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Les Mille Et Une Nuits Tome III

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Les Mille Et Une Nuits Tome III
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«N’allons pas si vite, reprit le feint cadi; avant que nous en venions à votre serment, je suis bien aise de voir le vase d’olives. Ali Cogia, ajouta-t-il en s’adressant au feint marchand de ce nom, avez-vous apporté le vase?» Comme il eut répondu qu’il ne l’avait pas apporté: «Allez le prendre, reprit-il, apportez-le-moi.»

Le feint Ali Cogia disparaît pour un moment, et en revenant il feint de poser un vase devant le feint cadi en disant que c’était le même vase qu’il avait mis chez l’accusé et qu’il avait retiré de chez lui. Pour ne rien omettre de la formalité, le feint cadi demanda au feint marchand s’il le reconnaissait aussi pour le même vase; et comme le feint marchand eut témoigné par son silence qu’il ne pouvait le nier, il commanda qu’on le découvrît. Le feint Ali Cogia fit semblant d’ôter le couvercle, et le feint cadi, en faisant semblant de regarder dans le vase: «Voilà de belles olives, dit-il; que j’en goûte!» Il fit semblant d’en prendre une et d’en goûter, et il ajouta: «Elles sont excellentes.»

«Mais, continua le feint cadi, il me semble que des olives gardées pendant sept ans ne devraient pas être si bonnes. Qu’on fasse venir des marchands d’olives, et qu’ils voient ce qui en est.» Deux enfants lui furent présentés en qualité de marchands d’olives.» Êtes-vous marchands d’olives? leur demanda le feint cadi.» Comme ils eurent répondu que c’était leur profession: «Dites-moi, reprit-il, savez-vous combien de temps des olives accommodées par des gens qui s’y entendent peuvent se conserver bonnes à manger?

«- Seigneur, répondirent les feints marchands, quelque peine que l’on prenne pour les garder, elles ne valent plus rien la troisième année, elles n’ont plus ni saveur ni couleur, elles ne sont bonnes qu’à jeter. – Si cela est, reprit le feint cadi, voyez le vase que voilà, et dites-moi combien il y a de temps qu’on y a mis les olives qui y sont.»

Les marchands feints firent semblant d’examiner les olives et d’en goûter, et témoignèrent au cadi qu’elles étaient récentes et bonnes. «Vous vous trompez, reprit le feint cadi: voilà Ali Cogia qui dit qu’il les a mises dans le vase il y a sept ans.

«- Seigneur, repartirent les marchands appelés comme experts, ce que nous pouvons assurer, c’est que les olives sont de cette année, et nous maintenons que de tous les marchands de Bagdad, il n’y en a pas un seul qui ne rende le même témoignage que nous.»

Le feint marchand, accusé par le feint Ali Cogia, voulut ouvrir la bouche contre le témoignage des marchands experts. Mais le feint cadi ne lui en donna pas le temps. «Tais-toi, dit-il, tu es un voleur; qu’on le pende!» De la sorte, les enfants mirent fin à leur jeu avec grande joie, en frappant des mains et en se jetant sur le feint criminel comme pour le mener pendre.

On ne peut exprimer combien le calife Haroun Alraschid admira la sagesse et l’esprit de l’enfant qui venait de rendre un jugement si sage sur l’affaire qui devait être plaidée devant lui le lendemain. En cessant de regarder par la fente et en se levant, il demanda à son grand vizir, qui avait été attentif aussi à ce qui venait de se passer, s’il avait entendu le jugement que l’enfant venait de rendre et ce qu’il en pensait. «Commandeur des croyants, répondit le grand vizir Giafar, on ne peut être plus surpris que je le suis d’une si grande sagesse dans un âge si peu avancé.

«- Mais, reprit le calife, sais-tu une chose, qui est que j’ai à prononcer demain sur la même affaire, et que le véritable Ali Cogia m’en a présenté le placet aujourd’hui? – Je l’apprends de Votre Majesté, répondit le grand vizir. – Crois-tu, reprit encore le calife, que je puisse en rendre un autre jugement que celui que nous venons d’entendre? – Si l’affaire est la même, repartit le grand vizir, il ne me paraît pas que Votre Majesté puisse y procéder d’une autre manière, ni prononcer autrement. – Remarque donc bien cette maison, lui dit le calife, et amène-moi demain l’enfant, afin qu’il juge la même affaire en ma présence. Mande aussi au cadi qui a renvoyé absous le marchand voleur, de s’y trouver, afin qu’il apprenne son devoir de l’exemple d’un enfant et qu’il se corrige. Je veux aussi que tu prennes le soin de faire avertir Ali Cogia d’apporter son vase d’olives, et que deux marchands d’olives se trouvent à mon audience.» Le calife lui donna cet ordre en continuant sa tournée, qu’il acheva sans rencontrer autre chose qui méritât son attention.

Le lendemain, le grand vizir Giafar vint à la maison où le calife avait été témoin du jeu des enfants, et il demanda à parler au maître: au défaut du maître, qui était sorti, on lui fit parler à la maîtresse. Il lui demanda si elle avait des enfants; elle répondit qu’elle en avait trois, et elle les fit venir devant lui. «Mes enfants, leur demanda le grand vizir, qui de vous faisait le cadi hier au soir que vous jouiez ensemble?» Le plus grand, qui était l’aîné, répondit que c’était lui; et, comme il ignorait pourquoi il lui faisait cette demande, il changea de couleur. «Mon fils, lui dit le grand vizir, venez avez moi, le commandeur des croyants veut vous voir.»

La mère fut dans une grande alarme quand elle vit que le grand vizir voulait emmener son fils. Elle lui demanda: «Seigneur, est-ce pour enlever mon fils que le commandeur des croyants le demande?» Le grand vizir la rassura, en lui promettant que son fils lui serait renvoyé en moins d’une heure, et qu’elle apprendrait, à son retour, le sujet pourquoi il était appelé, dont elle serait contente. «Si cela est ainsi, seigneur, reprit la mère, permettez-moi qu’auparavant je lui fasse prendre un habit plus propre et qui le rende plus digne de paraître devant le commandeur des croyants;» et elle le lui fit prendre sans perdre de temps.

Le grand vizir emmena l’enfant, et il le présenta au calife à l’heure qu’il avait donnée à Ali Cogia et au marchand pour les entendre.

Le calife, qui vit l’enfant un peu interdit et qui voulut le préparer à ce qu’il attendait de lui: «Venez, mon fils, dit-il, approchez; est-ce vous qui jugiez hier l’affaire d’Ali Cogia et du marchand qui lui a volé son or? Je vous ai vu et je vous ai entendu, je suis bien content de vous.» L’enfant ne se décontenança pas, il répondit modestement que c’était lui. «Mon fils, reprit le calife, je veux tous faire voir aujourd’hui le véritable Ali Cogia et le véritable marchand: venez vous asseoir près de moi.»

Alors le calife prit l’enfant par la main, monta et s’assit sur son trône, et quand il l’eut fait asseoir près de lui, il demanda où étaient les parties. On les fit avancer, et on les lui nomma pendant qu’ils se prosternaient et qu’ils frappaient de leur front le tapis qui couvrait le trône. Quand ils se furent relevés, le calife leur dit: «Plaidez chacun votre cause; l’enfant que voici vous écoutera et vous fera justice, et s’il manque en quelque chose, j’y suppléerai.»

Ali Cogia et le marchand parlèrent l’un après l’autre, et quand le marchand vint à demander à faire le même serment qu’il avait fait dans son premier jugement, l’enfant dit qu’il n’était pas encore temps, et qu’auparavant il était à propos de voir le vase d’olives.

À ces paroles, Ali Cogia présenta le vase, le posa aux pieds du calife et le découvrit. Le calife regarda les olives et il en prit une, dont il goûta. Le vase fut donné à examiner aux marchands experts qui avaient été appelés, et leur rapport fut que les olives étaient bonnes et de l’année. L’enfant leur dit qu’Ali Cogia assurait qu’elles y avaient été mises il y avait sept ans, à quoi ils firent la même réponse que les enfants feints marchands experts, comme nous l’avons vu.

Ici, quoique le marchand accusé vît bien que les deux marchands experts venaient de prononcer sa condamnation, il ne laissa pas néanmoins de vouloir alléguer quelque chose pour se justifier; mais l’enfant se garda bien de l’envoyer pendre. Il regarda le calife: «Commandeur des croyants, dit-il, ceci n’est pas un jeu: c’est à Votre Majesté de condamner à mort sérieusement, et non pas à moi, qui ne le fis hier que pour rire.»

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