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Les martiens [The Martians - fr]

Электронная книга - «Les martiens [The Martians - fr]». Краткое содержание книги:

D’une mission d’entraînement en Antarctique aux terrifiantes tempêtes de sable qui balaient les canyons désolés de la planète rouge, Les Martiens met en scène toute une galerie de personnages ayant joué un rôle dans cette histoire de la colonisation de la planète soeur magistralement décrite par Kim Stanley Robinson dans sa trilogie martienne, d’ores et déjà saluée comme l’un des grands classiques de la science-fiction.
Depuis l’épopée des Cent — les premiers explorateurs —, ce sont des générations d’hommes et de femmes qui ont transformé en colonie durable ce qui n’était au départ qu’un avant-poste à l’existence bien ténue. Les expéditions internationales qui se sont succédé ont débouché sur la création d’un monde. Celui-ci a connu une évolution inéluctable, avec son cortège de luttes politiques, de révolutions et de conflits armés.
A une époque où la longévité est de l’ordre d’un siècle et demi, Les Martiens raconte l’épopée de générations d’humains vivant aux limites de la frontière ultime, où les paysages façonnés par les hommes sont sans cesse en butte aux monstrueux caprices de la nature.
Les Martiens, c’est la chronique épique d’une planète qui représente l’un des recours les plus plausibles de l’humanité. A l’horizon 2050, autrement dit demain…
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— C’est incroyablement lent.

— Pourquoi n’essaies-tu pas de lire une longue séquence, de la digérer et de la mettre en culture ? Tu verrais bien ce qui en sort.

Smith haussa les épaules. Le séquençage en aveugle du génome entier lui paraissait barbare, mais ce serait sûrement plus rapide. C’est en lisant de petits bouts d’ADN monocaténaire étiquetés par séquence qu’on avait pu identifier rapidement la plupart des gènes du génome humain. Mais pas tous ; les séquences d’ADN régulatrices qui contrôlaient la portion des gènes codant pour les protéines avaient même été ignorées ; sans parler de ce qu’on appelait l’ADN génomique, qui occupait de longues plages entre les séquences plus significatives.

Smith exprima ses doutes à Frank, qui acquiesça, mais dit :

— Ce n’est pas pareil maintenant que la carte est presque achevée. Tu as tellement de points de référence que tu ne peux pas te tromper sur le site de tes fragments sur l’ensemble. Tu n’as qu’à brancher ce que tu as sur le Lander-Waterman et peaufiner avec les variations de Kohl. Même s’il y a des répétitions massives, tu devrais t’en sortir. De toute façon, les segments que tu as sont tellement dégradés qu’ils sont pratiquement réduits à des estimations. Alors, qu’est-ce que tu risques à essayer ?

Smith en convint.

Ce soir-là, il rentra par le tram avec Selena.

— Qu’est-ce que tu penses de l’idée de séquencer à l’aveugle des copies in vitro de ce que j’ai ? lui demanda-t-il timidement.

— Merdique, répondit-elle. Une accumulation de risques d’erreur.

Un nouveau schéma se mettait en place. Il travaillait, nageait, rentrait chez lui en tram. Généralement, Selena n’était pas là. Sur leur répondeur, il y avait souvent des messages de Mark qui lui étaient destinés à elle, où il parlait de leur travail. Ou c’est elle qui annonçait à Smith qu’elle rentrerait tard. Comme ça arrivait de plus en plus souvent, il allait parfois dîner avec Frank ou avec leurs compagnes de piscine, après une séance d’entraînement. Une fois, dans un restaurant sur la plage, ils commandèrent des pichets de bière et ils allèrent se promener sur le sable. Ils coururent dans les flaques, au bord de la mer, ils nagèrent dans l’eau chaude, noire, et jouèrent à s’éclabousser. Ce fut un grand moment de rigolade. Totalement différent de la piscine. Un moment formidable.

Mais quand il rentra chez lui, ce soir-là, Selena lui avait laissé un message disant qu’elle restait travailler avec Mark. Ils mangeraient un morceau, et elle rentrerait super-tard.

Ce n’était rien de le dire. À deux heures du matin, elle n’était toujours pas rentrée. Pendant les longues minutes qui précèdent le laps de temps martien, Smith se dit que personne ne travaillait si tard sur un dossier sans passer un coup de fil chez lui. C’était donc un autre genre de message.

Il éprouvait tantôt une souffrance aiguë, puis de la colère. Cette traîtrise lui faisait l’impression d’une lâcheté. Il méritait au moins une explication, des aveux, une scène. Alors que les longues minutes passaient, sa colère enflait. Puis il craignit, un moment, qu’elle n’ait eu un accident ou autre chose. Mais ce n’était pas ça. Elle était dehors, à faire des folies. Soudain, il fut hors de lui.

Il tira des cartons d’un placard, ouvrit ses tiroirs à la volée et flanqua ses vêtements en vrac dans les cartons, en tassant pour les faire rentrer. Et puis il retrouva leur odeur caractéristique de lessive, et son odeur à elle. Il sentit ses jambes se dérober sous son poids et s’assit sur le lit, le cœur crevé. S’il faisait ça, il ne la verrait plus jamais se déshabiller et se rhabiller. Cette idée lui arracha un gémissement de bête blessée.

Mais les hommes ne sont pas des bêtes. Il jeta ses derniers vêtements dans les cartons et les traîna devant la porte de l’appartement.

Elle rentra à trois heures du matin. Il l’entendit trébucher dans les cartons, étouffer un cri.

Il ouvrit la porte de la chambre à la volée.

— Qu’est-ce que ça veut dire ?

Elle était tellement surprise qu’elle n’arrivait pas à lui servir le discours prévu, et ça la mettait en rage. Elle, en rage ! Du coup, il sentit redoubler sa propre colère.

— Tu sais très bien ce que ça veut dire.

— Ah bon ? Et quoi donc ?

— Mark et toi.

Elle le regarda en ouvrant de grands yeux.

— C’est maintenant que tu t’en rends compte, dit-elle enfin. Au bout d’un an. Et c’est tout ce que tu trouves à faire, ajouta-t-elle en indiquant les cartons.

Il lui flanqua un coup en plein visage.

Aussitôt, il s’accroupit à côté d’elle et l’aida à s’asseoir en disant :

— Oh, Seigneur ! Selena ! Je suis désolé. Je regrette vraiment. Je ne voulais pas faire ça.

La gifler pour lui faire payer son mépris. Parce qu’elle le méprisait de ne pas avoir remarqué plus tôt sa trahison.

— Je ne peux pas croire que j’ai…

Mais elle lui tapa dessus aveuglément, en poussant des cris et des hurlements.

— Va-t’en ! Va-t’en ! Va-t’en ! Espèce de salaud, ordure, non mais, qu’est-ce que… ne me touche plus jamais !

Tout ça le bras devant la figure, d’une voix rendue stridente par la peur, en essayant de ne pas crier, à cause de tous les appartements qui les entouraient.

— Je regrette, Selena, je regrette vraiment, je t’assure. J’étais furieux à cause de ce que tu m’as dit, mais ce n’est pas… je sais que ça ne… Je regrette.

Il s’en voulait maintenant comme il lui en avait voulu à elle. À quoi pensait-il ? Voilà qu’il lui avait donné le beau rôle, maintenant ! C’était elle qui avait rompu le pacte entre eux et qui aurait dû se sentir coupable ! Et c’était elle qui pleurait, lui tournait le dos, s’éloignait soudain dans la nuit. Quelques fenêtres s’allumèrent, chez les voisins. Smith resta planté là à regarder les cartons qui contenaient ses vêtements, les jointures de sa main droite endolories.

Cette vie-là était terminée. Il avait gardé l’appartement près de la plage et continuait à aller au travail, mais les autres, qui savaient ce qui s’était passé, lui battaient froid. Selena attendit pour revenir travailler que l’hématome se soit résorbé, et après ça, elle ne l’accusa pas, ne lui parla jamais de cette nuit-là, mais elle s’installa avec Mark et s’efforça d’éviter Smith au travail. Comme tout le monde. Elle passait parfois la tête dans son réduit pour lui poser une question, d’une voix neutre, sur un aspect logistique de leur rupture. Il ne pouvait plus croiser son regard. Il ne pouvait plus croiser le regard de personne au travail, d’ailleurs, enfin, pas vraiment. C’était bizarre comment on pouvait avoir une conversation avec des gens et donner l’impression de les regarder alors qu’ils s’efforçaient d’éviter votre regard, et que vous ne croisiez pas vraiment le leur non plus. Des subtilités de primates, perfectionnées pendant des millions d’années de vie sauvage.

Il perdit l’appétit, son tonus. Le matin, il se réveillait et se demandait à quoi bon se lever. Il regardait les murs nus de la chambre, où les gravures de Selena avaient été accrochées, et il était tellement furieux contre elle qu’il sentait battre douloureusement les veines de son front et de son cou. Ça le tirait du lit, mais il n’avait nulle part où aller, en dehors du travail. Et là, tout le monde savait qu’il avait battu sa femme, qu’il était un tyran domestique, une brute. La société martienne ne tolérait pas les gens comme ça.

La colère ou la honte ; la honte ou la colère. Le chagrin ou l’humiliation. La rancune ou le regret. L’amour perdu. La fulmination dans l’absolu.

Il n’allait presque plus à la piscine. Les nageuses étaient toujours aussi gentilles avec lui, mais ça lui était pénible de les voir, maintenant. Elles ignoraient complètement ce qui se passait au labo. Elles ne connaissaient que Frank et lui, et Frank ne leur avait pas dit ce qui s’était passé. Ça ne changeait rien. Il était coupé d’elles. Il savait qu’il aurait dû nager davantage, mais il n’y arrivait pas. Quand il décidait de s’y remettre, il revenait nager deux ou trois jours d’affilée, et puis il laissait tomber.

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