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Magie et Cristal

Электронная книга - «Magie et Cristal». Краткое содержание книги:

Prisonniers de Blaine, le monorail fou lancé à pleine vitesse, Roland et ses compagnons filent vers leur destin et, espèrent-ils, la Tour Sombre, leur but ultime. Les épreuves ne font pourtant que commencer pour eux, puisqu’ils devront déjouer les pièges du train infernal pour affronter le Mal aux multiples visages — jusque dans leurs souvenirs et dans leurs rêves, peuplés de signes et de messages qu’ils sont bien en peine de déchiffrer. Ils savent qu’ils doivent protéger la Rose, réceptacle de tout ce que le monde compte encore de magique et de pur, et combattre l’odieux Roi Cramoisi. Les pistoleros ne sont pas au bout de leur quête…
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Puis, l’autre ami de Jonas, celui à la cape, sortit en flânant du magasin général. Elle était sûre qu’il ne l’avait pas vue — il baissait la tête, roulant une cigarette —, mais elle n’avait point l’intention de forcer sa chance. Reynolds risquait d’en toucher un mot à Jonas et ce dernier ne parlait que trop à Tante Cord. Et si Tante Cord apprenait que Susan passait du temps dans la journée avec le garçon qui lui avait apporté les fleurs, elle aurait droit à des questions. Des questions auxquelles elle n’avait nulle envie de répondre.

6

Tout ça, c’est de l’histoire ancienne, Susan — l’eau a coulé sous les ponts. Mieux vaut ne plus ruminer le passé.

Arrêtant Pylône, elle contempla sur la pente de l’Aplomb les chevaux qui paissaient en liberté. Ils étaient en nombre surprenant, ce matin.

Cette parade fit long feu. Ses pensées ne cessaient de revenir à Will Dearborn.

Quel coup de malchance qu’elle l’ait connu ! S’il n’y avait eu cette rencontre de hasard, quand elle revenait du Cöos, elle aurait pu être en paix avec sa situation maintenant — elle était une fille avec les pieds sur terre après tout, une promesse était une promesse. Elle ne se serait jamais attendue à jouer les oies blanches effarouchées devant la perte de son pucelage, car la perspective de porter un enfant et d’accoucher l’excitait vraiment.

Mais Will Dearborn était venu tout bouleverser ; il s’était logé dans sa tête, locataire défiant toute expulsion. La remarque qu’il lui avait faite pendant qu’ils dansaient ne la quittait plus, comme un refrain qu’on ne peut s’empêcher de fredonner, malgré qu’on en ait. Elle avait été cruelle, stupide et hypocrite, cette remarque… mais ne comportait-elle point un grain de vérité ? Rhéa avait eu raison au sujet de Hart Thorin, Susan n’avait plus aucun doute là-dessus. Elle supposa que les sorcières avaient raison sur la luxure des hommes, même si elles avaient tort sur tout le reste. C’était une idée peu réjouissante, mais probablement vraie.

C’était Will, ce Dearborn « maudit soit-il », qui lui avait rendu difficilement acceptable l’inévitable, qui l’avait poussée dans des disputes où elle avait eu du mal à reconnaître sa propre voix, tant elle était stridente et désespérée, qui hantait ses rêves — rêves où il lui passait les bras autour de la taille et l’embrassait. L’embrassait, encore et encore.

Elle mit pied à terre et descendit un peu à flanc de colline, les rênes à son poing. Pylône la suivit d’assez bonne grâce. Et quand elle fit halte pour fixer au loin la brume bleue au sud-ouest, il baissa la tête et se remit à paître.

Elle pensait qu’il lui fallait revoir Will Dearborn encore une fois, ne serait-ce que pour donner une chance à son côté terre à terre inné de reprendre le dessus. Elle avait besoin de le voir sous son vrai jour, et non tel que son imagination le lui peignait dans ses douces pensées et dans ses rêves plus doux encore. Une fois cela réglé, elle pourrait reprendre sa vie et faire ce qui devait être fait. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle avait pris ce sentier — le même qu’elle avait emprunté hier, avant-hier et avant-avant-hier. Il chevauchait sur cette partie de l’Aplomb ; du moins l’avait-elle entendu dire au marché d’en bas.

Susan se détourna de l’Aplomb, sachant soudain qu’elle le trouverait là, comme si ses pensées l’avaient appelé à elle — à moins que ce ne soit son ka.

Elle n’aperçut que le ciel bleu et la crête basse des collines qui s’incurvait doucement, telles les formes d’une odalisque sur son divan. Susan sentit l’amertume et la déception l’envahir. Elle en avait presque le goût dans la bouche, comme des feuilles de thé en décoction.

Elle revint vers Pylône, comptant rentrer à la maison et s’acquitter des excuses qu’elle estimait devoir présenter. Plus vite elle le ferait, plus vite ce serait fait. Elle tendait la main vers l’étrier gauche, un peu de travers, pour le redresser, quand un cavalier surgit à l’horizon : il se dessinait contre le ciel juste à l’endroit qui lui évoquait la hanche de la courtisane. Rien de plus qu’une silhouette à cheval, mais elle sut immédiatement de qui il s’agissait.

Fuis ! s’ordonna-t-elle. Grimpe sur Pylône et au galop ! Sauve-toi d’ici vite fait ! Avant que quelque chose de terrible ne se passe… avant que ce soit vraiment le ka, avant qu’il ne vienne Remporter comme le vent, toi et tous tes beaux projets, dans le ciel et au-delà !

Mais elle ne prit pas la fuite. Elle demeura, les rênes de Pylône à la main, et lui murmura à l’oreille quand le rosillo leva la tête et salua d’un hennissement le hongre bai dévalant la pente de la colline.

Puis Will fut là, l’observant du haut de sa selle, avant de descendre de sa monture d’une façon aisée et huilée que, pensait-elle, elle n’égalerait jamais, malgré des années de pratique de l’équitation. Cette fois, elle n’eut droit ni à son talon planté en terre ni à sa jambe tendue ni à son coup de chapeau accompagnant un salut d’une solennité comique ; cette fois, le regard qu’il lui lança était franc, grave, et d’une inquiétante maturité.

Ils se dévisagèrent dans le grand silence de l’Aplomb — Roland de Gilead et Susan de Mejis — et dans son cœur, Susan sentit se lever la tempête. Elle la redoutait aussi fort qu’elle la trouvait bienvenue.

7

— Bonne matinée, Susan, dit-il. Je suis heureux de vous revoir.

Elle ne répondit rien, se contentant d’attendre et de le regarder. Entendait-il battre son cœur aussi distinctement qu’elle l’entendait ? Bien sûr que non, ce n’étaient que balivernes romantiques. Malgré cela, il lui semblait que tout, dans un rayon de cinquante mètres, aurait pu ouïr cette chamade.

Will fit un pas vers elle. Elle recula d’autant, le considérant avec méfiance. Il baissa la tête un instant, puis la releva, lèvres serrées.

— J’implore votre pardon, fit-il.

— Ah oui ? dit-elle avec sang-froid.

— Ce que je vous ai dit l’autre soir était injustifié.

Elle sentit une étincelle de vraie colère.

— Je me moque que ce fût justifié ou pas ; ce qui m’importe, c’est que c’était injuste. Et que ça m’a blessée.

Une larme débordant de son œil gauche roula le long de sa joue. Il lui restait des pleurs en réserve, après tout, semblait-il.

Elle pensa que ce qu’elle venait de dire l’aurait peut-être rendu honteux, mais malgré la légère rougeur qui colora ses joues, il garda ses yeux fermement attachés aux siens.

— Je suis tombé amoureux de vous, dit-il. C’est pour ça que je vous ai traitée ainsi. C’est arrivé avant même que vous m’ayez embrassée, je crois bien.

Elle éclata de rire… mais la simplicité avec laquelle il s’était exprimé fit sonner faux son rire à ses propres oreilles. Comme fêlé.

— Messire Dearborn…

— Will, je vous en prie.

— Messire Dearborn, répéta-t-elle avec la patience d’un professeur s’adressant à un élève peu éveillé. Cette idée est ridicule. Quoi ? Après une seule rencontre ? Après un seul baiser ? Un baiser simplement fraternel ?

C’était elle à présent qui rougissait, mais elle se hâta de poursuivre :

— De telles choses arrivent dans les contes, mais dans la vraie vie ? Je ne crois pas.

Mais le garçon ne détachait pas ses yeux des siens et elle y lisait une part de la vraie nature de Roland : son goût profond du romanesque enfoui comme le fabuleux filon d’un métal étranger au cœur du granit de son pragmatisme. Il acceptait l’amour plus comme un fait que comme une fleur, et cela condamnait le dédain bienveillant de Susan à rester sans effet sur eux deux.

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