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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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– Les volets ne sont donc pas fermés aujourd’hui! dit tout bas Comayrol, au bout de quelques secondes, en ponctuant sa phrase avec un juron du Midi.

– Comment ne sont-ils pas fermés! ajouta le bon Jaffret.

– Ils étaient fermés, répondit Saladin, bien fermés, mais j’ai fait mon tour, avant d’entrer, avec papa. On a quelques bons amis ici près.

– Bonjour les vieux! cria une voix au-dehors, dans la ruelle, ça va-t-il comme vous voulez?

Comayrol se précipita à la fenêtre et l’ouvrit.

– Qui est là? demanda-t-il. Personne ne répondit.

Son regard interrogea la ruelle sombre qui semblait déserte.

Pendant cela, de cette main qui naguère tenait le couteau, le bon Jaffret prit les doigts de Saladin et les serra affectueusement en disant tout bas:

– Toute cette petite machinette est remarquablement intelligente, et je vous donne ma voix de tout mon cœur, mon biribi.

Le Prince, qui avait fait le tour de la table, vint toucher l’épaule du Dr Samueclass="underline"

– Vous demandiez un homme, dit-il, en voici un.

– On ne sait pas, répondit le docteur. On va voir. Saladin répondit au bon Jaffret:

– Ça n’était pas malaisé à exécuter, vous êtes des bandits âgés et mûrs pour la retraite. Je m’y serais pris autrement, si vous aviez eu vingt ans de moins. Fermez voir la fenêtre, papa Comayrol, ajouta-t-il; vous êtes encore le plus vert de la bande, et, en cherchant bien, on vous retrouvera du nerf sous la peau. Mais, parole d’honneur, vous aviez besoin d’être remontés; vos cinq couteaux étaient si drôles! je me suis cru au salon de cire.

Comayrol restait auprès de la fenêtre et ne cachait point sa mauvaise humeur.

– Tu dis vrai, petit, prononça-t-il, entre ses dents: voilà quinze ans, tu n’aurais pas eu le temps de lever la chandelle!

Saladin lui envoya un baiser.

– Mon bon, dit-il, nous ferons une paire d’amis, nous deux, quand tu m’auras juré obéissance. Voyons! ne nous endormons pas. Faites semblant de délibérer un petit peu, mes vénérables, pendant que je vais faire semblant de ne pas écouter, et puis vous me donnerez votre réponse officielle.

Il s’éloigna du divan et alla prendre Le Journal des villes et campagnes à l’autre bout de la chambre. Les membres du Club des Bonnets de soie noire se formèrent en groupe, et le bon Jaffret dit de sa voix la plus caressante:

– Annibal Gioja, respecté Maître, je vous demande la parole. Vous me l’accordez, merci. Vous êtes dégommé, mon garçon, et il n’y a pas grand mal.

Gioja répondit à voix basse quelque chose que Saladin ne put saisir.

La délibération dura juste deux minutes, après quoi l’éloquent Comayrol, rendu à toute sa belle humeur, s’avança vers lui à la tête du club et lui dit:

– Maître, le Scapulaire est à vous.

Gioja fit mine d’entrouvrir sa redingote.

– Garde, garde, mon garçon, lui dit Saladin, ce sont des formalités surannées. Nous ne détruirons rien de vos vieux usages, destinés à frapper l’imagination grossière de la populace, mais quant à nous autres, nous sommes au-dessus de tout cela. Est-il bien entendu que vous me nommez Père-à-tous et Habit-Noir en chef à l’unanimité? Levez la main!

Toutes les mains s’étendirent, même celle de Gioja.

– Bien! dit Saladin qui se redressa et les enveloppa d’un regard dur. Vous n’aimez pas les discours, je supprime le sabre que j’avais compté avaler pour ma bienvenue. C’est fini de rire. Asseyez-vous, nous allons causer.

X Le Père-à-tous

On sonna le garçon pour renouveler les rafraîchissements. À l’exception de Gioja, tout le monde était, sinon joyeux, du moins émoustillé par une curiosité très vive. Le bon Jaffret voulait offrir à monsieur le marquis un petit ambigu fin, genre Pompadour, mais cet austère Saladin préféra un bock de bière. Chacun se fit donc servir à sa guise. Le Prince demanda un carafon de douceurs.

– Il fait jour, dit Saladin d’un ton cassant quand les portes furent refermées, attention! Je ne vous ai pas vanté ma marchandise, au contraire, cette maison-là m’appartient depuis le rez-de-chaussée jusqu’aux mansardes, et pour ne pas vous faire languir, je vous expliquerai ma situation d’un seul mot: je suis l’amant heureux de mademoiselle de Chaves.

– Par exemple! s’écria Gioja, elle est forte! Le duc et la duchesse n’ont pas d’enfants.

– Le fait est, murmura le bon Jaffret, que je n’ai jamais entendu parler de mademoiselle de Chaves.

Comayrol dit:

– Le Maître ne peut pas se blouser comme cela du premier coup; il a son idée.

– Il a bien plus d’une idée, repartit Saladin, et commençons par établir une chose, c’est que je n’ai plus aucune espèce d’intérêt à vous tromper, puisque je n’attends rien de vous.

– C’est juste, fit-on à la ronde.

Et le Prince ajouta:

– Quel gaillard! écoutez!

– En conséquence, reprit Saladin, quand je vous dis une chose, c’est qu’elle est vraie, à moins que je ne fasse erreur moi-même. Tout homme est sujet à s’égarer. Mais ici, comme il s’agit d’une charmante personne qui m’a confié le soin de son bonheur, comme je suis d’accord avec madame la duchesse et comme madame la duchesse est d’accord avec monsieur le duc, je crois pouvoir vous affirmer, messieurs et chers subordonnés, que je ne suis pas le jouet d’un rêve. Mademoiselle de Chaves vous sera présentée demain.

– Elle n’est donc pas à l’hôtel? demanda Gioja.

– Mon brave, répondit Saladin, ouvrez vos deux oreilles, nous allons nous occuper de vous. Il n’y a pas de sot métier, je suis de cet avis-là; mais votre industrie particulière auprès de cet honnête sauvage qu’on nomme M. de Chaves est une gêne pour nous dans le présent, et peut devenir un danger dans l’avenir.

– Écoutez! fit le Prince qui avait dû habiter l’Angleterre et assister aux séances du Parlement.

– Le Maître, dit Gioja, ignore sans doute que cette industrie dont on parle a été le trait d’union entre le conseil et monsieur le duc.

– Je n’ignore rien, mon brave, et il y a du temps que je vous suis tous, à portée de voir et d’entendre. Les services d’un genre spécial que vous rendez à M. de Chaves ont pu entrouvrir une porte à nos respectables amis Jaffret et Comayrol; c’est parfait, je vous en remercie au nom de l’association; mais la porte est grande ouverte et je vous répète que vous nous gênez désormais. Vous marchez en aveugle le long d’une route où notre poule aux œufs d’or a coutume de pondre.

– Voyons, voyons, dit Comayrol, comprends pas!

– Le jeune maître est ami des métaphores, ajouta le bon Jaffret.

Mais le Dr Samuel murmura:

– Moi, je crois comprendre.

Le fil de Louis XVII ouvrait des yeux énormes.

– Il ne me plaît pas tout à fait, reprit Saladin, de mettre les points sur les «i». Je pense que je n’excède pas les bornes de mon autorité en donnant au vicomte Annibal Gioja un avis paternel. Toute cette histoire de mademoiselle Saphir est mauvaise pour nous.

– Mademoiselle Saphir! répétèrent quelques voix étonnées.

– Qu’est-ce que c’est que cela? demanda Comayrol.

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