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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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Après le mariage, Ali Baba, qui s’était abstenu de retourner à la grotte des voleurs depuis qu’il en avait tiré et rapporté le corps de son frère Cassim sur un de ses trois ânes, avec l’or dont il les avait chargés, par la crainte de les y trouver ou d’y être surpris, s’en abstint encore après la mort des trente-huit voleurs, en y comprenant leur capitaine, parce qu’il supposa que les deux autres, dont le destin ne lui était pas connu, étaient encore vivants.

Mais au bout d’un an, comme il eut vu qu’il ne s’était fait aucune entreprise pour l’inquiéter, la curiosité le prit d’y faire un voyage en prenant les précautions nécessaires pour sa sûreté. Il monta à cheval, et quand il fut arrivé près de la grotte, il prit un bon augure de ce qu’il n’aperçut aucun vestige ni d’hommes ni de chevaux. Il mit pied à terre, il attacha son cheval, et en se présentant devant la porte, il prononça ces paroles: «Sésame, ouvre toi,» qu’il n’avait pas oubliées. La porte s’ouvrit, il entra, et l’état où il trouva toutes choses dans la grotte lui fit juger que personne n’y était entré depuis environ le temps que le faux Cogia Houssain était venu lever boutique dans la ville, et ainsi que la troupe des quarante voleurs était entièrement dissipée et exterminée depuis ce temps-là, et il ne douta plus qu’il ne fût le seul au monde qui eût le secret de faire ouvrir la grotte, et que le trésor qu’elle enfermait était à sa disposition. Il s’était muni d’une valise, il la remplit d’autant d’or que son cheval en put porter, et il revint à la ville.

Depuis ce temps-là, Ali Baba, son fils, qu’il mena à la grotte, et à qui il enseigna le secret pour y entrer, et après eux leur postérité, à laquelle ils firent passer le même secret, en profitant de leur fortune avec modération, vécurent dans une grande splendeur et honorés des premières dignités de la ville.

Après avoir achevé de raconter cette histoire au sultan Schahriar, Scheherazade, qui vit qu’il n’était pas encore jour, commença de lui faire le récit de celle que nous allons voir.

HISTOIRE D’ALI COGIA, MARCHAND DE BAGDAD.

Sous le règne du calife Haroun Alraschid, dit la sultane, il y avait à Bagdad un marchand nommé Ali Cogia, qui n’était ni des plus riches ni aussi du dernier ordre, lequel demeurait dans sa maison paternelle, sans femme et sans enfant. Dans le temps que, libre de ses actions, il vivait content de ce que son négoce lui produisait, il eut, trois jours de suite, un songe dans lequel un vieillard vénérable lui apparut avec un regard sévère, qui le réprimandait de ce qu’il ne s’était pas encore acquitté du pèlerinage de la Mecque.

Ce songe troubla Ali Cogia et le mit dans un grand embarras. Comme bon musulman, il n’ignorait pas l’obligation où il était de faire ce pèlerinage; mais comme il était chargé d’une maison, de meubles et d’une boutique, il avait toujours cru que c’étaient des motifs assez puissants pour s’en dispenser, en tâchant d’y suppléer par des aumônes et par d’autres bonnes œuvres. Mais depuis le songe, sa conscience le pressait si vivement, que la crainte qu’il ne lui en arrivât quelque malheur le fit résoudre de ne pas différer davantage à s’en acquitter.

Pour se mettre en état d’y satisfaire dans l’année qui courait, Ali Cogia commença par la vente de ses meubles; il vendit ensuite sa boutique et la plus grande partie des marchandises dont elle était garnie, en réservant celles qui pouvaient être de débit à la Mecque; et pour ce qui est de la maison, il trouva un locataire à qui il en fit un bail. Les choses ainsi disposées, il se trouva prêt à partir dans le temps que la caravane de Bagdad pour la Mecque se mettrait en chemin. La seule chose qui lui restait à faire était de mettre en sûreté une somme de mille pièces d’or qui l’eût embarrassé dans le pèlerinage, après avoir mis à part l’argent qu’il jugea à propos d’emporter avec lui pour sa dépense et pour d’autres besoins.

Ali Cogia choisit un vase d’une capacité convenable, il y mit les mille pièces d’or, et il acheva de le remplir d’olives. Après avoir bien bouché le vase, il le porte chez un marchand de ses amis. Il lui dit: «Mon frère, vous n’ignorez pas que dans peu de jours je pars comme pèlerin de la Mecque avec la caravane. Je vous demande en grâce de vouloir bien vous charger d’un vase d’olives que voici et de me le conserver jusqu’à mon retour.» Le marchand lui dit obligeamment: «Tenez, voilà la clef de mon magasin, portez-y vous-même votre vase et mettez-le où il vous plaira, je vous promets que vous l’y retrouverez.»

Le jour du départ de la caravane de Bagdad arrivé, Ali Cogia, avec un chameau chargé des marchandises dont il avait fait choix, et qui lui servit de monture dans le chemin, s’y joignit, et il arriva heureusement à la Mecque. Il y visita avec tous les autres pèlerins le temple si célèbre et si fréquenté chaque année par toutes les nations musulmanes, qui y abordent de tous les endroits de la terre où elles sont répandues, en observant très-religieusement les cérémonies qui leur sont prescrites. Quand il se fut acquitté des devoirs de son pèlerinage, il exposa les marchandises qu’il avait apportées pour les vendre ou pour les échanger.

Deux marchands qui passaient et qui virent les marchandises d’Ali Cogia, les trouvèrent si belles qu’ils s’arrêtèrent pour les considérer, quoiqu’ils n’en eussent pas besoin. Quand ils eurent satisfait leur curiosité, l’un dit à l’autre en se retirant: «Si ce marchand savait le gain qu’il ferait au Caire sur ses marchandises, il les y porterait plutôt que de les vendre ici, où elles sont à bon marché.»

Ali Cogia entendit ces paroles, et comme il avait entendu parler mille fois des beautés de l’Égypte, il résolut sur-le-champ de profiter de l’occasion et d’en faire le voyage. Ainsi, après avoir rempaqueté et remballé ses marchandises, au lieu de retourner à Bagdad, il prit le chemin de l’Égypte en se joignant à la caravane du Caire. Quand il fut arrivé au Caire, il n’eut pas lieu de se repentir du parti qu’il avait pris; il y trouva si bien son compte, qu’en très-peu de jours il eut achevé de vendre toutes ses marchandises avec un avantage beaucoup plus grand qu’il n’avait espéré. Il en acheta d’autres dans le dessein de passer à Damas, et en attendant la commodité d’une caravane qui devait partir dans six semaines, il ne se contenta pas de voir tout ce qui était digne de sa curiosité dans le Caire, il alla aussi admirer les Pyramides, et il remonta le Nil jusqu’à une certaine distance, et il vit les villes les plus célèbres situées sur l’un et sur l’autre bord.

Dans le voyage de Damas, comme le chemin de la caravane était de passer par Jérusalem, notre marchand de Bagdad profita de l’occasion de visiter le temple, regardé par tous les musulmans comme le plus saint après celui de la Mecque, d’où cette ville prend le titre de noble sainteté.

Ali Cogia trouva la ville de Damas un lieu si délicieux par l’abondance de ses eaux, par ses prairies et par ses jardins enchantés, que tout ce qu’il avait lu de ses agréments dans nos histoires lui parut beaucoup au-dessous de la vérité, et il y fit un long séjour. Comme néanmoins il n’oubliait pas qu’il était de Bagdad, il en partit enfin, et il arriva à Halep, où il fit encore quelque séjour, et de là, après avoir passé l’Euphrate, il prit le chemin de Moussoul, dans l’intention d’abréger son retour en descendant le Tigre.

Mais quand Ali Cogia fut arrivé à Moussoul, des marchands de Perse, avec lesquels il était venu d’Halep, et avec qui il avait contracté une grande amitié, avaient pris un si grand ascendant sur son esprit par leurs honnêtetés et par leurs entretiens agréables, qu’ils n’eurent pas de peine à lui persuader de ne pas abandonner leur compagnie jusqu’à Schiraz, d’où il lui serait aisé de retourner à Bagdad avec un gain considérable. Ils le menèrent par les villes de Sultanié, de Rei, de Coam, de Caschan, d’Ispahan, et de là à Schiraz, d’où il eut encore la complaisance de les accompagner aux Indes et de revenir à Schiraz avec eux.

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