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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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De la sorte, en comptant le séjour qu’il avait fait dans chaque ville, il y avait bientôt sept ans qu’Ali Cogia était parti de Bagdad, quand enfin il résolut d’en prendre le chemin. Et jusqu’alors l’ami auquel il avait confié le vase d’olives avant son départ, pour le lui garder, n’avait songé à lui ni au vase. Dans le temps qu’il était en chemin avec une caravane partie de Schiraz, un soir que ce marchand, son ami, soupait en famille, on vint à parler d’olives, et sa femme témoigna quelque désir d’en manger, en disant qu’il y avait longtemps qu’on n’en avait vu dans la maison.

«À propos d’olives, dit le mari, vous me faites souvenir qu’Ali Cogia m’en laissa un vase en allant à la Mecque, il y a sept ans, et qu’il le mit lui-même dans mon magasin pour le reprendre à son retour. Mais où est Ali Cogia depuis qu’il est parti? Il est vrai qu’au retour de la caravane, quelqu’un me dit qu’il avait passé en Égypte. Il faut qu’il y soit mort, puisqu’il n’est pas revenu depuis tant d’années; nous pouvons désormais manger les olives si elles sont bonnes. Qu’on me donne un plat et de la lumière, j’en irai prendre, et nous en goûterons.

«- Mon mari, reprit la femme, gardez-vous bien, au nom de Dieu, de commettre une action si noire; vous savez que rien n’est plus sacré qu’un dépôt. Il y a sept ans, dites-vous, qu’Ali Cogia est allé à la Mecque et qu’il n’est pas revenu; mais on vous a dit qu’il était allé en Égypte, et d’Égypte que savez-vous s’il n’est pas allé plus loin? Il suffit que vous n’ayez pas de nouvelles de sa mort, il peut revenir demain, après-demain. Quelle infamie ne serait-ce pas pour vous et pour votre famille, s’il revenait et que vous ne lui rendissiez pas son vase dans le même état et tel qu’il vous l’a confié! Je vous déclare que je n’ai pas envie de ces olives et que je n’en mangerai pas. Si j’en ai parlé, je ne l’ai fait que par manière d’entretien. De plus, croyez-vous qu’après tant de temps, les olives soient encore bonnes? Elles sont pourries et gâtées. Et si Ali Cogia revient, comme un pressentiment me le dit, et qu’il s’aperçoive que vous y ayez touché, quel jugement fera-t-il de votre amitié et de votre fidélité? Abandonnez votre dessein, je vous en conjure.»

La femme ne tint un si long discours à son mari que parce qu’elle lisait son obstination sur son visage. En effet, il n’écouta pas de si bons conseils, il se leva et il alla à son magasin avec de la lumière et un plat. Alors: «Souvenez-vous au moins, lui dit sa femme, que je ne prends pas de part à ce que vous allez faire, afin que vous ne m’en attribuiez pas la faute s’il vous arrive de vous en repentir.»

Le marchand eut encore les oreilles fermées et il persista dans son dessein. Quand il fut dans le magasin, il prend le vase, il le découvre et il voit les olives toutes pourries. Pour s’éclaircir si le dessous était aussi gâté que le dessus, il en verse dans le plat, et de la secousse avec laquelle il les y versa, quelques pièces d’or y tombèrent avec bruit,

À la vue de ces pièces, le marchand, naturellement avide et attentif, regarde dans le vase, et aperçoit qu’il avait versé presque toutes les olives dans le plat et que le reste était tout or en belle monnaie. Il remet dans le vase ce qu’il avait versé d’olives, il le recouvre et il revient.

«Ma femme, dit-il en rentrant, vous aviez raison, les olives sont pourries, et j’ai rebouché le vase de manière qu’Ali Cogia ne s’apercevra pas que j’y ai touché, si jamais il revient. – Vous eussiez mieux fait de me croire, reprit la femme, et de ne pas y toucher; Dieu veuille qu’il n’en arrive pas de mal!»

Le marchand fut aussi peu touché de ces dernières paroles de sa femme que de la remontrance qu’elle lui avait faite. Il passa la nuit presque entière à songer au moyen de s’approprier l’or d’Ali Cogia et à faire en sorte qu’il lui demeurât, au cas qu’il revînt et qu’il lui demandât le vase. Le lendemain de grand matin, il va acheter des olives de l’année, il revient, il jette les vieilles du vase d’Ali Cogia, il en prend l’or, il le met en sûreté, et après l’avoir rempli des olives qu’il venait d’acheter, il le recouvre du même couvercle et il le remet à la même place où Ali Cogia l’avait mis.

Environ un mois après que le marchand eut commis une action si lâche, et qui devait lui coûter cher, Ali Cogia arriva à Bagdad de son long voyage. Comme il avait loué sa maison avant son départ, il mit pied à terre dans un khan, où il prit un logement en attendant qu’il eût signifié son arrivée à son locataire et que le locataire se fût pourvu ailleurs d’un logement.

Le lendemain, Ali Cogia alla trouver le marchand son ami, qui le reçut en l’embrassant et en lui témoignant la joie qu’il avait de son retour après une absence de tant d’années, qui, disait-il, avait commencé de lui faire perdre l’espérance de jamais le revoir.

Après les compliments de part et d’autre accoutumés dans une semblable rencontre, Ali Cogia pria le marchand de vouloir bien lui rendre le vase d’olives qu’il avait confié à sa garde, et de l’excuser de la liberté qu’il avait prise de l’en embarrasser.

«Ali Cogia, mon cher ami, reprit le marchand, vous avez tort de me faire des excuses, je n’ai été nullement embarrassé de votre vase, et dans une pareille occasion j’en eusse usé avec vous, de la même manière que vous en avez usé avec moi; tenez, voilà la clef de mon magasin, allez le prendre, vous le trouverez à la même place où vous l’avez mis.»

Ali Cogia alla au magasin du marchand, il en apporta son vase, et après lui avoir rendu la clef, l’avoir bien remercié du plaisir qu’il en avait reçu, il retourne au khan où il avait pris logement, il découvre le vase, et en y mettant la main à la hauteur où les mille pièces d’or qu’il y avait cachées devaient être, il est dans une grande surprise de ne les y pas trouver. Il crut se tromper, et pour se tirer de peine promptement, il prend une partie des plats et autres vases de sa cuisine de voyage, et il verse tout le vase d’olives sans y trouver une seule pièce d’or. Il demeura immobile d’étonnement, et en élevant les mains et les yeux au cieclass="underline" «Est-il possible, s’écria-t-il, qu’un homme que je regardais comme mon bon ami m’ait fait une infidélité si insigne!»

Ali Cogia, sensiblement alarmé par la crainte d’avoir fait une perte si considérable, revient chez le marchand. «Mon ami, lui dit-il, ne soyez pas surpris de ce que je reviens sur mes pas. J’avoue que j’ai reconnu le vase d’olives que j’ai repris dans votre magasin pour celui que j’y avais mis; avec les olives, j’y avais mis mille pièces d’or que je n’y retrouve pas; peut-être en avez-vous eu besoin et que vous vous en êtes servi pour votre négoce. Si cela est, elles sont à votre service; je vous prie seulement de me tirer hors de peine et de m’en donner une reconnaissance, après quoi vous me les rendrez à votre commodité.»

Le marchand, qui s’était attendu qu’Ali Cogia viendrait lui faire ce compliment, avait médité aussi ce qu’il devait lui répondre. «Ali Cogia, mon ami, dit-il, quand vous m’avez apporté votre vase d’olives, y ai-je touché? ne vous ai-je pas donné la clef de mon magasin? ne l’y avez-vous pas porté vous-même et ne l’avez-vous pas retrouvé à la même place où vous l’aviez mis, dans le même état et couvert de même? Si vous y avez mis de l’or, vous devez l’y avoir trouvé. Vous m’avez dit qu’il y avait des olives, je l’ai cru. Voilà tout ce que j’en sais; vous m’en croirez si vous voulez, mais je n’y ai pas touché.»

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