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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Non, dit le Coronal en souriant pour la première fois depuis leur rencontre. Plus maintenant. Laissons ces simagrées et ces révérences à la scène publique. Nous n’avons pas besoin ici de telles cérémonies.

— Je crois que je ne t’aurais pas reconnu, ajouta-t-il en s’adressant à Hissune, si je n’avais su que tu venais aujourd’hui. Nous avons été séparés pendant si longtemps que nous sommes devenus des étrangers l’un pour l’autre ; c’est en tout cas mon impression.

— Bien des années ont passé, monseigneur, répondit Hissune. Et des années difficiles. Le temps apporte toujours des changements et des années comme celles que nous venons de vivre provoquent des changements profonds.

— C’est vrai.

Se penchant en avant, lord Valentin dévisagea Hissune avec une insistance troublante.

— Je croyais autrefois bien te connaître, dit enfin le Coronal. Mais le Hissune que je connaissais était un garçon qui dissimulait sa timidité derrière la malice. Celui qui est devant moi aujourd’hui est devenu un homme – un prince, même – et il ne subsiste plus guère de timidité en lui. Quant à la malice, je pense qu’elle s’est transformée en quelque chose de plus profond… de la rouerie, peut-être. Ou même de la diplomatie, s’il faut en croire les rapports que je reçois sur toi, et je serais assez enclin à les croire. Je pense pouvoir encore discerner en toi le garçon que j’ai connu. Mais le reconnaître est loin d’être facile.

— De même qu’il est difficile pour moi, monseigneur, de retrouver en vous celui qui m’a engagé un jour pour lui servir de guide dans le Labyrinthe.

— Ai-je donc tant changé, Hissune ?

— Oui, monseigneur. Et je tremble pour vous.

— Tremble pour Majipoor, si tu veux. Mais n’aie aucune crainte pour moi.

— J’ai des craintes pour Majipoor et elles sont vives. Mais comment pouvez-vous me demander de ne pas trembler pour vous ? Vous qui êtes mon bienfaiteur. Tout ce que je suis, je vous le dois. Et quand je vous vois si triste, si lugubre…

— Ce sont les temps qui sont lugubres, Hissune. Mon visage ne fait que refléter les rigueurs de l’époque. Mais peut-être pouvons-nous espérer une embellie. Dis-moi, quelles sont les nouvelles du Mont du Château ? Je sais que toute la noblesse y a couvé de grands projets.

— C’est exact, monseigneur.

— Va, raconte-moi.

— Soyez certain, monseigneur, que ces projets ont été présentés sous réserve de ratification par le Coronal, que le Conseil de Régence ne se permettrait pas de proposer…

— J’entends bien. Dis-moi ce que propose le Conseil.

Hissune respira profondément.

— D’abord, dit-il, nous voudrions disposer une armée le long de toutes les frontières de Piurifayne, afin d’empêcher les Métamorphes de nous envoyer d’autres maladies et d’autres horreurs.

— Tu veux dire encercler Piurifayne ou l’envahir ? demanda lord Valentin.

— L’encercler dans un premier temps, monseigneur.

— Dans un premier temps ?

— Quand nous contrôlerons les frontières, notre plan est de pénétrer dans la province afin de mettre la main sur le rebelle Faraataa et ses fidèles.

— Ah ! Capturer Faraataa et ses fidèles ? Et quel sort leur réserve-t-on s’ils sont capturés, ce dont je doute fort, eu égard à ma propre expérience dans cette jungle ?

— Ils seront incarcérés.

— Rien d’autre ? Pas d’exécution des meneurs ?

— Monseigneur, nous ne sommes pas des sauvages !

— Bien sûr ! Bien sûr ! Et le but de cette invasion sera uniquement de s’emparer de Faraataa ?

— Absolument, monseigneur.

— Pas de tentative pour renverser la Danipiur ? Pas de campagne d’extermination des Métamorphes ?

— Nul n’a jamais émis ces idées.

— Je vois, dit le Coronal.

Sa voix était curieusement contrôlée, presque moqueuse ; avec des inflexions qu’Hissune n’y avait jamais entendues.

— Et quels sont les autres plans du Conseil ?

— Une armée de pacification pour occuper Piliplok – sans effusion de sang si cela peut être évité – et la prise de contrôle de toute autre ville ou province entrée en dissidence. Et puis neutraliser les différentes armées privées constituées par les faux Coronals et qui infestent de nombreuses régions ; si possible les faire passer au service du gouvernement. Et enfin occuper militairement toutes les provinces qui refusent de s’associer à un nouveau programme visant à assurer le partage des approvisionnements avec les zones sinistrées.

— Vaste entreprise, dit le Coronal du même ton curieusement détaché. Et qui sera à la tête de toutes ces armées ?

— Le Conseil suggère d’en répartir le commandement entre le seigneur Divvis, le seigneur Tunigorn et moi-même, répondit Hissune.

— Et moi ?

— Vous exercerez naturellement le commandement suprême de toutes nos forces, monseigneur.

— Naturellement, naturellement.

Le regard de lord Valentin se perdit dans le vague et pendant un long moment de silence, il sembla réfléchir à tout ce qu’Hissune venait de dire. Le jeune homme l’observait attentivement. Il y avait quelque chose de profondément troublant dans la manière mesurée et froide dont le Coronal l’interrogeait ; lord Valentin savait de toute évidence aussi bien que lui à quoi menait cette conversation et Hissune redoutait le moment où elle allait y arriver. Puis il comprit soudain que ce moment était tout proche. Une lueur étrange se mit à briller dans les yeux du Coronal tandis qu’il reportait son attention vers Hissune.

— Et le Conseil de Régence a-t-il proposé autre chose, prince Hissune ?

— Encore une autre chose, monseigneur.

— À savoir ?

— Que le commandant de l’armée qui occupera Piliplok et les autres villes rebelles porte le titre de Coronal.

— Mais tu viens de me dire que le Coronal exercera le commandement suprême.

— Non, monseigneur. C’est le Pontife qui exercera le commandement suprême.

Le silence qui suivit sembla durer une éternité. Lord Valentin conservait l’immobilité d’une statue, n’eût été un léger battement des paupières et un tressaillement intermittent d’un muscle de la joue. Hissune attendait, tendu, sans oser parler. Il demeurait stupéfait de la témérité dont il avait fait montre en présentant cet ultimatum au Coronal. Mais c’était fait. Impossible de revenir en arrière. Tant pis si le courroux du Coronal devait le faire déchoir de son rang et le renvoyer mendier dans les rues du Labyrinthe. C’était fait. Impossible de revenir en arrière.

C’est alors que le Coronal éclata de rire. Un rire qui prit sa source au plus profond de lui-même, remonta dans sa poitrine et jaillit de ses lèvres comme un geyser. Un grand rire éclatant, tonitruant, que l’on se fut plutôt attendu à entendre chez un géant comme Zalzan Kavol ou Lisamon Hultin que chez quelqu’un d’aussi doux que lord Valentin. Un rire homérique qui se prolongea si longtemps qu’Hissune commença à craindre que le Coronal ait perdu la raison. Mais il cessa brusquement et il ne subsista plus de la bizarre hilarité de lord Valentin qu’un curieux sourire resplendissant.

— Bien joué ! s’écria-t-il. Ah, Hissune, c’est bien joué !

— Monseigneur ?

— Et dis-moi, qui doit être le nouveau Coronal ?

— Monseigneur, vous devez comprendre que ce ne sont que des propositions… destinées à assurer une plus grande efficacité en cette période de crise…

— Mais oui, évidemment. Et qui, je réitère ma question, doit être désigné pour assurer cette plus grande efficacité ?

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