Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #3
- Год: 1985
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-04390-1
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
— Utiliser ces traîtres ? s’écria le duc d’Halanx.
— Nous servir de tous ceux qui pourront nous être utiles, dit Hissune. Nous leur proposerons de se joindre à nous ; nous leur offrirons un rang élevé, mais pas aussi élevé, je le crains, que celui auquel ils se sont promus eux-mêmes ; et nous leur ferons clairement comprendre que s’ils ne se montrent pas coopératifs, ils seront supprimés.
— Supprimés ? demanda Stasilaine.
— C’est bien le terme que je voulais employer.
— Dominin Barjazid lui-même a été pardonné et renvoyé à ses frères. Ôter la vie à quelqu’un, même à un traître…
— N’est pas une mince affaire, dit Hissune. J’ai l’intention de me servir de ces hommes, pas de les tuer. Mais je pense qu’il faudra nous débarrasser d’eux s’ils refusent. Mais nous débattrons de ce point une autre fois, si vous le voulez bien.
— Vous avez l’intention de vous servir de ces hommes, intervint le prince Nimian de Dundilmir. N’est-ce pas là parole de Coronal ?
— Non, dit Hissune. Je parle comme l’un des deux hommes entre lesquels, avec votre accord, le choix sera effectué. Et en l’absence regrettable du seigneur Divvis, je m’exprime peut-être avec trop d’impétuosité. Mais permettez-moi de vous dire ceci : j’ai longuement réfléchi à ce plan d’action et je ne vois pas d’autre solution, quel que soit celui qui détient le pouvoir.
— C’est lord Valentin qui détient le pouvoir, dit le duc d’Halanx.
— En tant que Coronal rétorqua Hissune. Mais je pense que nous sommes d’accord pour estimer que dans la crise actuelle, il nous faut, outre un Coronal, un Pontife en pleine possession de ses moyens. On m’a dit que lord Valentin est en route vers l’Ile où il va s’entretenir avec la Dame. Je me propose de faire le même trajet et de discuter avec le Coronal pour essayer de le persuader d’accéder au pontificat. S’il se rallie à mes arguments, il fera alors connaître son désir pour le choix de son successeur. Je pense que le nouveau Coronal devra assumer la tâche de pacifier Piliplok et Ni-moya et de ranger les faux Coronals sous son autorité. Et je propose que celui qui n’aura pas été choisi prenne le commandement de l’armée qui envahira le territoire Métamorphe. Peu importe à qui, de Divvis ou de moi, reviendra la couronne, mais il est essentiel que nous entrions immédiatement en campagne pour nous atteler au rétablissement de l’ordre qui se fait attendre depuis trop longtemps.
— Voulez-vous une pièce d’un royal pour jouer cela à pile ou face ? dit soudain une voix venant de la porte.
Couvert de sueur, mal rasé et portant encore sa tenue de chasse, Divvis s’avança vers Hissune.
— Je me réjouis de vous revoir, seigneur Divvis, dit Hissune en souriant.
— Je regrette d’avoir manqué une grande partie de cette réunion, prince Hissune. C’est donc aujourd’hui que nous formons des armées et que nous choisissons un Coronal ?
— C’est à lord Valentin de choisir le Coronal, répliqua calmement Hissune. Après quoi, il nous incombera à tous deux de former et de conduire les armées. Et je pense que nous n’aurons pas de sitôt le loisir de nous adonner à des passe-temps tels que la chasse.
Il montra le siège vide à côté du sien à la table d’honneur.
— Voulez-vous prendre place, seigneur Divvis ? J’ai fait devant cette assemblée quelques propositions que je vous répéterai volontiers si vous m’accordez quelques instants. Puis il nous faudra prendre un certain nombre de décisions. Voulez-vous vous asseoir et m’écouter, seigneur Divvis ? Voulez-vous vous asseoir ?
4
Il fallait donc prendre la mer une fois encore. Dans la fournaise et les brumes de chaleur, avec le vent brûlant de Suvrael dans le dos et un courant violent et incessant qui poussait rapidement les navires vers le nord, Valentin sentait d’autres courants, des turbulences, qui agitaient son âme. Les paroles d’Hornkast lors du banquet donné dans le Labyrinthe résonnaient encore en lui, comme s’il les avait entendues la veille et non ce qui lui semblait être mille ans auparavant.
Le Coronal est l’incarnation de Majipoor. Le Coronal est Majipoor personnifiée. Il est le monde et le monde est le Coronal.
Oui. Oui.
Et en parcourant d’un bout à l’autre la surface de la planète, du Mont du Château au Labyrinthe, du Labyrinthe à l’Ile du Sommeil, de l’Ile à Piliplok, puis à Piurifayne et Bellatule, de Bellatule à Suvrael et maintenant de Suvrael à l’Ile de nouveau, l’esprit de Valentin s’était ouvert de plus en plus largement au martyre de Majipoor et il était devenu de plus en plus réceptif aux souffrances, aux désordres, à la folie et à l’horreur qui meurtrissaient la plus heureuse et la plus paisible des planètes. Nuit et jour, il était submergé par les plaintes de vingt milliards d’âmes tourmentées. Et c’était de bon cœur qu’il les recevait, avidement qu’il acceptait et absorbait tout ce que Majipoor avait à déverser en lui et volontiers qu’il cherchait les moyens d’apaiser cette douleur. Mais la tension l’épuisait. Trop de choses affluaient en lui ; il ne pouvait tout traiter et assimiler et se sentait souvent dérouté et écrasé. Et il n’y avait pas moyen d’y échapper, car il était une Puissance du royaume et c’était une tâche qui lui incombait et à laquelle il ne pouvait se dérober.
Il avait passé tout l’après-midi seul sur le pont, le regard fixé droit devant lui, et nul n’avait osé l’approcher, pas même Carabella, tant la sphère dans laquelle il s’était isolé était impénétrable. Quand, au bout d’un certain temps, elle se décida à le rejoindre, ce fut timidement, avec hésitation et en silence. Il lui sourit et l’attira vers lui. Il garda sa hanche contre la sienne, son épaule dans le creux de son bras mais ne parla pas, car il était passé dans un royaume où les mots n’avaient pas cours, où il se sentait calme et où les parties érodées de son esprit pouvaient commencer de se reconstituer. Il savait qu’il pouvait lui faire confiance et qu’elle ne le dérangerait pas.
Au bout d’un long moment, elle regarda vers le couchant et la surprise lui fit retenir son souffle. Mais elle garda le silence.
— Qu’as-tu vu, mon amour ? demanda Valentin d’une voix lointaine.
— Une forme à l’horizon. La silhouette d’un dragon, je crois.
Il ne répondit pas.
— Est-ce possible, Valentin ? demanda-t-elle. On nous a assuré qu’il n’y aurait pas de dragons dans ces eaux à cette époque de l’année. Mais qu’est-ce donc que je vois ?
— Tu vois un dragon.
— On nous avait dit qu’il n’y en aurait pas. Mais je suis sûre que c’en est un. C’est quelque chose de sombre et de gros. Qui nage dans la même direction que nous. Valentin, comment peut-il y avoir un dragon ici ?
— Les dragons sont partout, Carabella.
— Est-ce que je me fais des idées ? Ce n’est peut-être qu’une ombre sur la mer… une masse d’algues flottantes, peut-être…
— C’est un dragon que tu vois, dit-il en secouant la tête. Un roi des dragons, l’un des très gros.
— Tu dis cela sans même avoir regardé, Valentin.
— Oui. Mais le dragon est là.
— Tu le sens ?
— Oui, je le sens. La grande et lourde présence d’un dragon. La force de son esprit. Cette intelligence puissante. Je l’ai senti avant que tu dises quoi que ce soit.