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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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À l’arrivée au port de Numinor la Dame l’attendait dans la maison connue sous le nom des Sept Murs. Une fois encore, la hiérarque Talinot Elsude conduisit Valentin dans la Salle Émeraude ; une fois encore, il trouva sa mère debout entre les tanigales en pot, souriante, les bras tendus vers lui.

Mais il vit que depuis la dernière fois où ils s’étaient rencontrés dans la même pièce, à peine un an plus tôt, des changements stupéfiants et navrants s’étaient produits en elle. Ses cheveux bruns étaient maintenant semés de blanc ; l’éclat chaleureux de ses yeux s’était terni et était devenu presque froid ; et les outrages du temps commençaient même à devenir visibles dans son port royal. Les épaules tombantes, la tête un peu enfoncée et projetée en avant, celle qui naguère ressemblait à une déesse était lentement en train de se transformer en une vieille femme, tout à fait mortelle.

Ils s’étreignirent. Elle semblait être devenue si légère que le moindre souffle de vent risquait de l’emporter. Ils burent une coupe de vin doré frais et il lui raconta ses pérégrinations à Piurifayne, son voyage à Suvrael, sa rencontre avec Dominin Barjazid et lui confia le plaisir qu’il avait éprouvé en voyant que son ancien ennemi avait retrouvé sa santé mentale et sa fidélité à la couronne.

— Et le Roi des Rêves ? demanda-t-elle. Était-il cordial ?

— On ne peut plus. Il y avait entre nous une chaleur qui m’a fort étonné.

— Les Barjazid sont rarement sympathiques. Je présume que cela tient à la nature de leur vie sur ce continent et aux terribles responsabilités qui sont les leurs. Mais ce ne sont pas les monstres pour lesquels ils passent communément. Ce Minax est un homme farouche – je le lis dans son âme quand nos esprits se rencontrent, ce qui n’est pas fréquent – mais il est courageux et vertueux.

— Il a une vision pessimiste de l’avenir mais il m’a promis son soutien sans réserve à tout ce que nous serons obligés de faire. Il est en ce moment en train de fouailler le monde de ses messages les plus puissants dans l’espoir de mettre un frein à la folie.

— Je m’en suis rendu compte, dit la Dame. J’ai senti, ces dernières semaines, les ondes de son pouvoir émanant de Suvrael comme je ne les avais jamais perçues. Il a lancé une grande offensive. Moi aussi, à ma manière plus calme. Mais ce ne sera pas suffisant. Le monde est devenu fou, Valentin. L’étoile de nos ennemis monte et la nôtre pâlit ; la faim et la peur règnent sur la planète à la place du Pontife et du Coronal. Tu le sais. Tu sens cette folie qui pèse et déferle sur toi, et menace de tout balayer sur son passage.

— Crois-tu que nous allons échouer, mère ? Est-ce bien ce que tu veux me dire ? Toi, la source de l’espoir et du réconfort !

Une étincelle de son inflexible courage d’antan brilla dans les yeux de la Dame.

— Je n’ai pas parlé d’échec. J’ai seulement dit que le Roi des Rêves et la Dame de l’Ile ne peuvent à eux deux endiguer le torrent de folie.

— Il y a une troisième Puissance, mère. Ou bien me crois-tu incapable de mener cette guerre ?

— Tu es capable de tout ce que tu désires accomplir, Valentin. Mais même trois Puissances ne suffisent pas. Un gouvernement bancal ne peut faire face à une crise telle que celle qui nous frappe en ce moment.

— Bancal ?

— Il repose sur trois pieds. Il devrait y en avoir quatre. Il est temps de laisser le vieux Tyeveras goûter le repos éternel.

— Mère…

— Combien de temps vas-tu te dérober à tes responsabilités ?

— Je ne me dérobe à rien, mère ! Mais si je vais me cloîtrer dans le Labyrinthe, à quoi cela servira-t-il ?

— Crois-tu qu’un Pontife soit inutile ? Si tu le crois, tu dois avoir une curieuse opinion de l’État.

— Je suis conscient de la valeur qu’a le Pontife.

— Et pourtant tout ton règne s’est déroulé sans que tu en aies un.

— Ce n’est pas ma faute si Tyeveras était déjà sénile quand j’ai été élevé sur le trône. Qu’aurais-je dû faire ? M’installer au Labyrinthe aussitôt après être devenu Coronal ? Je n’ai pas eu de Pontife parce qu’on ne m’en a pas donné. Et le moment n’était pas propice pour que je prenne la place de Tyeveras. J’avais des tâches plus visibles à accomplir. C’est encore le cas.

— Tu dois donner un Pontife à Majipoor, Valentin.

— Pas encore. Pas encore.

— Combien de temps vas-tu répéter cela ?

— Je dois continuer à me montrer. Je veux entrer en contact d’une manière ou d’une autre avec la Danipiur, mère, et l’amener à se liguer avec moi contre ce Faraataa, notre ennemi, qui est prêt à ravager toute la planète sous prétexte de la rendre à son peuple. Si je suis dans le Labyrinthe, comment pourrais-je…

— Tu veux dire que tu comptes retourner à Piurifayne ?

— Cela se solderait encore par un échec. Mais je considère malgré tout qu’il est essentiel de négocier avec les Métamorphes. La Danipiur doit comprendre que je ne suis pas comme les souverains du passé, que je reconnais d’autres vérités. Que je crois profondément que nous ne pouvons plus étouffer les Métamorphes dans l’âme de Majipoor mais qu’il nous faut les reconnaître, les accepter en notre sein et les intégrer dans la collectivité.

— Et cela ne peut être réalisé que tant que tu seras Coronal ?

— J’en suis convaincu, mère.

— Eh bien, reconsidère tes convictions, dit la Dame d’un ton inexorable. S’il s’agit vraiment de convictions et non d’une simple répugnance pour le Labyrinthe.

— Je déteste le Labyrinthe et n’en fais pas mystère. Je m’y rendrai, avec docilité à défaut de plaisir, quand le moment sera venu. Mais ce n’est pas encore pour aujourd’hui. L’heure est peut-être proche, mais elle n’est pas encore arrivée.

— Pourvu qu’elle ne soit pas longue à venir. Accorde enfin le repos à Tyeveras, Valentin. Et le plus tôt possible.

5

Faraataa estimait que cette demande d’entrevue de la Danipiur devait être savourée comme un triomphe, aussi modeste fût-il. Après toutes ces années où il avait vécu en paria, errant misérablement dans la jungle, toutes ces années où il avait essuyé des quolibets quand il n’était pas purement et simplement ignoré, la Danipiur venait de l’inviter avec courtoisie et diplomatie à lui rendre visite à la Maison de ville à Ilirivoyne.

Il avait d’abord été tenté de lui proposer avec condescendance de se déplacer elle-même et de venir le voir à la Nouvelle Velalisier. Elle n’était après tout qu’une simple fonctionnaire tribale dont le titre n’existait pas avant l’Exil, alors que lui, par acclamation de la multitude, était le Prince À Venir et le Roi Qui Est, qu’il s’entretenait quotidiennement avec les rois des eaux et qu’on lui vouait une fidélité beaucoup plus profonde que celle à laquelle la Danipiur pouvait prétendre. Mais après avoir réfléchi, il décida qu’il serait beaucoup plus efficace d’entrer dans Ilirivoyne à la tête de ses milliers de fidèles afin de montrer à la Danipiur et à tous ses laquais de quel pouvoir il disposait ! C’est ainsi qu’il accepta de se rendre à Ilirivoyne.

La capitale dans son nouveau site avait un air provisoire et inachevé. On avait comme à l’accoutumée choisi un endroit dégagé dans la forêt à proximité d’un cours d’eau important. Mais les rues n’étaient que des sentiers à peine dessinés, les maisons d’osier n’avaient guère de décorations, leur toit semblait avoir été assemblé en hâte, l’esplanade de la Maison de ville n’était que partiellement aplanie et les plantes rampantes se tortillaient et s’enchevêtraient sur tout le terrain. La seule construction qui rappelât l’ancienne Ilirivoyne était la Maison de ville. Comme le voulait la coutume, on avait transporté le bâtiment depuis son ancien emplacement et on l’avait reconstruit au centre de l’agglomération où il dominait tout. Haut de trois étages, composé d’un assemblage de branches luisantes de bannikop, la façade constituée de lattes d’acajou des marais polies, il surplombait les huttes sommaires des Piurivars d’Ilirivoyne comme un palais. Mais quand nous aurons traversé la mer et restauré Velalisier, songea Faraataa, nous construirons un vrai palais de marbre et d’ardoise qui sera la nouvelle merveille du monde et nous le décorerons avec le butin pris dans le Château de lord Valentin. Et alors la Danipiur s’humiliera devant moi !

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