre cuite, diffusant cette odeur si proche de l’encens qui lui avait saisi les narines en entrant. Accrochés à chaque coin de la tente, quatre appareils attirèrent son attention sans qu’il parvienne à en deviner la fonction. Ils étaient tous identiques : un étrange mécanisme faisait lentement tourner sur lui-même un rouleau de bois gravé de multiples symboles en émettant un léger claquement à chaque rotation.
Face aux humains, assis dans diverses positions, huit Atamides les regardaient. Il y avait deux guerriers, dont celui qui avait intercepté Tancrède, l’air toujours aussi redoutable, et un autre, de plus petite taille, mais couvert de cicatrices impressionnantes ; deux individus de sexe féminin, assis côte à côte, qui semblaient faire pleinement partie de l’assemblée réunie ici ; et enfin, quatre autres Atamides âgés à l’air vénérable qui correspondaient probablement à la caste des « sages » que l’instructeur des armées avait mentionnée. Parmi ceux-ci, Tancrède remarqua aussitôt le vieillard du rocher.
Après la brève agitation survenue lors de l’ouverture des parois, le calme était rapidement revenu.
Maintenant, les deux groupes s’observaient sans bouger, ni parler. Tancrède scruta le vieil Atamide avec intensité, cherchant à deviner ses pensées. Les yeux sans blanc des sages et des paysans ne permettaient pas de savoir s’ils vous fixaient ou regardaient légèrement à côté, ce qui s’avérait assez déroutant.
Au bout de quelques instants, Tancrède tourna la tête pour jeter un coup d’œil vers Albéric, à genoux un peu en retrait sur sa gauche. Même si son visage exprimait l’inquiétude, le regard de l’inerme révélait une immense curiosité.
Le silence menaçait de devenir gênant lorsque l’un des sages se leva et entreprit d’exécuter une série de gestes lents qui montraient alternativement le groupe des humains, puis celui des Atas.
Tancrède les interpréta comme une sorte de salut protocolaire. Le sage prononça ensuite quelques mots dans un langage moins bruité que celui des guerriers :
« Karnut’ah melik kenik, ah’l’ukinhe, uk, uk. »
Bien que dépourvue de sens pour les humains, il s’agissait manifestement d’une entrée en matière. Le lieutenant décida qu’il était temps de se lancer. Il s’apprêtait à parler à son tour lorsqu’il entendit à nouveau la voix près de son oreille.
« Je m’appelle Tan’hem. »
Même si ses lèvres n’avaient pas bougé, le vieux sage du rocher s’était montré du doigt ; il était incontestable que c’était lui qui venait de parler. Les compagnons de Tancrède avaient tous tressailli. Ils entendaient donc cette voix eux aussi. Tancrède répondit en se montrant du doigt lui aussi.
« Je m’appelle Tancrède de Tarente. Je suis très honoré de vous rencontrer. »
Puis il posa sans attendre la question qui lui brûlait les lèvres.
« Vous parlez notre langue. Comment est-ce possible ? »
Les quatre sages agitèrent la tête, comme s’ils s’étaient attendus à cette question. Par contre, les femmes et les guerriers restaient impassibles. Pour Tancrède, il était de plus en plus évident que seuls les sages pouvaient communiquer de cette façon.
« Je ne la parle pas, je la pense. »
Tancrède arqua les sourcils. Derrière lui, Ancelin ne put s’empêcher de s’exclamer : « Nom de Dieu ! »
« Mais nous verrons cela plus tard, continua Tan’hem. Expliquez-moi d’abord pourquoi les autres humains nous tuent, mais pas vous.
— Si vous pouvez lire dans nos pensées, pourquoi ne cherchez-vous pas cette information directement dans ma tête ? » demanda Tancrède.
Le simple bon sens l’avait poussé à poser cette question, mais ses camarades s’affolèrent.
« Qu’est-ce qui te prend ? chuchota Liétaud entre ses dents. Ne lui manque pas de respect ! »
Toutefois Tan’hem n’eut pas l’air de s’offusquer. Deux des autres sages tournèrent même la tête vers leur aîné en opinant du chef. Tancrède ignorait si cela signifiait qu’ils s’amusaient de la réplique ou la désapprouvaient.
« Je ne peux pas lire les pensées, disons… intimes, répondit finalement Tan’hem. Néanmoins, je peux communiquer par la pensée avec mes congénères. J’ai essayé sur toi, tout à l’heure, et j’ai été surpris de constater que cela marchait aussi avec les humains.
— Vous ne pouvez pas lire nos pensées intimes, et pourtant vous avez réussi à savoir que je n’étais pas seul… »
Tancrède s’enhardissait. Après tout, s’ils étaient encore en vie, cela signifiait que ces gens étaient prêts à essayer de communiquer.
« C’est une chose si naturelle pour nous qu’il m’est difficile de l’expliquer. Pas plus qu’on ne peut expliquer comment l’on fait pour rester debout quand on marche. On le fait, c’est tout. Disons que je perçois ce que vous verbalisez dans votre esprit. Je perçois la surface de vos pensées, la rémanence des images que vous venez de voir ou des idées que vous venez d’avoir.
— Voilà comment il comprend ce que tu dis à haute voix, chuchota Albéric. Non pas qu’il comprenne tes mots, mais il saisit la formulation mentale de tes phrases. Et ça, pour celui qui est capable de l’entendre, c’est un langage universel. »
Soudain, le guerrier à la crête orange intervint sans ménagement dans l’échange.
« Uk nah’tar ! Nijul’man kur hastr’q ! »
Même s’il n’avait pas parlé fort, son volume thoracique était tel que sa voix avait empli l’espace comme un mugissement de taureau.
Tan‘hem tourna la tête dans sa direction. Comme le guerrier se tenait devant l’une des parois relevées, le vieillard dut plisser les paupières face à la lumière. Cela rendit son visage un peu plus humain.
« Arnut’har s’impatiente, pensa-t-il à l’attention des évadés. Seuls les… “sages” – c’est ainsi que vous nous appelez, n’est-ce pas ? – peuvent comprendre vos réponses. L’un de nous traduira pour les soldats, et je traduirai en retour pour vous ce qu’ils diront. »