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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— J’en doute fort, dit-il.

Il s’avança vers eux sur les pavés de porcelaine verte en se demandant quels changements s’étaient produits pendant son absence. Divvis s’était-il proclamé Coronal ? Ses amis étaient-ils venus l’attendre pour lui conseiller de s’enfuir avant qu’il soit trop tard. Mais non, ils souriaient, ils se pressaient autour de lui et l’étreignaient avec joie.

— Quelles nouvelles ? demanda Hissune.

— Lord Valentin est vivant ! s’écria Stasilaine.

— Le Divin soit loué ! Et où est-il en ce moment ?

— À Suvrael, répondit Mirigant. Il est l’hôte du Palais Barjazid. C’est ce que disait le Roi des Rêves en personne et nous avons reçu aujourd’hui-même la confirmation du Coronal.

— À Suvrael ! répéta Hissune avec incrédulité, comme si on lui avait annoncé que Valentin s’était embarqué pour un continent inconnu au beau milieu de la Grande Mer ou même pour une autre planète. Mais pourquoi Suvrael ? Comment y-est-il arrivé ?

— En quittant Piurifayne, il a rejoint la province de Bellatule, dit Stasilaine, et l’agressivité des dragons l’a empêché de faire voile vers le nord. En outre, Piliplok, comme vous devez le savoir, est en rébellion. Les habitants de Bellatule l’ont donc aidé à s’embarquer pour le continent méridional où il a conclu une alliance avec les Barjazid qui utiliseront leurs pouvoirs pour rétablir l’ordre sur la planète.

— Une démarche audacieuse.

— Assurément. Il doit bientôt s’embarquer pour l’Ile afin de s’entretenir avec la Dame.

— Et après ? demanda Hissune.

— Ce n’est pas encore décidé, dit Stasilaine en observant attentivement Hissune. La tournure des choses dans les mois qui viennent n’est pas encore claire.

— Je crois qu’elle l’est pour moi, dit Hissune. Où est Divvis ?

— Il est à la chasse aujourd’hui, dit Elzandir. Dans la forêt de Frangior.

— Tiens, fit Hissune. C’est un endroit maudit pour sa famille. N’est-ce pas là que son père lord Voriax a perdu la vie ?

— En effet, dit Stasilaine.

— J’espère qu’il sera plus prudent, dit Hissune. De grande tâches l’appellent. Et je m’étonne de voir qu’il n’est pas là, s’il savait que je revenais aujourd’hui du Labyrinthe. Va chercher le seigneur Divvis, ajouta-t-il en s’adressant à Alsimir. Dis-lui que le Conseil de Régence doit se réunir tout de suite et que je l’attends.

Puis il se retourna vers les autres.

— Dans mon excitation à vous revoir ici, messeigneurs, j’ai commis une grave incivilité. J’ai omis de vous présenter cette dame et je m’en repens. Voici ma mère, Elsinome, qui pour la première fois de sa vie contemple le monde qui s’étend en dehors du Labyrinthe.

— Messeigneurs, dit-elle.

Le rouge lui monta aux joues, mais elle ne manifesta ni gêne ni timidité.

— Le seigneur Stasilaine… le prince Mirigant… le duc Elzandir de Chorg…

Ils la saluèrent tour à tour avec un profond respect, presque comme s’il se fût agi de la Dame en personne. Et elle reçut ces marques de respect avec une grâce et une dignité qui firent frissonner Hissune d’un plaisir extrême.

— Que l’on conduise ma mère au Pavillon de la Dame Thiin, dit-il, et qu’on lui donne une suite digne d’une grande hiérarque de l’Ile. Je vous rejoindrai tous dans la salle du conseil dans une heure.

— Une heure ne suffira pas à Divvis pour revenir de la chasse, fit doucement Mirigant.

— C’est aussi mon opinion, dit Hissune en hochant la tête. Mais ce n’est pas ma faute si le seigneur Divvis a choisi ce jour pour aller à la chasse et il y a tant à dire et à faire que je crains que nous soyons obligés de commencer avant son retour. Partagez-vous mon avis, seigneur Stasilaine ?

— Absolument.

— Deux des trois régents sont donc d’accord. Cela suffit pour se réunir. Messeigneurs, à la salle du conseil dans une heure.

Ils étaient tous là quand Hissune, qui s’était changé et avait revêtu une nouvelle robe, pénétra dans la salle de réunion cinquante minutes plus tard. Prenant son siège à la table d’honneur à côté de Stasilaine, il parcourut du regard l’assemblée des princes.

— Je me suis entretenu avec Hornkast, dit-il, et j’ai vu de mes propres yeux le Pontife Tyeveras.

Il y eut des mouvements dans l’auditoire et la tension monta.

— Le Pontife vit encore, dit Hissune. Mais ce n’est pas une vie telle que vous ou moi l’entendons. Il ne parle plus et n’émet même plus les cris et les grognements par lesquels il s’exprimait ces derniers temps. Il vit dans un autre royaume, très loin, et je pense que c’est le royaume qui se trouve juste en deçà du Pont des Adieux.

— Va-t-il donc bientôt mourir ? demanda Nimian de Oundilmir.

— Oh, non, répondit Hissune. Pas encore. Ils peuvent, grâce à leurs sortilèges, l’empêcher encore pendant plusieurs années de faire la traversée. Mais je crois qu’il convient de ne plus les laisser retarder longtemps la traversée.

— C’est à lord Valentin de prendre cette décision, dit le duc d’Halanx.

Hissune acquiesça de la tête.

— Effectivement. J’y viendrai dans un petit moment.

Il se leva et se dirigea vers le planisphère. Il posa la main sur le cœur de Zimroel.

— Pendant mon voyage aller et retour au Labyrinthe, j’ai reçu régulièrement des dépêches. Je suis au courant de la déclaration de guerre faite par le Piurivar Faraataa et je sais que les Métamorphes, non contents de répandre les maladies qui frappent les récoltes de Zimroel, ont lâché des hordes d’animaux terrifiants qui causent des ravages et sèment la terreur. Je suis au courant de la famine qui règne dans la région de Khintor, de la sécession de Piliplok et des émeutes à Ni-moya. J’ignore par contre ce qui se passe à l’ouest de Dulorn et je pense que nul ne connaît la situation de ce côté-là de la vallée. Je sais également que le chaos existant à Zimroel va bientôt se communiquer à tout l’ouest d’Alhanroel et que les perturbations commencent à se faire sentir plus à l’est, jusqu’au pied du Mont. Face à tout cela, nous avons pris jusqu’alors très peu de mesures concrètes. Le gouvernement central semble avoir complètement disparu, les ducs de province se conduisent comme s’ils étaient totalement indépendants les uns et les autres et nous restons rassemblés au sommet du Mont du Château, au-dessus des nuages.

— Que proposez-vous ? demanda Mirigant.

— Plusieurs choses. D’abord de lever une armée pour occuper les frontières de Piurifayne, encercler toute la province et pénétrer dans la jungle afin de mettre la main sur Faraataa et ses fidèles, ce qui, je vous l’accorde, ne sera pas une tâche aisée.

— Et qui commandera cette armée ? demanda le duc d’Halanx.

— Permettez-moi d’y revenir un peu plus tard, dit Hissune.

— Poursuivons. Il nous faut une seconde armée, également recrutée à Zimroel, afin d’occuper Piliplok – pacifiquement si possible, sinon par la force – et d’y restaurer la fidélité au gouvernement central. En troisième lieu, il nous faut organiser une réunion de tous les responsables provinciaux afin de mettre sur pied une distribution rationnelle des vivres, de sorte que les provinces qui n’ont pas encore été touchées partagent avec celles qui souffrent de disette, en précisant, bien entendu, que nous demandons des sacrifices mais rien d’intolérable. Les provinces qui refuseront de partager, s’il y en a, subiront une occupation militaire.

— Cela fait beaucoup d’armées, dit Manganot, pour une société dans laquelle la tradition militaire est si peu importante.

— Quand nous avons eu besoin d’armées, répliqua Hissune, nous avons réussi à en lever. C’était vrai à l’époque de lord Stiamot et pendant la guerre de restauration de lord Valentin. Ce sera encore le cas, car nous n’avons pas le choix. Mais je ferais remarquer qu’il existe déjà plusieurs armées irrégulières placées sous le commandement des différents usurpateurs qui se sont proclamés Coronal. Nous pouvons utiliser ces armées et les nouveaux Coronals eux-mêmes.

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