Les Mille Et Une Nuits Tome III
- Автор: Galland Antoine
- Язык: французский
- Жанр: Сказки народов мира
Электронная книга - «Les Mille Et Une Nuits Tome III». Краткое содержание книги:
Morgiane remercia Abdalla de l’avis; et, pendant qu’il va se coucher près de la chambre d’Ali Baba pour le suivre au bain, elle prend la cruche à l’huile et elle va dans la cour. Comme elle se fut approchée du premier vase qu’elle rencontra, le voleur qui était caché dedans demanda en parlant bas: «Est-il temps?»
Quoique le voleur eût parlé bas, Morgiane néanmoins fut frappée de la voix, d’autant plus facilement que le capitaine des voleurs, dès qu’il eut déchargé ses mulets, avait ouvert non-seulement ce vase, mais même tous les autres pour donner de l’air à ses gens, qui d’ailleurs y étaient fort mal à leur aise, sans y être encore privés de la facilité de respirer.
Toute autre esclave que Morgiane, aussi surprise qu’elle le fut en trouvant un homme dans un vase au lieu d’y trouver de l’huile qu’elle cherchait, eût fait un vacarme capable de causer de grands malheurs. Mais Morgiane était au-dessus de ses semblables. Elle comprit en un instant l’importance de garder le secret, le danger présent où se trouvaient Ali baba et sa famille et où elle se trouvait elle-même, et la nécessité d’y apporter promptement le remède sans faire d’éclat; et par sa capacité elle en pénétra d’abord les moyens. Elle rentra donc en elle-même dans le moment, et sans faire paraître aucune émotion, en prenant la place du capitaine des voleurs, elle répondit à la demande, et elle dit: «Pas encore, mais bientôt.» Elle s’approcha du vase qui suivait, et la même demande lui fut faite, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’elle arriva au dernier, qui était plein d’huile; et, à la même demande, elle donna la même réponse.
Morgiane connut par-là que son maître Ali Baba, qui avait cru ne donner à loger chez lui qu’à un marchand d’huile, y avait donné entrée à trente-huit voleurs, en y comprenant le faux marchand, leur capitaine. Elle emplit en diligence sa cruche d’huile, qu’elle prit du dernier vase; elle revint dans sa cuisine, où, après avoir mis de l’huile dans la lampe et l’avoir rallumée, elle prend une grande chaudière, et retourne à la cour, où elle l’emplit de l’huile du vase. Elle la rapporte, la met sur le feu, et met dessous force bois, parce que plus tôt l’huile bouillira, plus tôt elle aura exécuté ce qui doit contribuer au salut commun de la maison, qui ne demande pas de retardement. L’huile bout enfin; elle prend la chaudière et elle va verser dans chaque vase assez d’huile toute bouillante, depuis le premier jusqu’au dernier, pour les étouffer et leur ôter la vie.
Cette action, digne du courage de Morgiane, exécutée sans bruit, comme elle l’avait projetée, elle revient dans la cuisine avec la chaudière vide, et ferme la porte. Elle éteint le grand feu qu’elle avait allumé, et elle n’en laisse qu’autant qu’il en faut pour achever de faire cuire le pot du bouillon d’Ali Baba. Ensuite elle souffle la lampe et elle demeure dans un grand silence, résolue à ne pas se coucher qu’elle n’eût observé ce qui arriverait par une fenêtre de la cuisine qui donnait sur la cour, autant que l’obscurité de la nuit pouvait le permettre. Il n’y avait pas encore un quart d’heure que Morgiane attendait, quand le capitaine des voleurs s’éveilla. Il se lève, il regarde parla fenêtre, qu’il ouvre; et, comme il n’aperçoit aucune lumière et qu’il voit régner un grand repos et un profond silence dans la maison, il donne le signal en jetant de petites pierres, dont plusieurs tombèrent sur les vases, comme il n’en douta point par le son qui lui en vint aux oreilles. Il prête l’oreille et il n’entend ni n’aperçoit rien qui lui fasse connaître que ses gens se mettent en mouvement. Il en est inquiet, il jette de petites pierres une seconde et une troisième fois. Elles tombent sur les vases, et cependant pas un des voleurs ne donne le moindre signe de vie, et il n’en peut comprendre la raison. Il descend dans la cour tout alarmé, avec le moins de bruit qu’il lui est possible; il approche de même du premier vase, et quand il veut demander au voleur, qu’il croit vivant, s’il dort, il sent une odeur d’huile chaude et de brûle qui s’exhale du vase, par où il connaît que son entreprise contre Ali Baba pour lui ôter la vie et pour piller sa maison, et pour emporter, s’il pouvait, l’or qu’il avait enlevé à sa communauté, était échouée. Il passe au vase qui suivait et à tous les autres l’un après l’autre, et il trouve que tous ses gens avaient péri par le même sort. Et par la diminution de l’huile dans le vase qu’il avait apporté plein, il connut la manière dont on s’était pris pour le priver du secours qu’il en attendait. Au désespoir d’avoir manqué son coup, il enfila la porte du jardin d’Ali Baba, qui donnait dans la cour, et de jardin en jardin, en passant par-dessus les murs, il se sauva.
Quand Morgiane n’entendit plus de bruit et qu’elle ne vit pas revenir le capitaine des voleurs après avoir attendu quelque temps, elle ne douta pas du parti qu’il avait pris, plutôt que de chercher à se sauver par la porte de la maison, qui était fermée à double tour. Satisfaite et dans une grande joie d’avoir si bien réussi à mettre toute la maison en sûreté, elle se coucha enfin et elle s’endormit.
Ali Baba cependant sortit avant le jour et alla au bain, suivi de son esclave, sans rien savoir de l’événement étonnant qui était arrivé chez lui pendant qu’il dormait, au sujet duquel Morgiane n’avait pas jugé à propos de l’éveiller, avec d’autant plus de raison qu’elle n’avait pas de temps à perdre dans le temps du danger, et qu’il était inutile de troubler son repos, après qu’elle l’eut détourné.
En revenant des bains, et en rentrant chez lui, que le soleil était levé, Ali Baba fut si surpris de voir encore les vases d’huile dans leur place, et que le marchand ne se fût pas rendu au marché avec ses mulets, qu’il en demanda la raison à Morgiane, qui lui était venue ouvrir et qui avait laissé toutes choses dans l’état où il les voyait, pour lui en donner le spectacle et lui expliquer plus sensiblement ce qu’elle avait fait pour sa conservation.
«Mon bon maître, dit Morgiane en répondant à Ali Baba, Dieu vous conserve, vous et toute votre maison! Vous apprendrez mieux ce que vous désirez savoir, quand vous aurez vu ce que j’ai à vous faire voir: prenez la peine de venir avec moi.»
Ali Baba suivit Morgiane. Quand elle eut fermé la porte, elle le mena au premier vase. «Regardez dans le vase, lui dit-elle, et voyez s’il y a de l’huile.»
Ali Baba regarda, et comme il eut vu un homme dans le vase, il se tira en arrière tout effrayé, avec un grand cri. «Ne craignez rien, lui dit Morgiane, l’homme que vous voyez ne vous fera pas de mal. Il en a fait, mais il n’est plus en état d’en faire ni à vous ni à personne, il n’a plus de vie.
«- Morgiane, s’écria Ali Baba, que veut dire ce que tu viens de me faire voir? Explique-le-moi.
«- Je vous l’expliquerai, dit Morgiane; mais modérez votre étonnement et n’éveillez pas la curiosité des voisins d’avoir connaissance d’une chose qu’il est très-important que vous teniez cachée. Voyez auparavant tons les autres vases.»
Ali Baba regarda dans les autres vases l’un après l’autre, depuis le premier jusqu’au dernier, où il y avait de l’huile, dont il remarqua que l’huile était notablement diminuée; et quand il eut fait, il demeura comme immobile, tantôt en jetant les yeux sur les vases, tantôt en regardant Morgiane sans dire mot, tant la surprise où il se trouvait était grande. À la fin, comme si la parole lui fût revenue: «Et le marchand, demanda-t-il, qu’est-il devenu?
«- Le marchand, répondit Morgiane, est aussi peu marchand que je suis marchande. Je vous dirai aussi qui il est et ce qu’il est devenu. Mais vous apprendrez toute l’histoire plus commodément dans votre chambre, car il est temps, pour le bien de votre santé, que vous preniez un bouillon après être sorti du bain.»