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Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres

Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:

Ce sixième opus nous plonge plus avant dans ce monde du cirque dont Féval a fait l'un de ses univers de prédilection. Saladin, le «fils» d'Echalot et de Similor, a grandi au sein du cirque de Mme Samayoux. Héritant de la mauvaise nature de son père, il est devenu une crapule. En 1852, il enlève une petite fille, Justine, et la confie à Maman Léo et à Echalot, maintenant en ménage, en prétendant l'avoir trouvée. La mère de l'enfant, Lily, une jeune et belle fille du peuple que son amant avait abandonnée, désespérée de n'avoir pu retrouver sa fille, épouse le richissime duc de Chaves, dans l'idée de mener par la suite, grâce à sa fortune, les recherches nécessaires…
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– Vous vous trompez, mon petit monsieur, s’empressa de dire Annibal Gioja, la somme ronde est de deux millions.

Saladin se tourna vers lui avec lenteur:

– Ah! fit-il.

Puis son regard revint vers le groupe qui lui faisait face, comme pour lui demander: est-ce vrai?

Comayrol lui adressa un petit signe de tête moqueur que le bon Jaffret traduisit ainsi:

– Cher jeune homme, vous avez personnellement toutes mes sympathies; mais vous arrivez un peu trop tard.

Saladin resta un instant pensif, puis il se demanda tout haut à lui-même:

– Y aurait-il donc à l’hôtel de Chaves trois millions cinq cent mille francs?

– C’est cent mille piastres que vous vouliez glisser dans votre poche, dit Annibal Gioja qui n’avait pas entendu sa dernière observation.

– Comment! s’écria au contraire Comayrol, trois millions cinq cent mille francs! Où prenez-vous ce calcul?

– Je suis sûr du chiffre de quinze cent mille francs, répliqua Saladin; vous paraissez être sûrs du chiffre de deux millions. Les deux sommes doivent être distinctes, évidemment.

Jaffret dressa l’oreille comme un bon cheval de bataille qui entend le son de la trompette.

– Il a du talent! répéta-t-il. Tirons la chose au clair. D’où viennent vos quinze cent mille francs, jeune homme?

– Du Brésil, répondit Saladin, sans hésiter. Et maintenant que j’y songe, vos deux millions doivent venir de Paris.

«J’ai deviné! ajouta-t-il, interprétant comme une réponse le jeu des physionomies qui l’entouraient. Avez-vous les moyens de vous appliquer les deux millions?

Comayrol eut un geste noble.

– Nous ne sommes pas tout à fait des manchots, monsieur le marquis, répondit-il.

– Je précise, insista Saladin; nous ne plaisantons plus, mes maîtres. Pouvez-vous regarder les deux millions comme étant dès à présent à votre avoir?… Vous hésitez! donc vous cherchez encore… Ne cherchez plus! Quand je dis: j’apporte une affaire, c’est que j’apporte l’affaire.

Il appuya sur ce dernier mot et ses yeux ronds firent le tour de l’assistance, piquant chacun d’un regard perçant et froid.

Jaffret, Comayrol et le docteur avaient l’air étonné. Gioja baissa les yeux; le Prince se frotta les mains et cria tout seuclass="underline"

– Très bien! ça me va!

– Qu’il y ait quinze cent mille francs, comme je l’ai cru, ou trois millions cinq cent mille francs, comme c’est désormais l’apparence, continua Saladin, je dis que l’affaire est faite, puisque à partir de demain je puis introduire à l’hôtel de Chaves autant d’hommes que vous le voudrez, à l’heure de jour ou de nuit que vous choisirez.

– Peste! fit le bon Jaffret, c’est bien gentil de votre part cela, mon cher enfant.

– Quel est votre moyen? demanda Comayrol.

– Je sollicite la permission, repartit Saladin, de le garder pour moi, jusqu’au moment où nous aurons conclu notre arrangement.

– Pour conclure un arrangement, il faut savoir, que diable!

– Ne tombons pas dans un cercle vicieux, dit Saladin, dont la voix reprit une autorité véritable. D’ailleurs, nous n’avons pas achevé les préliminaires. En qualité de Maître, de Père, puisque c’est votre mot, je prétends avoir la part du lion, et je ne travaillerai que si je suis Maître.

– C’est carré, dit Comayrol.

– Il est franc comme l’or, appuya le bon Jaffret.

– Qu’entendez-vous par la part du lion? demanda le Dr Samuel.

– S’il s’était agi seulement de mes quinze cent mille francs, répondit Saladin, j’aurais exigé moitié.

– À la bonne heure! s’écria l’assistance en chœur, moitié! ne nous gênons pas!

– Mais, poursuivit Saladin, puisqu’il y a en outre les deux millions, chacun de nous gardera sa part: vous aurez, vous, les deux millions et j’aurai, moi, les quinze cent mille francs.

Le bon Jaffret souffla dans ses joues.

– Diable! dit le Prince.

– Vous êtes fou, mon bon, décida Comayrol.

Gioja riait dans sa barbe teinte.

– C’est comme cela, dit tranquillement Saladin, à prendre ou à laisser.

– Avec quinze cent mille francs, fit observer Samuel, on achèterait toute la serrurerie de Paris.

– Vous n’y êtes pas! riposta Comayrol en riant, notre nouveau Maître veut nous faire payer ainsi le jeune et joli sang qu’il va infuser dans nos vieilles veines.

– Juste! fit Saladin. Je ne vous défends pas de trouver cela cher, mais c’est mon prix.

– Et si ce n’est pas le nôtre? dit Comayrol en le regardant fixement.

Ses joues étaient écarlates jusqu’aux oreilles. Saladin soutint son regard et répondit froidement:

– Ce serait fâcheux, monsieur Comayrol; j’ai mis dans ma tête que vous en passeriez ce soir par mon caprice, sinon je vous abandonne.

Les membres du club essayèrent de rire, mais Saladin répéta en scandant les mots:

– Je vous abandonne… d’abord; et puis je me fais une carrière dans l’administration en découvrant votre pot aux roses.

Il était assis, comme nous l’avons dit, vis-à-vis d’un groupe formé par le docteur, Jaffret, Comayrol et le Prince. En face de lui, au-dessus du divan qui servait de siège à ces messieurs, il y avait une grande glace.

Derrière lui, touchant le dossier de sa chaise, se trouvait une table qui soutenait un flambeau.

Au-delà de la table, se tenait Annibal Gioja tantôt immobile, tantôt se promenant de long en large.

Aux dernières paroles prononcées par Saladin, celui-ci vit les yeux de ses quatre interlocuteurs se fixer simultanément sur Gioja.

Saladin savait où était Gioja. La glace, fumeuse et tachée, lui renvoyait confusément l’image de l’Italien qu’il ne perdait pas un seul instant de vue.

Quelque chose brilla dans la main droite de ce dernier qui fit un pas vers la table. Les yeux des quatre membres du Club des Bonnets de soie noire se baissèrent en même temps, et le bon Jaffret eut un tout petit frisson.

– Tiens! dit Saladin, le vicomte Annibal n’a pas perdu l’habitude du stylet napolitain.

Il tourna la tête négligemment. L’Italien qui marchait sur lui s’arrêta court. Mais quand Saladin reprit sa position vis-à-vis de ses quatre interlocuteurs, la scène avait changé complètement. Chacun d’eux, même le bon Jaffret, avait le couteau à la main.

– Et que dirait monsieur Massenet? demanda Saladin en riant.

– Massenet ne dira rien, répondit Comayrol qui se mit sur ses pieds, il en mange. Tu es frit, mon petit!

Sans se retourner, Saladin prit sur la table le flambeau, qui était à portée de sa main, et l’éleva au-dessus de sa tête.

Au même instant trois petits coups furent frappés aux carreaux de la fenêtre qui donnait sur la ruelle.

Les couteaux disparurent comme par enchantement.

Et tout se tut, même le bruit des respirations.

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