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Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome III - La Rue De Jérusalem». Краткое содержание книги:

Ce roman met en scène les tentatives criminelles des Habits Noirs (que couvre Lecoq, alors devenu chef de la Sûreté) contre la famille de Champmas, et contre la richissime mais avare paysanne Mathurine Goret. L'appât, dans les deux cas, est le «faux Louis XVII», rôle rempli parmi les Habits noirs par plusieurs personnages successifs. Celui-ci, qu'on appelle aussi M. Nicolas, séduit d'abord Ysole de Champmas, fille bâtarde du général de Champmas, et se sert de sa complicité inconsciente pour tenter de tuer sa soeur légitime, Suavita…
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La réponse à cette question est nette et facile: elle appartient à l’histoire même des différents imposteurs qui jouèrent successivement ou ensemble ce rôle de fils de Louis XVI.

Les écrits laissés par Naundorff et Mathurin Bruneau, les documents publiés par le duc de Normandie ne laissent aucun doute sur le système adopté par le gouvernement de Louis-Philippe à leur égard. Il fut toujours et partout le même.

Le gouvernement de Louis-Philippe favorisait indistinctement et jusqu’à un certain point compatible avec la prudence d’État, tous les Louis XVII – parce que son principal adversaire était le parti légitimiste, et que l’existence d’un fils de Louis XVI une fois admise, le principe même de la loi légitimiste tombait en ruine.

Pistolet vit donc la conspiration et fut sur le point de faire une marque à la porte de cette maison qui, évidemment, ne contenait pas ce qu’il cherchait.

Mais, avant de sortir du parc, il aperçut, dans une ombreuse allée, un vieillard au sourire doux qui semblait avoir plus de cent ans.

Ce vieillard s’appuyait au bras d’une jeune femme merveilleusement belle, en qui Pistolet reconnut la comtesse Corona.

Il se dit:

– Puisque voici les amis de mon ami Trois-Pattes, c’est là: je reviendrai.

Nous l’avons trouvé revenu après sa visite à la maison de Paul Labre.

Certes, cette visite l’avait rejeté bien loin de la comédie entrevue par lui au Château-Neuf. Aucun écho de la conspiration n’arrivait jusqu’à la demeure de Paul Labre, et pourtant, l’instinct détectif était si étrangement développé chez notre gamin qu’au premier indice rencontré sur sa route, il flaira la piste.

Voici quel fut cet indice:

En sortant du logis de Paul Labre, Pistolet, qui suivait la marge des champs, entendit dans un chemin creux un jeune gars qui pleurait et un homme qui le consolait, disant:

– Tu es bête! à ta place, moi, j’aurais bientôt de quoi.

Le jeune gars était Vincent Goret, l’éclopé, chassé pour ses trente-cinq sous de casse.

L’homme était de Paris et Pistolet se souvint de l’avoir vu jouer la poule à l’estaminet de L’Épi-Scié.

C’était plus qu’il n’en fallait pour éveiller son attention.

Pistolet se coucha le long de la haie pour écouter mieux.

– C’est d’aller chez ta mère, reprenait l’homme. Elle a de l’argent plus gros qu’elle. Tu demandes cent francs du premier coup, pas vrai?

– Cent francs! répéta l’innocent, épouvanté à l’idée d’un pareil trésor.

– Deux cents si tu veux… et je te prêterai mon couteau pour si la vieille se rebiffe maladroitement.

L’éclopé s’éloigna de lui.

– Je n’ai point d’affaires avec vous, l’homme! dit-il. Si ma m’man ne veut pas me donner mes trente-cinq sous, y a la rivière. Je n’ai point de bonheur à être en vie.

Et il partit, ses sabots à la main.

Presque aussitôt après et au moment où il allait monter la route conduisant au Château-Neuf, Pistolet entendit des cris du côté du hameau des Nouettes.

C’étaient Cocotte et Piquepuce qui accomplissaient la besogne commandée par Annibal.

– Venez, mes amis! disaient-ils, venez, bons chrétiens! Le fils de Mathurine Goret va faire un malheur sur sa propre mère!

Et les paysans curieux de courir.

Pistolet ne fit ni une ni deux, il s’élança à la tête des paysans en criant:

– Villageois! qui m’aime me suive! La morale avant tout!

Personne ne l’aimait; mais chacun le suivit parce qu’il prenait le chemin de tout le monde.

Dès le premier moment sa tournure et son aspect avaient éveillé les soupçons de Piquepuce et de Cocotte qui avaient reconnu en lui un sans-gêne de Paris.

Le vicomte Annibal fut prévenu. Une fois jouée la farce du pauvre petit couteau que le gars avait tiré de sa poche comme le noyé se retient à un brin d’herbe pour effrayer et arrêter la mégère, on aurait certainement fait un mauvais parti à Pistolet s’il n’avait payé d’audace.

Heureusement pour lui, dans cette armée qui assiégeait le coffre-fort de la Goret, il y avait plusieurs généraux, dont l’entente était loin d’être parfaite. Chacun d’eux pouvait avoir ses soldats.

Heureusement encore, le témoignage de Mèche vint à l’appui de ce nom de Trois-Pattes, lancé par notre gamin avec tant d’à-propos.

Après la bagarre, Pistolet, comme nous l’avons vu, sortit derrière l’éclopé, faisant du zèle et se donnant à lui-même mission de conserver ce précieux otage.

Il attendit Mèche dans l’étable et lui dit:

– Ça t’étonnerait-il que nous aurions, l’an prochain, un carrosse à nous deux et un cordon bleu dans une cuisine à nous? Veille dur, dis-moi tout et file si tu vois des gendarmes.

Il l’enleva en un temps de polka; puis, la quittant brusquement, il exécuta une culbute et disparut pour courir après le pauvre Vincent.

Il le rejoignit au détour du chemin et lui dit, entrant résolument dans son nouveau rôle:

– Garçon, si tu retournes chez les Mathieu, tu es perdu de bout en bout!

Le fils Goret le regarda avec défiance.

– Je vas payer ma casse et tout sera fini, répondit-il. C’est du bon monde, les Mathieu.

– Tout sera fini, jusqu’à demain que viendront les gendarmes pour te prendre, poursuivit Pistolet.

L’innocent s’arrêta court.

– Je n’ai point d’affaires avec vous, l’homme… commença-t-il, selon sa coutume.

Mais les larmes lui vinrent aux yeux et il s’écria:

– Oh! là là! les gendarmes! y en a-t-il de quoi me mener jusqu’à l’échafaud, pour ce que j’ai tiré l’eustache de ma pochette contre ma prop’mère?

– On ne sait pas, répliqua Pistolet d’un air important. Le monde est méchant dans ce pays-ci. Moi, je m’intéresse à toi, bancroche. Il y a là-haut un brave monsieur qui te prendra chez lui, si je veux, et qui te protégera contre les gendarmes.

– Le monsieur du Château-Neuf? demanda l’éclopé.

– Juste. Un fameux monsieur.

– On dit qu’il est sorcier, et qu’il a jeté un sort à ma m’man.

Pistolet haussa les épaules.

– Aimes-tu mieux les gendarmes? demanda-t-il.

C’est tout au plus si le fils Goret avait envie de faire un choix.

– Y a la rivière, gronda-t-il d’un air sombre. À vivre je ne suis point heureux.

– Bêta! fit Pistolet qui croyait n’être point compris, tu n’as qu’à attendre un petit peu pour être riche!

Les yeux du gars étincelèrent.

– On m’a déjà dit ça, oui! prononça-t-il tout bas. Et que toutes les filles me suivraient comme si j’avais un charme! Et que je boirais à même la bouteille au remède comme ma m’man. L’homme, si j’étais riche, je mangerais la soupe du matin au soir, car j’ai faim toute la journée!

Ceci fut lancé avec une telle énergie que Pistolet, nature littéraire, comme tous les sauvages de Paris, se mit à rire et pensa:

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