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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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Mais il tenait pour l’instant à respecter le protocole. Il se présenta devant la Maison de ville et effectua les cinq Transformations de l’Obédience : le Vent, les Sables, la Lame, le Flot, la Flamme. Il conserva la forme de la Cinquième Transformation jusqu’à ce que la Danipiur apparaisse. Elle parut surprise, très fugitivement, par le nombre de fidèles qui l’avaient accompagné à Ilirivoyne ; ils remplissaient l’esplanade et débordaient au-delà des limites de la capitale. Mais elle recouvra rapidement son sang-froid et lui souhaita la bienvenue en effectuant les Trois Transformations du Consentement : l’Étoile, la Lune et la Comète. Après cette dernière, Faraataa reprit son apparence normale et la suivit à l’intérieur du bâtiment. C’était la première fois qu’il pénétrait dans la Maison de ville.

La Danipiur était froide, distante et digne. Faraataa se sentait très légèrement intimidé – n’exerçait-elle pas sa charge depuis qu’il était né ? – mais il retrouva très vite la maîtrise de lui-même. Il savait que son attitude hautaine et son assurance extrême n’étaient que des défenses.

Elle lui offrit un repas de calimbots et de ghumba et lui proposa une coupe de vin pâle couleur de lavande qu’il considéra avec déplaisir, le vin n’étant pas une boisson consommée chez les anciens Piurivars. Il refusa d’en boire et même de lever sa coupe en l’honneur de son hôte, ce qui ne passa pas inaperçu.

Quand les formalités furent terminées, la Danipiur s’adressa à lui d’un ton bourru.

— Je n’aime pas plus que vous Ceux Qui Ne Changent pas, Faraataa. Mais ce que vous cherchez à faire est irréalisable.

— Qu’est-ce que je cherche à faire ?

— À les chasser de la surface de la planète.

— Vous trouvez cela irréalisable ? dit-il d’une voix où perçait une légère curiosité. Et pourquoi donc ?

— Ils sont vingt milliards. Où iront-ils ?

— N’y a-t-il pas d’autres planètes dans l’univers ? C’est de là qu’ils sont venus, qu’ils y retournent.

Elle se caressa le menton du bout des doigts. Un geste négatif qui exprimait l’amusement et le dédain. Mais Faraataa ne laissa pas l’irritation le gagner.

— Quand ils sont arrivés, dit la Danipiur, ils étaient très peu nombreux. Mais maintenant ils sont des milliards et il n’y a plus guère d’échanges entre Majipoor et les autres planètes. Avez-vous une idée du temps qu’il faudrait pour transporter les vingt milliards d’habitants de cette planète ? Si un vaisseau spatial transportant dix mille passagers partait toutes les heures, je pense que nous ne serions jamais débarrassés d’eux tous, car ils doivent se reproduire plus vite que ce qu’un vaisseau peut transporter.

— Alors qu’ils restent ici et nous continuerons à leur faire la guerre. Ils s’entretueront pour manger, au bout d’un certain temps il n’y aura plus de nourriture et ceux qui resteront mourront de faim. Leurs cités deviendront des villes fantôme et nous en aurons fini à jamais avec eux.

La Danipiur porta de nouveau les doigts à son menton.

— Vingt milliards de cadavres ? Faraataa, Faraataa, soyez raisonnable ! Comprenez-vous ce que cela signifierait ? Il y a beaucoup plus d’habitants dans la seule ville de Ni-moya que dans tout le territoire Piurifayne… et combien d’autres villes y a-t-il ? Songez à la puanteur de tous ces cadavres ! Songez aux maladies répandues par une telle quantité de chair en décomposition !

— Il n’y aura guère de chair s’ils sont tous morts de faim. Il n’y aura pas grand-chose qui se décomposera.

— Vous êtes trop frivole, Faraataa.

— Moi ? Eh bien, soit, je suis trop frivole. Mais à ma manière frivole, j’ai ébranlé l’oppresseur sous la botte duquel nous étions écrasés depuis quatorze mille ans. À ma manière frivole, j’ai provoqué le chaos chez eux. À ma manière…

— Faraataa !

— J’ai accompli beaucoup de choses à ma manière frivole, Danipiur. Pas seulement en me passant de votre aide mais, en fait, malgré votre opposition directe la plupart du temps. Et maintenant…

— Écoutez-moi, Faraataa ! Vous avez libéré des forces puissantes, c’est vrai, et vous avez ébranlé Ceux Qui Ne Changent Pas d’une manière que je croyais impossible. Mais le moment est venu pour vous de marquer un temps d’arrêt et de réfléchir aux ultimes conséquences de ce que vous avez déclenché.

— Je l’ai fait, répliqua-t-il. Nous allons reconquérir notre monde.

— Peut-être. Mais à quel prix ? Vous avez répandu des maladies sur leurs terres… mais croyez-vous que l’on pourra facilement les juguler ? Vous avez conçu des animaux monstrueux que vous avez mis en liberté. Et vous vous proposez maintenant de laisser pourrir des milliards de cadavres sur la planète. Voulez-vous sauver notre monde, Faraataa, ou voulez-vous le détruire ?

— Les maladies disparaîtront d’elles-mêmes quand les végétaux auxquels elles s’attaquent et qui pour la plupart ne nous sont pas utiles auront péri. Les nouveaux animaux sont rares et le monde est vaste. De plus, les scientifiques m’assurent qu’ils sont incapables de se reproduire. Nous serons donc débarrassés d’eux quand ils auront accompli leur œuvre. Et je redoute moins que vous ces corps en décomposition. Les oiseaux nécrophages feront des festins et nous bâtirons des temples avec les piles d’ossements qui resteront. La victoire est à nous, Danipiur. Nous avons reconquis notre monde.

— Vous êtes trop sûr de vous. Ils n’ont pas encore commencé à riposter… Et s’ils le font, Faraataa, et s’ils le font ? Je vous demande de garder en mémoire ce que lord Stiamot a accompli contre nous.

— Il a fallu trente ans à lord Stiamot pour achever sa conquête.

— Oui, dit la Danipiur, mais ses armées n’étaient pas grandes. Maintenant Ceux Qui Ne Changent Pas sont beaucoup plus nombreux que nous.

— Mais nous avons maintenant la possibilité de lancer contre eux des maladies et des monstres, ce qui n’était pas le cas du temps de lord Stiamot. Leur nombre tournera à leur désavantage quand leurs sources d’approvisionnements seront taries. Comment pourront-ils nous combattre pendant trente jours – ne parlons pas de trente ans – si la famine disloque leur civilisation ?

— Des guerriers affamés peuvent se battre avec plus de bravoure que des soldats trop bien nourris.

— Des guerriers ? dit Faraataa en riant. Quels guerriers ? Ce que vous dites est absurde, Danipiur. Nos ennemis sont mous.

— À l’époque de lord Stiamot…

— C’était il y a huit mille ans. Depuis cette époque, la vie a été très facile pour eux et ils sont devenus un peuple de niais et de couards. Et le plus niais de tous est bien leur lord Valentin, cet imbécile heureux avec sa sainte horreur de la violence. Qu’avons-nous à redouter d’un tel monarque qui refuse de verser le sang ?

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