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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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– Moi, dit Comayrol, je suis content que Gioja n’ait pas frappé.

– Moi de même, fit le bon Jaffret.

Samuel ajouta:

– Sans être décrépits, nous ne sommes plus de la première jeunesse, et il n’est pas mauvais d’avoir un gaillard qui se mette en avant.

Aucun d’eux évidemment ne disait ce qu’il avait sur le cœur.

– Voici vingt-cinq ans, reprit Jaffret en frappant doucement sur l’épaule de Comayrol, quand tu prononças ton discours à propos du portefeuille de l’homme assassiné, là-bas, au cabaret de la Tour de Nesle, derrière la Chaumière, tu avais un bagou dans ce genre-là, sais-tu?

– Un peu plus élégant, je suppose! répliqua l’ancien clerc de notaire, et je remuais des idées qui auraient de la peine à entrer dans la cervelle étroite de cet arlequin-là!

– Il faut dire pourtant, continua Jaffret, qu’il y eut là deux personnes pour te river ton clou: Toulonnais-l’Amitié et Marguerite de Bourgogne.

– On avait six pieds de plus en ce temps-là! s’écria Comayrol l’œil brillant et le sang aux joues.

– Ce qui n’empêche pas, poursuivit paisiblement Jaffret, qu’il s’agissait alors de vingt misérables billets de mille francs, et qu’aujourd’hui nous parlons de millions. Messieurs et chers amis, nous étions jeunes, ardents, nous avions toutes les illusions, tous les espoirs, tous les désirs. Avec vingt mille francs, on peut commencer une fortune à cet âge; à l’âge que nous avons, il faut la fortune faite, beaucoup d’argent et peu d’ouvrage. Ce jeune coquin est venu vers nous juste à son temps.

– Il coûte cher, fit observer Comayrol.

– C’est en ceci, répondit Jaffret, que nous pourrons avoir recours contre lui dans la question du partage. Il a eu raison de nous dire qu’il était le maître de la situation au point de vue du travail à faire; mais l’opération faite, les rôles changent. Le bas peuple de notre confrérie ne connaît que nous.

– J’y songeais, fit l’ancien clerc de notaire.

– Moi de même, appuya le Dr Samuel; nous sommes vieux, mais…

Il se prit à rire et les autres l’imitèrent.

– Pas si décrépits! acheva le bon Jaffret qui humait la dernière goutte de son punch.

Ainsi était attaqué le véritable état de la question.

– Ma parole! ma parole! dit le Prince, vous êtes encore plus futés que lui!

– Et puis, reprit Jaffret, je suppose qu’après le coup nous ayons ce qu’il faut de foin dans nos bottes, eh bien! il nous importe assez peu vraiment que le Père-à-tous de cette vieillerie, l’association des Habits Noirs, à laquelle nous n’appartiendrons plus…

– À laquelle nous n’avons jamais appartenu! intercala le Dr Samuel.

– C’est juste… Que le Père-à-tous, disais-je, s’appelle Annibal Gioja ou monsieur le marquis de Rosenthal. Voici dix heures qui sonnent à Saint-Jacques-du-Haut-Pas, mes petits, je vais aller me mettre au lit.

Il planta son chapeau à large bord sur son bonnet de soie noire et se dirigea vers la porte, en s’appuyant sur sa canne.

Ayant de passer le seuil il se tourna vers l’Italien et lui dit sans rien perdre de sa douceur ordinaire:

– Toi, mon fils, si tu m’en crois, marche droit!

La lourde main de Comayrol touchait en ce moment l’épaule de Gioja.

– Vayadioux! dit-il en le regardant fixement. Marche droit, mon bonhomme! S’il arrivait quelque chose au petit d’ici demain soir, tu serais haché menu comme chair à pâté.

Il sortit. Samuel l’imita et ne dit rien, mais son regard parla pour lui.

Vint enfin le fils de Louis XVII qui donna une poignée de main à l’Italien en lui disant:

– Il paraît que ta peau ne vaudrait pas deux sous si tu bougeais, ma vieille! Nous avons enfin un homme.

Annibal Gioja resté seul se laissa choir sur le divan et mit sa tête entre ses mains.

– Il y a une affaire pourtant! murmura-t-il, et ils n’iront pas me chercher jusqu’en Italie!

À cette même heure, on eût rencontré Similor et son fils Saladin marchant bras dessus, bras dessous dans les rues désertes qui sont au-delà du Luxembourg.

Saladin avait rejoint son honoré père en quittant le café Massenet, et avait bien voulu le féliciter sur la façon précise et adroite dont Similor venait de jouer son bout de rôle.

Ils causaient. Monsieur le marquis de Rosenthal, était, ce soir, d’une humeur expansive.

– Vois-tu, papa, dit-il en arrivant au bout de la rue de l’Ouest, je ne ferai qu’une seule affaire avec ces momies. Le vol n’est pas ma vocation. Ça peut servir de point de départ à un honnête homme, mais, en somme, il n’y a que le commerce. J’ai tout arrangé dans ma tête: trois mille livres de rentes suffisent à ton bonheur, pas vrai?

– Mais…, voulut dire Similor.

– Faisons ton compte, interrompit Saladin: avec six cents francs de loyer, tu as un petit paradis, douze cents francs pour ta nourriture, quatre cents francs pour ta toilette, il te reste six cents francs pour l’argent de poche et la blanchisseuse. Si tu veux, tu feras des économies.

– Quand, toi, tu auras un million et demi! s’écria Similor indigné.

– Moi, papa, c’est différent, répondit monsieur le marquis sans s’animer le moins du monde. Je pourrais avoir les deux autres millions et le reste, si je voulais, rien qu’en jouant le rôle de gendre. Je serais là comme un coq en pâte; j’y ai songé; ce qui m’arrête, c’est ma femme. Je suis né célibataire, vois-tu, on ne se fait pas… et d’ailleurs la situation ne peut pas se prolonger bien longtemps: cette Saphir nous jouera quelque méchant tour un de ces matins. Je ne parle pas du Gioja, mon pied est sur sa tête, mais il y a Échalot et la Canada qui se remuent. Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud et enlever l’histoire d’un coup. Dans trois jours tout doit être fini, et alors mademoiselle Saphir pourra montrer sa cerise, la seule vraie et authentique, je m’en bats l’œil… Hé! cocher!

Un fiacre passait qui s’arrêta.

– Papa, dit Saladin en enjambant le marchepied, rentre en te promenant ou monte sur le siège; j’ai à causer avec moi-même.

Il s’installa au fond de la voiture et referma la portière sur le nez de l’auteur de ses jours.

XI L’envie

La jeune modiste que Saladin avait montrée à son père Similor à travers les carreaux du magasin de modes de la rue de Richelieu s’appelait simplement Marguerite Baumspiegelnergarten (prononcez Bospigar), et avait reçu le jour quelque part en Germanie, d’où elles viennent par centaines, comme les clarinettes.

Nous savons que Similor lui avait trouvé un grand air de ressemblance avec mademoiselle Saphir. Il en était ainsi sauf la grâce et l’expression, et Marguerite Baumspiegelnergarten, plus connue sous le nom de Guite-à-tout-faire, était une fort jolie personne de dix-sept à dix-huit ans, qui en paraissait quinze.

Son nom de Guite-à-tout-faire n’avait pas absolument trait à ses mœurs, qui étaient celles d’une modiste; il se rapportait surtout au grand nombre de métiers qu’elle avait essayés, malgré son jeune âge. Elle était adroite comme une fée et réussissait à tout; mais, en même temps, elle était atteinte du péché de paresse à un tel degré qu’il lui était arrivé de se laisser souffrir de la faim pour ne point travailler.

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