Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
«Votre Majesté aura donc pour agréable, continua l’Indien, que je lui marque que je n’ai pas acheté ce cheval. Je ne l’ai obtenu de l’inventeur et du fabricateur qu’en lui donnant en mariage ma fille unique, qu’il me demanda, et en même temps il exigea de moi que je ne le vendrais pas, et si j’avais à lui donner un autre possesseur, ce serait par un échange tel que je le jugerais à propos.»
L’Indien voulait poursuivre; mais au mot d’échange, le roi de Perse l’interrompit. «Je suis prêt, repartit-il, à t’accorder tel échange que tu me demanderas. Tu sais que mon royaume est grand et qu’il est rempli de grandes villes puissantes, riches et peuplées. Je laisse à ton choix celle qu’il te plaira de choisir en pleine puissance et souveraineté pour le reste de tes jours.»
Cet échange parut véritablement royal à toute la cour de Perse; mais il était fort au-dessous de ce que l’Indien s’était proposé. Il avait porté ses vœux à quelque chose de beaucoup plus relevé. Il répondit au roi: «Sire, je suis infiniment obligé à Votre Majesté de l’offre qu’elle me fait, et je ne puis assez la remercier de sa générosité. Je la supplie néanmoins de ne pas s’offenser si je prends la hardiesse de lui témoigner que je ne puis mettre mon cheval en sa possession qu’en recevant de sa main la princesse sa fille, pour épouse. Je suis résolu de n’en perdre la propriété qu’à ce prix.»
Les courtisans qui environnaient le roi de Perse ne purent s’empêcher de faire un grand éclat de rire à la demande extravagante de l’Indien; mais le prince Firouz Schah, fils aîné du roi et héritier présomptif du royaume, ne l’entendit qu’avec indignation. Le roi pensa tout autrement, et il crut qu’il pouvait sacrifier la princesse de Perse à l’Indien pour satisfaire sa curiosité. Il balança, néanmoins, savoir s’il devait prendre ce parti.
Le prince Firouz Schah, qui vit que le roi son père hésitait sur la réponse qu’il devait faire à l’Indien, craignit qu’il ne lui accordât, ce qu’il lui demandait, chose qu’il eût regardée comme également injurieuse à la dignité royale, à la princesse sa sœur et à sa propre personne. Il prit donc la parole, et en le prévenant: «Sire, dit-il, que Votre Majesté me pardonne si j’ose lui demander s’il est possible qu’elle balance un moment sur le refus qu’elle doit faire à la demande insolente d’un homme de rien et d’un bateleur infâme, et qu’elle lui donne lieu de se flatter un moment qu’il va entrer dans l’alliance d’un des plus puissants monarques de la terre! Je la supplie de considérer ce qu’elle se doit non-seulement à elle-même, mais même à son sang et à la haute noblesse de ses aïeux.
«- Mon fils, reprit le roi de Perse, je prends votre remontrance en bonne part, et je vous sais bon gré du zèle que vous témoignez pour conserver l’éclat de votre naissance dans le même état que vous l’avez reçue; mais vous ne considérez pas assez l’excellence de ce cheval, ni que l’Indien, qui me propose cette voie pour l’acquérir, peut, si je le rebute, aller faire la même proposition ailleurs, où l’on passera par-dessus le point d’honneur, et que je serais au désespoir si un autre monarque pouvait se vanter de m’avoir surpassé en générosité et de m’avoir privé de posséder le cheval que j’estime la chose la plus singulière et la plus digne d’admiration qu’il y ait au monde. Je ne veux pas dire, néanmoins, que je consente à lui accorder ce qu’il demande. Peut-être n’est-il pas bien d’accord avec lui-même sur l’exorbitance de sa prétention, et que, la princesse ma fille à part, je ferai telle autre convention avec lui qu’il en sera content. Mais avant que je vienne à la dernière discussion du marché, je suis bien aise que vous examiniez le cheval, et que vous en fassiez l’essai vous-même, afin que vous m’en disiez votre sentiment. Je ne doute pas qu’il ne veuille bien me le permettre.»
Comme il est naturel de se flatter dans ce que l’on souhaite, l’Indien, qui crut entrevoir, dans le discours qu’il venait d’entendre, que le roi de Perse n’était pas absolument éloigné de le recevoir dans son alliance en acceptant le cheval à ce prix, et que le prince, au lieu de lui être contraire, comme il venait de le faire paraître, pourrait lui devenir favorable, loin de s’opposer au désir du roi, en témoigna de la joie; et pour marque qu’il y consentait avec plaisir, il prévint le prince en s’approchant du cheval, prêt à l’aider à le monter, et à l’avertir ensuite de ce qu’il fallait qu’il fît pour le bien gouverner.
Le prince Firouz Schah, avec une adresse merveilleuse, monta le cheval sans le secours de l’Indien, et il n’eut pas plutôt le pied assuré dans l’un et l’autre étrier, que, sans attendre aucun avis de l’Indien, il tourna la cheville qu’il lui avait vu tourner peu de temps auparavant lorsqu’il l’avait monté. Du moment qu’il l’eut tournée, le cheval l’enleva avec la même vitesse qu’une flèche tirée par l’archer le plus fort et le plus adroit, et de la sorte, en peu de moments, le roi, toute la cour et toute la nombreuse assemblée le perdirent de vue.
Le cheval ni le prince Firouz Schah ne paraissaient plus dans l’air, et le roi de Perse faisait des efforts inutilement pour l’apercevoir, quand l’Indien, alarmé de ce qui venait d’arriver, se prosterna devant le trône et obligea le roi de jeter les yeux sur lui et de faire attention au discours qu’il lui tint en ces termes: «Sire, dit-il, Votre Majesté elle-même a vu que le prince ne m’a pas permis, par sa promptitude, de lui donner l’instruction nécessaire pour gouverner mon cheval. Sur ce qu’il m’a vu faire, il a voulu marquer qu’il n’avait pas besoin de mon avis pour partir et s’élever en l’air; mais il ignore l’avis que j’avais à lui donner pour faire détourner le cheval en arrière et pour le faire revenir au lieu d’où il est parti. Ainsi, Sire, la grâce que je demande à Votre Majesté, c’est de ne me pas rendre garant de ce qui pourra arriver de sa personne. Elle est trop équitable pour m’imputer le malheur qui peut en arriver.»
Le discours de l’Indien affligea fort le roi de Perse, qui comprit que le danger où était le prince son fils était inévitable, s’il était vrai, comme l’Indien le disait, qu’il y eût un secret pour faire revenir le cheval, différent de celui qui le faisait partir et élever en l’air. Il lui demanda en colère pourquoi il ne l’avait pas rappelé dans le moment qu’il l’avait vu partir.
«Sire, répondit l’Indien, Votre Majesté elle-même a été témoin de la rapidité avec laquelle le cheval et le prince ont été enlevés; la surprise où j’en ai été, et où j’en suis encore, m’a d’abord ôté la parole, et quand j’ai été en état de m’en servir, il était déjà si éloigné qu’il n’eût pas entendu ma voix, et quand il l’eût entendue, il n’eût pu gouverner le cheval pour le faire revenir, puisqu’il n’en savait pas le secret, qu’il ne s’est pas donné la patience d’apprendre de moi. Mais, Sire, ajouta-t-il, il y a lieu d’espérer néanmoins que le prince, dans l’embarras où il se trouvera, s’apercevra d’une autre cheville, et qu’en la tournant, le cheval aussitôt cessera de s’élever et descendra du côté de la terre, où il pourra se poser en tel lieu convenable qu’il jugera à propos, en le gouvernant avec la bride.»