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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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– Cet animal-là gagnerait deux francs par jour à jouer les imbéciles à Bobino!

– En route! ajouta-t-il, on va te faire vivre et te mettre à l’abri des gendarmes.

Il tourna brusquement le coude du chemin pour monter vers le château.

Vincent le suivit la tête basse.

Tous deux entrèrent dans une brèche du mur en construction et s’engagèrent dans les fourrés du parc.

Pistolet marchait maintenant avec lenteur et précaution; il semblait laborieusement réfléchir.

– Vois-tu, dit-il en s’arrêtant à deux ou trois portées de fusil du mur, je cherche la manière de m’en servir; ça n’ira peut-être pas tout seul.

– C’est soif que j’ai, répondit l’innocent, retombé au fond de son apathie.

Pistolet tressaillit et lui planta sa main sur la bouche en murmurant:

– Fais le mort!

Comme le gars étonné essayait une résistance machinale, Pistolet, usant de son grand moyen, lui «passa la jambe» et l’étendit à terre sans bruit aucun.

– Fais le mort! répéta-t-il avec un accent de véritable menace, ou tu ne seras jamais riche! Je ne suis pas ici pour toi, ma vieille; si tu me gênes, tant pis pour ta peau!

L’innocent n’avait garde de se révolter.

Il resta étendu dans l’herbe et ne bougea plus. Pistolet s’éloigna de quelques pas et prêta l’oreille. Un bruit venait des massifs voisins.

– C’est tout de même taquinant de ne pas bien connaître les localités, pensa le gamin qui hésitait. On ne voit pas le château d’ici et je ne sais pas à qui j’ai affaire.

Il se retourna vers l’éclopé qui le regardait avec ses gros yeux étonnés, et son doigt levé lui ordonna impérieusement le silence. Puis il se coucha tout de son long, disant:

– On va tâcher de savoir!

Et il se prit à ramper dans l’herbe, clairsemée sous les arbres, avec une telle adresse que les Indiens de Cooper lui auraient certainement fait compliment, s’ils l’avaient vu.

À mesure qu’il avançait, le bruit des voix devenait plus distinct.

Il y avait là évidemment plusieurs personnes qui s’entretenaient. Le sens de leur conversation échappait encore à notre gamin.

Le premier mot qu’il entendit fut le nom de Paul Labre.

Il s’arrêta tout ému.

À travers une autre machination qu’il commençait à entrevoir, mais dont il ne détaillait pas encore bien les rouages, il se trouvait tout à coup porté au centre même de sa besogne.

C’était pour Paul Labre qu’il était ici et il ne l’avait point oublié.

Il avança de nouveau, retenant son souffle.

Pendant qu’il rampait, le frôlement des herbes l’empêchait d’entendre, et il regrettait amèrement chaque mot perdu.

Au bout d’une trentaine de pas, les branches du fourré s’éclaircirent, puis laissèrent pénétrer une large lueur.

Trente pas encore, il aperçut le blanc profil du Château-Neuf qui tranchait dans la verdure.

En même temps, son regard, fixé droit devant lui, distingua entre les feuilles plusieurs costumes sombres, parmi lesquels se détachait le clair vêtement d’une femme.

Il fit un dernier effort, tourna un gros tronc d’arbre et se trouva, caché qu’il était dans un buisson, en face d’une sorte d’assemblée, gravement assise autour d’une table rustique qui supportait les restes d’un premier déjeuner.

Il y avait là quatre hommes, dont faisait partie le centenaire au paisible sourire, et la charmante personne que Pistolet avait déjà vue appuyée à son bras: le colonel Bozzo et la comtesse Corona.

Ce ne fut point sur eux que s’arrêtèrent les yeux du Parisien, mais bien sur celui qui parlait en ce moment.

Sa voix, facile à reconnaître, était celle qui avait prononcé le nom de Paul Labre.

Cet homme avait une belle taille un peu trop chargée d’embonpoint, un teint très blanc et une abondante chevelure bouclée, châtain foncé. Son profil aquilin rappelait vaguement les portraits et médailles des princes de la maison de Bourbon.

Il parlait avec lenteur et affectait dans sa pose une sorte de majesté. Il semblait se défendre contre une accusation.

Voici ce qu’il disait au moment où Pistolet put prêter l’oreille à ses paroles:

– Dans l’affaire du général de Champmas, j’agissais pour l’association et avec l’agrément de l’association; dans l’affaire présente, et grâce à moi, l’association va doubler d’un seul coup son capital. Mes mesures sont prises: je suis prêt à les soumettre au conseil.

– Va promener dans les parterres, Fanchette, ma mignonne chérie, dit tendrement le vieillard.

Il attira vers ses lèvres desséchées le front charmant de la comtesse Corona, qui s’éloigna d’un pas nonchalant et gracieux.

Quand elle fut partie, un des assistants, que Pistolet reconnut pour être le fameux M. Lecoq de La Perrière, prit la parole et dit sèchement:

– Mon beau Nicolas, on t’avait mis entre les mains un joli coup de commerce. Papa et moi, nous venons de parcourir les titres de propriété; c’est superbe. Mais tu n’es pas de force, mon bonhomme. Ton passé te bat dans les jambes. On a vu M. Badoît hier à Alençon, ce matin à La Ferté-Macé. M. Badoît ne peut pas être seul. En outre, Mlle de Champmas et Paul Labre se rencontreront bien quelque jour, hé! bonhomme?

On doit penser si Pistolet était tout oreilles.

Le beau Nicolas répondit avec un majestueux dédain:

– Vous oubliez deux pierres d’achoppement sur ma route, mon maître: le général et la femme Thérèse Soûlas. Si vous êtes habile, je ne suis pas manchot. J’espère que Mlle de Champmas et Paul Labre se seront rencontrés ce matin.

– Oh! oh! fit le vieillard en prenant une pose plus attentive. Écoute, l’Amitié, avant de juger; c’est un garçon qui a de l’économie et de la capacité.

– Procédons par ordre, reprit le fils de saint Louis: pour l’affaire présente, la combinaison est mûre. J’ai ce qu’il faut pour payer la loi, dès que Mathurine Goret sera morte.

– Très bien, approuva paternellement le vieux. Nous savons cela.

– Pour l’affaire Labre, poursuivit le royal jeune homme, c’est plus compliqué, et maître Lecoq pourra voir qu’on s’entend jusqu’à un certain point à balancer une opération…

Il fut interrompu par l’écho lointain d’un coup de feu.

– Est-ce déjà le tonnerre? fit le colonel qui jeta un regard craintif vers le ciel chargé de lourdes nuées. Je n’aime pas l’orage, il m’agite.

– On a tiré vers les coulées du Foux, dit Lecoq en s’orientant.

Le fils de saint Louis resta impassible.

– C’est bien cela, murmura-t-il avec une intention marquée: vers les coulées du Foux.

Puis il ajouta de sa voix lente et froide qui, cette fois, mit un frisson dans les veines de Pistolet:

– Ne vous occupez plus de M. Paul Labre. Il ne vivra pas vieux. Sa note vient d’être acquittée!

XVI Grand lever du roi

Pistolet n’avait peut-être pas parlé à Paul Labre dix fois en sa vie, et encore, il y avait bien longtemps de cela. Le caractère réservé et triste de Paul n’appelait point la familiarité, mais il était beau et bon: Pistolet l’avait toujours admiré.

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