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Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]

Электронная книга - «Valentin de Majipoor [Valentine Pontifex - fr]». Краткое содержание книги:

Sur Majipoor, la planète géante, règne Lord Valentin le Coronal, qui, naguère jongleur, a retrouvé son trône, mais conservé un corps d’emprunt. Ces faits de haute chronique ont été relatés dans Le château de Lord Valentin.
Mais il n’est pas dit que le règne de Valentin restera serein. Tandis que le Coronal entreprend son Périple à travers les immensités de Majipoor, afin de se faire voir de ses peuples, accompagné de Carabella, son épouse bien aimée, de ses amis des jours d’infortune devenus grands seigneurs et d’une armée de courtisans, les nuages s’amoncellent, les maladies frappent les récoltes, s’étendent comme feu de forêt. Des monstres surgissent des forêts d’habitude paisibles de Majipoor. La famine survient, et la rébellion.
Faudra-t-il faire la guerre aux Changeformes ? Car ce sont eux, premiers occupants de la planète, jadis massacrés et refoulés par les humains venus de l’espace, qui tentent une nouvelle révolte. Valentin, qui est épris de paix et d’amour, ne parvient pas à s’y résoudre. Majipoor va-t-elle sombrer ?
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— Non, répétait Khitain de son poste d’observation derrière la grille. Non. Non. Non.

Les petites créatures furieuses étaient impitoyables. La foule prenait la fuite, les gens hurlaient et couraient dans toutes les directions, se bousculant dans leur panique, essayant de retrouver la route qui descendait vers Ni-moya. Des corps étaient étendus dans des flaques écarlates et les dhiims plongeaient inlassablement. Des os apparaissaient, auxquels ne restaient plus accrochés que des lambeaux de chair que les dhiims venaient arracher. Khitain entendit un bruit de sanglots ; ce n’est qu’au bout d’un moment qu’il se rendit compte que c’était lui qui pleurait.

Et puis, d’un coup, tout fut terminé. Un étrange silence tomba sur l’esplanade. La foule s’était enfuie ; les victimes gisant sur le pavage ne gémissaient plus ; les dhiims, rassasiés, survolèrent une dernière fois la scène en vrombissant, puis prirent leur essor dans l’obscurité et disparurent, le Divin seul savait où.

Tremblant, bouleversé, Yarmuz Khitain s’éloigna lentement de l’entrée. Le parc était sauvé. Il se retourna et vit Vingole Nayila, les bras écartés et les yeux étincelants, tel un ange vengeur.

— Vous n’auriez pas dû faire cela, dit Khitain d’une voix tellement étouffée par l’horreur et l’émotion qu’il parvenait à peine à articuler.

— Ils auraient détruit le parc.

— C’est vrai, le parc est sauvé… Mais regardez… regardez…

— Je les ai prévenus, dit Nayila en haussant les épaules. Comment aurais-je pu les laisser saccager tout ce que nous avons bâti ici, simplement pour un peu de viande fraîche ?

— Vous n’auriez quand même pas dû faire cela.

— Vous croyez vraiment ? Je n’ai pas de regrets, Yarmuz. Pas l’ombre d’un regret.

Il réfléchit quelques instants.

— Ah, si, dit-il. Je regrette de n’avoir pas eu le temps de mettre quelques dhiims de côté, pour notre collection. Mais nous n’avions pas le temps et ils sont tous loin maintenant. Et je ne n’ai aucune envie de retourner à Borgax pour en chercher d’autres. C’est mon seul regret, Yarmuz. Je n’ai pas eu le choix, il me fallait les libérer. Ils ont sauvé le parc. Comment aurions-nous pu laisser ces fous le détruire ? Comment, Yarmuz ? Comment ?

3

Bien que le jour fût à peine levé, un soleil déjà vif éclairait les amples courbes de la vallée du Glayge quand Hissune, debout dès l’aurore, sortit sur le pont du bateau qui le ramenait vers le Mont du Château.

Au couchant, là où le fleuve faisait un grand méandre dans une région de gorges superposées, tout était noyé dans la brume, comme à l’aube des temps. Mais quand il tourna la tête vers l’orient, Hissune vit les toits paisibles de tuile rouge de la grande cité de Pendiwane luisant à la lumière du jour nouveau ; plus en amont la forme basse et sinueuse des quais de Makroprosopos commençait d’apparaître. Au-delà se trouvaient Apocrune, Stangard, Falls, Nimivan et les autres villes de la vallée, où vivaient cinquante millions d’âmes ou plus. Des cités heureuses où la vie était facile ; mais à présent la menace de troubles imminents planait sur ces villes et Hissune savait que tout le long du Glayge les gens attendaient en se posant des questions et en s’inquiétant.

Il avait envie d’étendre les bras vers eux de la proue du bateau, de les englober tous dans une étreinte chaleureuse et de leur crier : « Ne craignez rien ! Le Divin est avec nous ! Tout ira bien ! »

Mais était-ce vrai ?

Nul ne connaît la volonté du Divin. En l’absence de cette connaissance, il nous faut façonner notre destinée en accord avec ce que nous estimons juste. Tel le sculpteur, nous modelons notre existence dans le matériau brut de l’avenir, heure après heure, suivant le modèle que nous avons en tête. Et si le modèle est bon et le travail bien fait, le résultat semblera satisfaisant après le dernier coup de ciseau. Mais si le modèle est flou et le travail bâclé, les proportions manqueront d’élégance et l’équilibre ne sera pas atteint. Et si l’œuvre est ainsi imparfaite, pouvons-nous dire que c’était la volonté du Divin ? Ou est-ce plutôt que notre plan était mal conçu ?

Mon plan, se dit Hissune, ne doit pas être mal conçu. Et alors tout ira bien. Et l’on pourra dire que le Divin était avec nous.

Pendant tout le rapide voyage vers le nord, il l’affina et le perfectionna, laissant derrière lui Jerrik, Ghiseldorn et Sattinor où le Glayge traversait les premiers contreforts du Mont du Château. Lorsqu’il arriva à Amblemorn, la plus méridionale des Cinquante Cités du Mont, le plan à exécuter était clair et précis dans son esprit.

Il était impossible de continuer la remontée du fleuve, car c’était à Amblemorn que le Glayge se formait par la réunion de nombreuses rivières qui dégringolaient les pentes du Mont et aucun de ces affluents n’était navigable. C’est donc en flotteur qu’il poursuivit l’ascension, traversant le cercle des Cités des Pentes, celui des Cités Libres et celui des Cités Tutélaires, passant à Morvole, la patrie d’Elidath, à Normork, ses énormes murailles et sa grande porte, à Huyn, où les feuilles de tous les arbres étaient écarlates, cramoisies, rubis ou vermillon, à Greel, avec sa palissade de cristal et à Sigla Higher aux trois lacs verticaux. Et le convoi de flotteurs poursuivit sa route à vive allure jusqu’aux Cités Intérieures, Banglecode, Bombifale, Peritole et les autres.

— Je n’arrive pas à en croire mes yeux, dit Elsinome qui accompagnait son fils dans ce voyage.

Pas une seule fois, elle ne s’était aventurée hors du Labyrinthe et commencer sa découverte du monde par l’ascension du Mont du Château n’était pas une mince entreprise. Hissune remarqua avec plaisir qu’elle ouvrait de grands yeux d’enfant et elle semblait certains jours tellement repue de merveilles qu’elle pouvait à peine parler.

— Attends, disait-il, tu n’as encore rien vu.

Ils franchirent le col de Peritole pour déboucher dans la plaine de Bombifale où s’était déroulée la bataille décisive de la guerre de restauration, admirèrent de loin les extraordinaires flèches de la ville et atteignirent un cercle supérieur, celui des Cités Hautes. La route de montagne aux dalles rouges luisantes menait de Bombifale à High Morpin, traversait des prairies aux fleurs éblouissantes bordant la route de Grand Calintane et remontait jusqu’au Château de lord Valentin dont la masse écrasante couronnait le sommet du Mont et étendait ses tentacules de brique et de maçonnerie dans toutes les directions, recouvrant les escarpements et les pics.

Quand son flotteur arriva à la Place Dizimaule, devant l’aile gauche du Château, Hissune constata avec étonnement qu’une délégation l’attendait pour lui souhaiter la bienvenue. Il y avait Stasilaine, Mirigant, Elzandir et leur suite. Mais Divvis n’était pas avec eux.

— Sont-ils venus t’acclamer comme Coronal ? demanda Elsinome. Hissune secoua la tête en souriant.

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