Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres
- Автор: Феваль Поль Анри
- Серия: Les Habits Noirs #6
- Язык: французский
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Les Habits Noirs Tome VI - L’Avaleur De Sabres». Краткое содержание книги:
– Je vous avais prévenu, murmura le Dr Samuel un peu confus. C’est le poil qui s’oppose… On ferait une pelisse avec la peau de ce garçon-là!
– Montrez voir la vôtre! s’écria Languedoc qui avait remis sa chemise et qui releva gaillardement ses manches pour ouvrir sa boîte de peintre en bâtiment.
Mais le docteur se refusa avec énergie à prêter sa personne pour de semblables expériences.
– Alors, dit Languedoc, allez au marché m’acheter un autre anima vili, quand ce ne serait qu’une poule: la volaille étant la seule bête qui ait la peau analogue à l’humanité.
Mademoiselle Guite-à-tout-faire examinait déjà le contenu de la boîte plate.
– Je connais ça, dit-elle, complètement rassurée. Il n’y a point de mort-aux-rats là-dedans. Les comtesses en ont de toutes semblables, seulement elles sont en acajou.
Languedoc se mit au port d’armes pour répondre:
– La différence des fortunes… mais n’empêche que ces dames n’ont pas, si bien que moi, la manière de s’en servir!
Guite lui donna une petite tape sur la joue.
– Eh bien! papa, dit-elle, j’ai confiance en toi, moi, tu me chausses!
Si tu veux me promettre, mais là, parole sacrée, par exemple, de ne pas me faire du bobo, je vais me mettre entre tes mains et je ne crierai que si tu m’écorches.
Un attendrissement orgueilleux épanouit la face tannée de Languedoc.
– L’enfant a de l’instinct, murmura-t-il.
Puis, étendant la main:
– Je prononce le serment, ma cocotte, dit-il, que ça ne vous cuira pas plus qu’un petit verre de sec après le noir!
XII Triomphe de Languedoc
Mademoiselle Guite n’en demanda pas davantage, elle dégrafa sa robe lentement, et, comme Saladin ainsi que le Dr Samuel faisaient mine de s’écarter, par décence, elle leur dit bonnement:
– Ne vous dérangez pas, c’est des objets d’art.
Languedoc, qui fouillait déjà les recoins de sa boîte, murmura d’un ton pénétré:
– Quel Séraphin du ciel! et comme ça va faire naître le bonheur au sein du noble château de ses ancêtres!
– Faut-il me coucher? demanda Guite.
– Allons donc! repartit Languedoc, c’est bon pour les docteurs et officiers de santé, moi, je ne fais pas tant d’embarras. Asseyez-vous là, bijou, sur le coin de la table, une chaise sous vos petits pieds, et pensez à vos amours; Il est seulement interdit de bouger, pour que la guigne ait la rondeur désirable. Y sommes-nous?
– Nous y sommes, répondit la fillette assise commodément et montrant au grand jour le satin de sa poitrine où il n’y avait ni coq gaulois ni drapeaux balancés au-dessus de l’aigle impériale.
– Ma parole, fit Languedoc en prenant position, si on n’était pas de l’année 1807, comme la bataille d’Eylau, la main tremblerait; mais quand la maturité de l’âge s’ajoute à la pudeur de notre sexe, la distraction n’a plus de prise sur l’artiste.
Il se mit à travailler, demandant de temps à autre:
– L’enfant, vous fait-on mal?
La troisième fois, au lieu de répondre, Guite entonna à pleine voix une chanson de canotière.
– N, i, ni, fini! prononça gravement Languedoc, au bout d’un quart d’heure.
Guite bondit sur ses pieds et s’élança vers un miroir.
– Un amour de Montmorency! s’écria-t-elle, on a envie de la manger à l’eau-de-vie!
Elle se retourna vers le docteur et Saladin, leur montrant, entre son sein droit et son épaule, une cerise si brillante qu’elle avait l’air humide de rosée.
– Ce n’est pas un signe, cela, dit le docteur, c’est une lithographie coloriée.
– Jaloux! fit mademoiselle Guite avec une moue.
– La marque de l’autre, dit tout bas Saladin, ressemble beaucoup à ceci, seulement, elle est moins nette.
– Quel âge avait-elle quand vous avez vu le signe pour la dernière fois? demanda Languedoc.
– Six ou sept ans, répondit Saladin.
– Et bien! blanc-bec, ma chatte… pardon, excuse, je voulais dire monsieur le marquis, les signes sont comme tout le reste dans la nature humaine, ils s’usent. Voici une minette qui a l’âge de l’aurore, et quand les fruits de son espèce commencent à tourner pour mûrir, j’ai vu ça en foire, moi, plutôt dix fois qu’une, les signes s’effacent au moment où la mioche devient demoiselle, ou bien, à tout le moins, ils déteignent. J’ai prévu la chose dans mon ouvrage.
– Comment! s’écria le docteur, c’est rouge comme piment!
– Une carafe d’eau, sans vous commander, monsieur le médecin, mais de l’eau pure, où vous n’aurez mis aucune drogue! Et, pour être plus sûr, je vas aller la cueillir moi-même à la fontaine.
Il sortit.
– C’est son état, dit Saladin au docteur en manière de consolation.
– Moi, répondit Samuel, je vous offrais une chose indélébile.
– Elle était propre votre chose! ricana mademoiselle Guite.
Languedoc rentrait avec une carafe pleine. Saladin n’eut que le temps de glisser à l’oreille de Samueclass="underline"
– Changez de ton avec lui; il faut que vous soyez une paire d’amis…, vous savez qu’il fait jour!
– Rien dans les mains, rien dans les poches! dit Languedoc en s’approchant de la jeune fille. Un coin de votre joli mouchoir, ma bébelle, si c’est l’effet de votre complaisance.
Guite lui tendit son mouchoir parfumé que Languedoc approcha de ses narines avec gourmandise. Il le trempa dans l’eau et commença incontinent à laver, sans précaution aucune, l’espèce de pastel qu’il avait appliqué sur la poitrine de Guite.
– Vous allez tout enlever! dit-elle.
– Pas peur! répliqua Languedoc. Ça me connaît. Encore un petit bain!… là! regardez voir, s’il vous plaît, messieurs et dame!
– Parfait! s’écria Saladin.
– Ma foi, dit le docteur qui avait sa leçon faite, toute jalousie à part, c’est vraiment un chef-d’œuvre.
Languedoc le regarda, étonné.
– Vous êtes donc tout de même un brave homme, murmura-t-il, c’est drôle.
– Mais oui, fit Samuel en riant, je suis un assez brave homme.
– Seulement, ajouta-t-il, vous comprenez, j’ai été un peu humilié quand vous avez parlé de vésicatoire.
– Monsieur le docteur, dit Languedoc avec effusion, les ignorants comme moi, ça ne ménage pas ses expressions, mais puisque vous trouvez ma guigne bien faite, j’ai idée que vous devez faire un fameux médecin.
Pendant cela, Guite-à-tout-faire se regardait dans la glace et poussait de véritables cris de joie.
– Mais c’est mignon comme tout, cette petite machine-là, disait-elle, on n’a qu’à glisser un secret pareil à deux ou trois chroniqueurs et il faudra faire venir des pompiers chaque fois qu’on ira à Mabille… Dites donc, monsieur Languedoc… c’est Languedoc, votre nom? Il est aussi drôle que vous… est-ce que c’est bon teint, ce bijou-là?
– Ça n’est pas éternel comme les gravures en taille-douce, où la poudre à canon a passé sur le cuir, répondit le peintureur; mais c’est plus solide que la plupart des indiennes et jaconas. Ça peut aller à la lessive un nombre de fois indéterminé. Et quand il n’y en a plus, ajouta-t-il en frappant sur sa boîte, il y en a encore.