Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Le calife, instruit pleinement de la mauvaise foi du marchand, l’abandonna aux ministres de la justice pour le faire pendre, ce qui fut exécuté après qu’il eut déclaré où il avait caché les mille pièces d’or, qui furent rendues à Ali Cogia. Ce monarque enfin, plein de justice et d’équité, après avoir averti le cadi qui avait rendu le premier jugement, lequel était présent, d’apprendre d’un enfant à être plus exact dans sa fonction, embrassa l’enfant et le renvoya avec une bourse de cent pièces d’or qu’il lui fit donner pour marque de sa libéralité.
HISTOIRE DU CHEVAL ENCHANTÉ.
Scheherazade, en continuant de raconter au sultan des Indes ses histoires si agréables et auxquelles il prenait un si grand plaisir, l’entretint de celle du cheval enchanté. Sire, dit-elle, comme Votre Majesté ne l’ignore pas, le Nevrouz, c’est-à-dire le nouveau jour, qui est le premier de l’année et du printemps, ainsi nommé par excellence, est une fête si solennelle et si ancienne dans toute l’étendue de la Perse, dès les premiers temps même de l’idolâtrie, que la religion de notre prophète, toute pure qu’elle est, et que nous tenons pour la véritable, en s’y introduisant n’a pu jusqu’à nos jours venir à bout de l’abolir, quoique l’on puisse dire qu’elle est toute païenne et que les cérémonies qu’on y observe sont superstitieuses. Sans parler des grandes villes, il n’y en a ni petite, ni bourg, ni village, ni hameau, où elle ne soit célébrée avec des réjouissances extraordinaires.
Mais les réjouissances qui se font à la cour les surpassent toutes infiniment par la variété des spectacles surprenants et nouveaux, et des étrangers des états voisins, et même des plus éloignés, attirés par les récompenses et par la libéralité des rois envers ceux qui excellent par leurs inventions et par leur industrie, de manière qu’on ne voit rien dans les autres parties du monde qui approche de cette magnificence.
Dans une de ces fêtes, après que les plus habiles et les plus ingénieux du pays, avec les étrangers qui s’étaient rendus à Schiraz, où la cour était alors, eurent donné au roi et à toute sa cour le divertissement de leurs spectacles, et que le roi leur eut fait ses largesses à chacun selon ce qu’il avait mérité et ce qu’il avait fait paraître de plus extraordinaire, de plus merveilleux et de plus satisfaisant, ménagées avec une égalité telle, qu’il n’y en avait pas un qui ne s’estimât dignement récompensé; dans le temps qu’il se préparait à se retirer et à congédier la grande assemblée, un Indien parut au pied de son trône en faisant avancer un cheval sellé, bridé et richement harnaché, représenté avec tant d’art, qu’à le voir on l’eût pris d’abord pour un véritable cheval.
L’Indien se prosterna devant le trône, et quand il se fut relevé, en montrant le cheval au roi: «Sire, dit-il, quoique je me présente le dernier devant Votre Majesté pour entrer en lice, je puis l’assurer néanmoins que dans ce jour de fête elle n’a rien vu d’aussi merveilleux et d’aussi surprenant que le cheval sur lequel je la supplie de jeter les yeux. – Je ne vois dans ce cheval, lui dit le roi, autre chose que l’art et l’industrie de l’ouvrier à lui donner la ressemblance du naturel autant qu’il lui a été possible; mais un autre ouvrier pourrait en faire un semblable, qui le surpasserait même en perfection.
«- Sire, reprit l’Indien, ce n’est pas aussi par sa construction ni par ce qu’il paraît à l’extérieur que j’ai dessein de faire regarder mon cheval par Votre Majesté comme une merveille. C’est par l’usage que j’en sais faire et que tout homme comme moi peut en faire, par le secret que je puis lui communiquer. Quand je le monte, en quelque endroit de la terre, si éloigné qu’il puisse être, que je veuille me transporter par la région de l’air, je puis l’exécuter en très-peu de temps. En peu de mots, Sire, voilà en quoi consiste la merveille de mon cheval, merveille dont personne n’a jamais entendu parler, et dont je m’offre de faire voir l’expérience à Votre Majesté, si elle me le commande.»
Le roi de Perse, qui était curieux de tout ce qui tenait du merveilleux, et qui, après tant de choses de cette nature qu’il avait vues et qu’il avait cherché et désiré de voir, n’avait rien vu qui en approchât ni entendu dire qu’on eût vu rien de semblable, dit à l’Indien qu’il n’y avait que l’expérience qu’il venait de lui proposer qui pouvait le convaincre de la prééminence de son cheval, et qu’il était prêt à en voir la vérité.
L’Indien mit aussitôt le pied à l’étrier, se jeta sur le cheval avec une grande légèreté, et quand il eut mis le pied dans l’autre étrier et qu’il se fut bien assuré sur sa selle, il demanda au roi de Perse où il lui plaisait de l’envoyer.
Environ à trois lieues de Schiraz, il y avait une haute montagne qu’on découvrait à plein de la grande place où le roi de Perse était devant son palais, remplie de tout le peuple qui s’y était rendu. «Vois-tu cette montagne? dit le roi en la montrant à l’Indien; c’est où je souhaite que tu ailles: la distance n’est pas longue, mais elle suffit pour faire juger de la diligence que tu feras pour aller et pour revenir. Et parce qu’il n’est pas possible de te conduire des yeux jusque-là, pour marque certaine que tu y seras allé, j’entends que tu m’apportes une palme d’un palmier qui est au pied de la montagne.»
À peine le roi de Perse eut achevé de déclarer sa volonté par ses paroles, que l’Indien ne fit que tourner une cheville qui s’élevait un peu au défaut du cou du cheval en approchant du pommeau de la selle. Dans l’instant, le cheval s’éleva de terre et enleva le cavalier en l’air comme un éclair, si haut qu’en peu de moments ceux qui avaient les yeux les plus perçants le perdirent de vue, et cela se fit avec une grande admiration du roi et de ses courtisans, et de grands cris d’étonnement de la part de tous les spectateurs assemblés.
Il n’y avait presque pas un quart d’heure que l’Indien était parti, quand on l’aperçut au haut de l’air, qui revenait la palme à la main. On le vit enfin arriver au-dessus de la place, où il fit plusieurs caracoles aux acclamations de joie du peuple qui lui applaudissait, jusqu’à ce qu’il vint se poser devant le trône du roi, à la même place d’où il était parti, sans aucune secousse du cheval qui pût l’incommoder. Il mit pied à terre, et en s’approchant du trône, il se prosterna et il posa la palme aux pieds du roi.
Le roi de Perse, qui fut témoin, avec non moins d’admiration que d’étonnement, du spectacle inouï que l’Indien venait de lui donner, conçut en même temps une forte envie de posséder le cheval; et comme il se persuadait qu’il ne trouverait pas de difficulté à en traiter avec l’Indien, quelque somme qu’il lui en demandât, résolu de la lui accorder, il le regardait déjà comme la pièce la plus précieuse qu’il aurait dans son trésor, dont il comptait de l’enrichir. «À juger de ton cheval par son apparence extérieure, dit-il à l’Indien, je ne comprenais pas qu’il dût être considéré autant que tu viens de me faire voir qu’il le mérite. Je t’ai obligation de m’avoir désabusé, et pour te marquer combien j’en fais d’estime, je suis prêt à l’acheter s’il est à vendre.
«- Sire, répondit l’Indien, je n’ai pas douté que Votre Majesté, qui passe, entre tous les rois qui règnent aujourd’hui sur la terre, pour celui qui sait juger le mieux de toutes choses et les estimer selon leur juste valeur, ne rendît à mon cheval la justice qu’elle lui rend, dès que je lui aurais fait connaître par où il était digne de son attention. J’avais même prévu qu’elle ne se contenterait pas de l’admirer et de le louer, mais qu’elle désirerait d’abord d’en être possesseur, comme elle vient de me le témoigner. De mon côté, Sire, quoique j’en connaisse le prix autant qu’on peut le connaître, et que sa possession me donne un relief pour rendre mon nom immortel dans le monde, je n’y ai pas néanmoins une attache si forte que je ne veuille bien m’en priver pour satisfaire la noble passion de Votre Majesté. Mais en lui faisant cette déclaration, j’en ai une autre à lui faire touchant la condition sans laquelle je ne puis me résoudre à le laisser passer en d’autres mains, qu’elle ne prendra peut-être pas en bonne part.