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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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De là ils accédèrent à la terrasse la plus élevée et la plus intérieure, située à plusieurs milliers de mètres au-dessus du niveau de la mer, et qui était le sanctuaire de la Dame. Au sommet de la Troisième Falaise, l’air était étonnamment clair, de sorte que des objets distants de plusieurs kilomètres se détachaient comme s’ils étaient vus à la loupe. De grands oiseaux d’une espèce inconnue d’Hissune, au corps rouge et dodu et aux énormes ailes noires, décrivaient d’indolentes spirales au firmament. Hissune et Elsinome s’enfoncèrent vers l’intérieur du sommet plat de l’Ile et firent enfin halte dans un lieu où des constructions de pierre basses et blanchies à la chaux étaient disséminées apparemment au hasard au milieu de jardins d’une beauté sans pareille.

— Voici la Terrasse de l’Adoration, dit Talinot Esulde. La porte du Temple Intérieur.

Ils passèrent la nuit dans une maison calme et retirée, agréable et sans prétention, avec une piscine miroitante et un jardin paisible et secret bordé de plantes grimpantes dont les vieux troncs épais s’entrelaçaient pour former une muraille impénétrable. À l’aube, des serviteurs leur apportèrent des fruits glacés et du poisson grillé ; dès qu’ils eurent terminé leur repas, Talinot Esulde apparut. Elle était accompagnée d’une autre hiérarque, une femme d’aspect imposant, à la tête chenue et au regard pénétrant. Elle les salua d’une manière très différente ; elle s’inclina devant Hissune comme il convenait de le faire devant un prince du Mont, mais avec une sorte de désinvolture presque négligente, puis, se tournant vers Elsinome, elle serra ses deux mains dans les siennes et les garda longtemps en plongeant dans ses yeux un regard d’une profonde et chaleureuse intensité.

— Je vous souhaite à tous deux la bienvenue à la Troisième Falaise, dit-elle. Je m’appelle Lorivade. La Dame et son fils vous attendent.

C’était un matin frais et brumeux et le soleil n’avait pas encore percé la couche de nuages bas. À la file indienne, Lorivade ouvrant la marche et Talinot Esulde la fermant, ils traversèrent dans le plus grand silence un jardin où chaque feuille brillait de gouttes de rosée, franchirent un pont de pierre blanche à l’arche si délicate qu’elle semblait devoir se briser sous les pas les plus légers et débouchèrent sur une vaste pelouse à l’extrémité de laquelle se dressait le Temple Intérieur.

Hissune n’avait jamais vu de bâtiment plus ravissant. Il était construit avec la même pierre blanche translucide que le pont. En son centre se trouvait une rotonde basse au toit plat à partir de laquelle huit ailes équidistantes, longues et étroites, rayonnaient comme les branches d’une étoile. Il n’y avait pas la moindre ornementation ; tout était sobre, dépouillé, d’une simplicité parfaite.

À l’intérieur de la rotonde, dans une pièce claire et octogonale dont le centre était occupé par une fontaine, octogonale elle aussi, lord Valentin et une femme qui ne pouvait être que sa mère la Dame les attendaient.

Hissune s’arrêta sur le seuil, pétrifié, écrasé de perplexité. Son regard passa de l’une à l’autre des Puissances, sans savoir à laquelle il devait présenter d’abord ses hommages. Il décida que la Dame devait avoir la préséance. Mais sous quelle forme lui rendre hommage ? Il connaissait le signe de la Dame, bien entendu, mais faisait-on ce signe à la Dame en personne comme on faisait le signe de la constellation au Coronal ou était-ce une insigne maladresse ? Hissune n’en avait aucune idée. Rien dans l’éducation qu’il avait reçue ne l’avait préparé à une rencontre avec la Dame de l’Ile.

Il se tourna vers elle. Elle était beaucoup plus âgée qu’il ne s’y attendait, le visage creusé de rides profondes, les cheveux grisonnants, les yeux cerclés d’un réseau de petits sillons. Mais son sourire intense, chaleureux, radieux comme le soleil au zénith témoignait avec éloquence de la vigueur et de la force qui étaient encore siennes ; devant ce sourire éclatant, Hissune sentit ses doutes et ses craintes se dissiper rapidement.

Il allait s’agenouiller devant elle, mais elle parut sentir ce qu’il voulait faire et l’arrêta d’un petit mouvement de la tête. Et elle lui tendit la main. Hissune, comprenant ce qu’elle attendait de lui, effleura sa main du bout des doigts et reçut une décharge d’énergie qui le picota d’une manière si surprenante qu’il dut faire appel à toute sa maîtrise de soi pour ne pas faire un bond en arrière. Cette décharge inattendue lui procura un regain d’assurance, de force et de calme.

Puis il se tourna vers le Coronal.

— Monseigneur, murmura-t-il.

Hissune fut stupéfait et épouvanté de voir l’altération de l’apparence de lord Valentin depuis leur dernière rencontre dans le Labyrinthe, il y avait si longtemps, au début de ce funeste Grand Périple. Lord Valentin était alors en proie à une terrible fatigue malgré laquelle ses traits rayonnaient d’une lumière intérieure, une irrépressible joie de vivre que nulle lassitude ne pouvait totalement chasser. Mais ce n’était plus le cas. L’implacable soleil de Suvrael avait blanchi sa peau et décoloré ses cheveux, lui donnant un air farouche, presque barbare. Ses yeux caves brillaient dans son visage émacié et ridé et il ne restait plus aucune trace de l’optimisme qui était le trait le plus visible de son caractère. C’était un homme radicalement différent : sombre, tendu, distant.

Hissune commença à faire le signe de la constellation. Mais lord Valentin l’arrêta d’un geste impatient et, tendant la main, prit celle d’Hissune et la serra quelques instants. Cela aussi était troublant. On ne serrait pas la main du Coronal. Et au contact de la main de lord Valentin, Hissune sentit un courant passer en lui ; mais cette énergie, contrairement à celle qui émanait de la Dame, le laissa perturbé, désorienté, mal à l’aise.

Quand le Coronal lui lâcha la main, Hissune recula d’un pas et fit signe d’avancer à Elsinome qui était demeurée immobile sur le seuil, comme pétrifiée par la vue des deux Puissances de Majipoor dans la même pièce.

— Monseigneur, bonne dame, dit-il d’une voix rauque et étouffée, permettez-moi de vous présenter Elsinome, ma mère.

— Une noble mère pour un fils aussi noble, dit la Dame.

C’étaient ses premières paroles et Hissune eut l’impression de n’avoir jamais entendu plus belle voix : chaude, calme, mélodieuse.

— Approchez, Elsinome, dit-elle.

S’arrachant à sa transe, Elsinome s’avança sur le sol de marbre et la Dame, elle aussi, fit quelques pas à sa rencontre, de sorte qu’elles se trouvèrent face à face au centre de la pièce, au bord de la fontaine octogonale. La Dame prit Elsinome dans ses bras et l’étreignit chaleureusement. Quand les deux femmes s’écartèrent l’une de l’autre, Hissune regarda sa mère et il eut l’impression qu’elle venait de déboucher en pleine lumière après être longtemps demeurée dans les ténèbres. Elle avait les yeux brillants et le visage empourpré mais ne manifestait pas la moindre crainte.

Elle se tourna vers lord Valentin et commença à faire le signe de la constellation, mais le Coronal l’arrêta comme il avait arrêté Hissune, en levant la main.

— Ce n’est pas nécessaire, dame Elsinome, dit-il.

— Mais c’est mon devoir, monseigneur, répondit-elle d’une voix ferme.

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