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Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles

Электронная книга - «Louis de Funès, petites et grandes vadrouilles». Краткое содержание книги:

À l'occasion du centenaire de sa naissance, célébré en 2014, la première biographie complète de Louis de Funès, où l'on découvre non seulement l'acteur, côté cour, mais aussi, côté jardin, l'homme secret méconnu.
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Plus attentif au bien-être de son domaine breton, où il passe de longs moments chaque soir à vérifier que toutes les serrures sont verrouillées, qu’à l’agitation parisienne, Louis ne prête guère attention à l’évacuation de la Sorbonne le 3 mai à la suite d’affrontements entre étudiants et forces de l’ordre. Les émeutes se multiplient et l’opinion publique s’interroge. Le gouvernement, privé de son Premier ministre, Georges Pompidou, en voyage officiel en Afghanistan, ne sait trop que faire. Les organisations étudiantes souhaitent négocier, mais Alain Peyrefitte, le ministre de l’Éducation, refuse. L’escalade de la violence continue. La nuit du 10 au 11 mai, c’est la première « nuit des barricades ». Plus de soixante barricades transforment les alentours de la Sorbonne en camp retranché, le service d’ordre étudiant est débordé. La police laisse faire puis, à partir de deux heures du matin, elle donne l’assaut. Bilan : quatre cents blessés et des dégâts matériels spectaculaires. Rues dépavées, voitures incendiées… Au même moment, à Cannes, le 21e festival s’ouvre par la projection d’Autant en emporte le vent (!). Le 13 mai, à la demande de la majorité des critiques, s’instaure dans la grande salle du palais des Festivals un meeting permanent animé par les cinéastes Jean-Luc Godard, Claude Lelouch et François Truffaut en solidarité avec ce qui se passe dans la capitale. Un meeting afin de « montrer leur solidarité avec les travailleurs et étudiants en grève, de protester contre la répression policière et d’examiner leur volonté de contester le pouvoir gaulliste et les structures actuelles de l’industrie cinématographique  ». Sans avoir eu lieu, le Festival de Cannes est clos le 19 mai.

Le lendemain, alors qu’à Paris les syndicats appellent à la grève générale et manifestent aux cris de « Dix ans, ça suffit  », commence à Saint-Tropez le tournage du Gendarme se marie. L’équipe est quasiment au complet. Seul manque à l’appel Michel Modo, bloqué à Paris. « Il n’y avait pas moyen de descendre dans le Midi en train et pas davantage en avion. L’unique solution était de prendre ma voiture, à condition de trouver de l’essence. Avant de courir les jerricans, j’ai téléphoné à Beytout pour m’assurer qu’on tournait bien car tout était arrêté à Paris. Il m’a dit de ne pas m’inquiéter et j’ai mis trois jours pour arriver  », se souvient Michel Modo[419]. En dépit de la chienlit parisienne, l’ambiance est au beau fixe au Byblos, où sont logés comédiens et techniciens. Louis semble indifférent au tapage « prérévolutionnaire ». Seulement, le 23 mai, il faut se rendre à l’évidence. Tous les tournages sont interrompus. Louis de Funès ne veut pas en entendre parler. « Le temps, c’est de l’argent  », hurle-t-il contre les techniciens qui désertent le plateau les uns après les autres. Pourtant, chaque matin, Louis continue de se présenter au maquillage. Il ne veut pas faire grève alors que le Syndicat français des acteurs l’y engage. Même Jean Girault ne parvient pas à lui faire entendre raison. De guerre lasse, Girault s’en va trouver Daniel Gélin qui passe ses vacances à Saint-Tropez. «  Écoutez, Daniel, tout le monde s’est arrêté, seul Louis continue de tourner. Demandez-lui de faire grève aussi… ça la fout mal… », plaide le réalisateur. Le soir même, Gélin discute en tête à tête avec de Funès. «  Louis, même les Américains qui tournent en France, par solidarité, font grève… La distribution de ton film est en grève, les techniciens sont pour la plupart en grève, aucun accessoiriste ne travaille… et toi… et toi tu tournes ! Je te le dis, tu te couvres de ridicule », lance Gélin à son ami qui lui répond : « Je les aime bien, tous ces gens, mais je n’ai pas que cela à foutre ! — Sois sérieux, Louis, de Gaulle n’est pas là. Si la gauche prend le pouvoir, ce sera comme l’épuration. Tu t’en souviens… Et tu seras montré du doigt !  » L’argument semble avoir porté. Le 24 juin, Louis cesse le travail en bougonnant et va comme ses camarades… faire la grève sur la plage ! « Une belle grève », pour reprendre l’expression de Michel Galabru, « aux frais des producteurs ». Le 6 juin, lors d’une réunion organisée par Beytout dans une luxueuse villa louée pour l’occasion, toute l’équipe est réunie. Il s’agit de voter à bulletins secrets la poursuite ou non de la grève. Par quarante-six voix contre vingt-six, la reprise du tournage est décidée. « Cela tient beaucoup au grand numéro qu’a fait Galabru, raconte Michel Modo. Il a harangué la foule comme un vrai tribun, en leur faisant honte d’être nourris et logés aux frais de la princesse. De son côté, Beytout a mis les choses au point en affirmant que si la grève se poursuivait, plus personne ne serait payé ! Alors là… aucun technicien, machino ou simple figurant n’avait plus envie d’aller faire bronzette[420]. » Il est vrai, aussi, que le mouvement de contestation s’est essoufflé après la dissolution de l’Assemblée nationale par le général de Gaulle et l’octroi de « généreuses » augmentations de salaire. La plupart des films dont le tournage a été interrompu reprennent également.

Bien qu’un peu déstabilisé par ces quelques jours d’inaction, Louis revisse son képi et essaie de rattraper le temps perdu. De nombreuses scènes doivent encore être tournées en ville et chacun craint l’arriver des touristes. Il n’est pas rare qu’il faille faire appel aux « vrais » gendarmes pour bloquer les routes et même interdire tôt le matin l’accès au port. Tout le monde semble avoir retrouvé sa joie de construire ce troisième Gendarme même si Jean Lefebvre s’étonne de ne pas être invité aux projections du soir et si Claude Gensac doit supporter les humeurs de Jean Girault. Il semble que ce dernier n’ait pas trouvé à son goût de se voir imposer la comédienne par Louis. « Il multipliait les occasions de m’emmerder, se souvient Claude Gensac[421]. Il me faisait venir sur des lieux de tournage où je n’avais rien à faire. Il disait :Il faut qu’elle soit là ! Il se peut que je change quelque chose à mon planning et que j’aie besoin d’elle.” Un de ces fameux jours, j’étais assise par terre, à l’ombre d’un arbre, je pleurais. “Qu’est-ce que tu fais là ?” me demande Louis. Je lui explique, sans accabler pour autant Girault, qu’il me demande d’être toujours présente, même quand ça n’a pas lieu d’être, alors que j’aimerais mieux être avec mon fils plutôt que de glandouiller. “Ah bon ! ” fait-il, et il s’en va. Cinq minutes après, un assistant arrive et me dit que Girault me donne une semaine de congé. Tu parles ! C’était ce cher Louis qui avait mis son grain de sel. Une sacrée poignée à mon avis…  » Louis déteste qu’on ennuie son « épouse » de cinéma. Ne dit-il pas, quand on lui demande avec quelle comédienne il est le plus à l’aise : « Claude Gensac, sûrement. Elle a un sens du travail bien fait, pratiquement égal au mien. On s’entend à merveille. Je crois que c’est la seule grande comédienne avec laquelle j’aimerais retravailler prochainement. C’est dommage qu’on ne la voie pas assez et qu’elle se cantonne trop dans le théâtre[422] » Une Claude Gensac à laquelle il finira par conseiller d’accepter d’autres rôles que ceux qu’il lui propose car, lui dit-il, « “tu risques d’être cataloguée. J’ai eu tort de ne pas l’écouter, affirme à raison la comédienne[423]. Quand notre cher Louis a quitté ce bas monde, les gens de cinéma se sont empressés de m’enterrer aussi. […] J’ai refait surface au cinéma quinze ans après sa disparition.  » Autre souci pour Claude Gensac dont la popularité depuis Oscar, Les Grandes Vacances et bientôt Le gendarme se marie va grandissant, celui d’être importunée jusque chez elle. « À l’époque j’habitais Neuilly et régulièrement des “admirateurs” taguaient sur les murs de mon immeuble : “Ma biche”. C’était gentil mais coûteux car les frais de nettoyage étaient à ma charge, les autres propriétaires ne voulant pas, à juste raison, en subir les conséquences pécuniaires. J’ai fini par déménager[424].  »

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419

Témoignage de Michel Modo à l’auteur. Propos recueillis le 13 juin 2006.

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420

Ibid.

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421

Claude Gensac, op. cit., pp. 199–200.

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422

Louis de Funès à Roger A. Houzé in Ciné Télé Revue daté du 4 juillet 1968.

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423

Claude Gensac, op. cit., p. 201.

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424

Témoignage de Claude Gensac à l’auteur.

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